A. Car ils sçavoient certainement qu'ils, etc
3. Les Grecs avoient des jeux où il étoit décent de combattre, comme il étoit glorieux d'y vaincre : les Romains n'avoient guère que des spectacles; et celui des infâmes gladiateurs leur étoit particulier. Or, qu'un grand personnage descendît lui-même sur l'arène, ou montât sur le théâtre, la gravité romaine ne le souffroit pas. Comment un sénateur auroit-il pu s'y résoudre, lui à qui les lois défendoient de contracter aucune alliance avec des gens que les dégoûts ou les applaudissemeuts même du peuple avoient flétris? Il y parut pourtant des empereurs; et cette folie, qui montroit en eux le plus grand dérèglement du cœur, un mépris de ce qui étoit beau, de ce qui étoit honnête, de ce qui étoit bon, est toujours marquée, chez les historiens, avec le caractère de la tyrannie. (M.) Cette note n'est point dans A.
4. A. met ici la note suivante : Comme autrefois l'austérité des mœurs n'avoit pu souffrir la licence et les dérèglements du théâtre, il étoit resté dans l'esprit des honnêtes gens un mépris pour ceux qui en exerçoieut la profession. (M.)
5. A. ajoute : Lorsqu'un empereur fit voir sa force et son adresse, comme quand Commode tua devant le peuple tant de bêtes à coups de trait, avec une facilité si singulière, il devoit s'attirer l'admiration du peuple et des soldats, parce que l'adresse et la force étoient des qualités nécessaires pour
DES R03IAINS, GHAP. XY.
Caligula étoit un vrai sophiste dans sa cruauté : comme il descendoit également d'Antoine et d'Auguste, il disoit qu'il puniroit les consuls s'ils célébroient le jour de réjouissance établi en mémoire de la victoire d'Actium, et qu'il les puniroit s'ils ne le célébroient pas; et Drusille, à qui il accorda des honneurs divins, étant morte, c'étoit un crime de la pleurer, parce qu'elle étoit déesse, et de ne pas la pleurer, parce qu'elle étoit sa sœur.
C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des choses humaines. Qu'on voie dans l'histoire de Rome, tant de guerres entreprises, tant de sang répandu, tant dépeuples détruits, tant de grandes actions, tant de triomphes, tant de politique, de sagesse, de prudence, de constance, de courage ; ce projet d'envahir tout, si bien formé, si bien soutenu, si bien fmi, à quoi aboutit-il, qu'à assouvir le bonheur de cinq ou six monstres? Quoi! ce sénat n'avoit fait évanouir tant de rois que pour tomber lui-même dans le plus bas esclavage de quelques-uns de ses plus indignes citoyens, et s'exterminer par ses propres arrêts! On n'élève donc sa puissance, que pour la voir mieux renversée ! Les hommes ne travaillent à augmenter leur pouvoir, que pour le voir tomber contre eux-mêmes dans de plus heureuses mains !
Caligula ayant été tué, le sénat s'assembla pour établir
l'art militaire de ces temps-là. — Et une note ajoute : Quoique les gladiateurs eussent la plus infâme origine et la plus infâme profession qu'il y ait jamais eu, car c'étoicnt des esclaves ou des criminels qu'on obligeoit de se dévouer et de combattre jusqu'à la mort aux funérailles des grands, cependant la passion pour leurs exercices, qui avoient tant de rapport à ceux de la guerre, devint telle qu'on ne sauroit la regarder que comme une fureur : les empereurs, les sénateurs, les grands, les femmes môme parurent sur l'arène : nec virorum modo pugnas sed et feminarum. Suet., h Domit.^ ch. iv. Les Romains n'avoient pas moins de goût pour les athlètes. (M.)
une forme de gouvernement. Dans le temps qu'il délibéroit, quelques soldats entrèrent dans le palais, pour piller : ils trouvèrent, dans un lieu obscur, un homme tremblant de peur; c'étoit Claude : ils le saluèrent empereur.
Claude acheva de perdre les anciens ordres, en donnant à ses officiers le droit de rendre la justice^ Les guerres de Marins et de Sylla ne se faisoient que pour savoir qui auroit ce droit, des sénateurs ou des chevaliers^: une fantaisie d'un imbécile l'ôta aux uns et aux autres : étrange succès d'une dispute qui avoit mis en combustion tout l'univers!
Il n'y a point d'autorité plus absolue que celle du prince qui succède à la république : car il se trouve avoir toute la puissance du peuple qui n'avoit pu se limiter luimême. Aussi voyons-nous aujourd'hui les rois de Danemark exercer le pouvoir le plus arbitraire qu'il y ait en Europe ^
Le peuple ne fut pas moins avili que le sénat et les cheval iers^ Nous avons vu que, jusqu'au temps des empereurs, il avoit été si belliqueux, que les armées qu'on levoit dans la ville se disciplinoient sur-le-champ , et alloient droit à l'ennemi. Dans les guerres civiles de Vitellius et de Vespasien, Rome, en proie à tous les ambitieux,
1. Auguste avoit établi les procurateurs; mais ils n'avoient point de jurisdiction ; et, quand on ne leur obéissoit pas, il falloit qu'ils recourussent à l'autorité du gouverneur de la province, ou du préteur. Mais, sous Claude, ils eurent la jurisdiction ordinaire, comme lieutenants de la province : ils jugèrent encore des affaires fiscales : ce qui mit les fortunes de tout le monde entre leurs mains. (M.)