‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 127 sur 251 · II · texte numérisé non relu

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et cela se voit bien mieux dans ces lettres, que dans les discours des historiens. Elles sont le chef-d'œuvre de la naïveté de gens unis par une douleur commune, et d'un siècle où la fausse politesse n'avoit pas mis le mensonge partout : enfin, on n'y voit point, comme dans la plupart de nos lettres modernes, des gens qui veulent se tromper, mais des amis malheureux qui cherchent à se tout dire.

' Il étoit bien difficile que César pût défendre sa vie : la plupart des conjurés ^ étoient de son parti, ou avoient été par lui comblés de bienfaits ; et la raison en est bien naturelle. Ils avoient trouvé de grands avantages dans sa victoire ; mais, plus leur fortune devenoit meilleure, plus ils commençoient à avoir part au malheur commun - : car, à un homme qui n'a rien, il importe assez peu, à certains égards, en quel gouvernement il vive.

De plus, il y avoit un certain droit des gens, une opinion établie dans toutes les républiques de Grèce et d'Italie, qui faisoit regarder comme un homme vertueux l'assassin de celui qui avoit usurpé la souveraine puissance. A Rome surtout, depuis l'expulsion des rois, la loi étoit précise, les exemples reçus ; la république armoit le bras de chaque citoyen, le faisoit magistrat pour le moment, et l'avouoit pour sa défense ^.

Brutus ^ ose bien dire à ses amis que, quand son père

1. Décimus Brutus, Gaïus Gasca, Trébonius, Tullius Cimber, Minutius Basillus, étoient amis de César, Appicn, De bellocwili, liv. Il, ch. cxiii. (M.)

2. Je ne parle pas des satellites d'un tyran, qui seroient perdus après lui; mais de ses compagnons dans un gouvernement libre. (M.)

3. Gic. ad. Att., XIV, iv, vi, ix, xn, xiii, xiv. XV, m. Tyrannum. jure optimo, cœsum.

4. Lettres de Brutus, dans le recueil de celles de Cicéron. (M.) Lettre xvi.

reviendroit sur la terre, il le tueroit tout de même ; et, quoique, par la continuation de la tyrannie, cet esprit de liberté se perdît peu à peu, les conjurations, au commencement du règne d'Auguste, renaissoient toujours.

C'étoit un amour dominant pour la patrie, qui, sortant des règles ordinaires des crimes et des vertus, n'écoutoit que lui seul, et ne voyoit ni citoyen, ni ami, ni bienfaiteur, ni père : la vertu sembloit s'oublier pour se surpasser elle-même ; et l'action qu'on ne pouvoit d'abord approuver, parce qu'elle étoit atroce, elle la faisoit admirer comme divine.

En effet, le crime de César, qui vivoit dans un gouvernement libre, n'étoit-il pas hors d'état* d'être puni autrement que par un assassinat ? Et demander pourquoi on ne l'avoit pas poursuivi par la force ouverte, ou par les lois, n'étoit-ce pas demander raison de ses crimes ?

I . A. N'étoit-il pas de s'être mis hors d'état d'être puni autrement que par un assassinat?

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