‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 70 sur 251 · PARALLÈLE DE CARTHAGE ET DE ROME V GUERRE d'ANNIBAL · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE CARTHAGE ET DE ROME V GUERRE d'ANNIBAL

Les Romains eurent bien des guerres avec les Gaulois. L'amour de la gloire, le mépris de la mort, l'obstination pour vaincre, étoient les mêmes dans les deux peuples; mais les armes étoient différentes. Le bouclier des Gaulois étoit petit, et leur épée mauvaise : aussi furent-ils traités à peu près comme, dans les derniers siècles, les Mexicains l'ont été par les Espagnols. Et ce qu'il y a de surprenant, c'est que ces peuples, que les Romains rencontrèrent dans presque tous les lieux, et dans presque tous les temps, se laissèrent détruire les uns après les autres, sans jamais connoitre, chercher, ni prévenir la cause de leurs malheurs.

Pyrrhus vint faire la guerre aux Romains dans le temps qu'ils étoient en état de lui résister et de s'instruire par ses victoires : il leur apprit à se retrancher, à choisir et à disposer un camp : il les accoutuma aux éléphants, et les prépara pour de plus grandes guerres-.

1. Dans ce parallèle, Montesquieu s'est visiblement inspiré de Bossuct. Discours sur l'histoire universelle, IIP partie, ch. v(. Et tous deux ont suivi Polybe.

2. Saint-Évremond, Réflexions sur les divers génies du peuple romain

La grandeur de Pyrrhus ne consistoit que dans ses ^ qualités personnelles ^ Plutarque nous dit qu'il fut obligé de faire la guerre de Macédoine, parce qu'il ne pouvoit entretenir huit mille hommes de pied% et cinq cents chevaux qu'il avoit^ Ce prince, maître d'un petit État, dont on n'a plus entendu parler après lui, étoit un aventurier, qui faisoit des entreprises continuelles, parce qu'il ne pouvoit subsister qu'en entreprenant,

Tarente, son alliée, avoit bien dégénéré de l'institution des Lacédémoniens, ses ancêtres*. Il auroit pu faire de grandes choses avec les Samnites ; mais les Romains les avoient presque détruits ^

Garthage, devenue riche plus tôt que Rome, avoit aussi été plutôt corrompue : ainsi, pendant qu'à Rome les (1 emplois publics ne s'obtenoient que par la vertu, et ne donnoient d'utilité que l'honneur et une préférence aux fatigues, tout ce que le public peut donner aux particuliers se vendoit à Garthage, et tout service rendu par les particuliers y étoit payé par le public^.

dans les différents temps de la République, cli. vi. « La guerre de Pyrrhus ouvrit l'esprit aux Romains. Avec un ennemi qui avoit tant d'expérience, ils devinrent plus industrieux et plus éclaires qu'ils n'étoient auparavant. Ils trouvèrent le moyen de se garantir des éléphants, qui avoient mis le désordre dans les légions au premier combat ; ils évitèrent les plaines et cherchèrent des lieux avantageux contre une cavalerie qu'ils avoient méprisée mal à propos. Jls apprirent ensuite à former leur camp sur celui de Pyrrhus, après avoir admiré l'ordre et la distinction de ses troupes, tandis que chez eux tout étoit en confusion. »

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