‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 84 sur 251 · Les Achcens · texte numérisé non relu

Les Achcens

teurs de les agiter^ et ce qu'il y a d'extraordinaire, leur république se maintenoit dans l'anarchie même '-.

Lacéclémone avoit conservé sa puissance, c'est-à-dire cet esprit belliqueux que lui donnoient les institutions de Lycurgue. Les Thessaliens étoient en quelque façon asservis par les Macédoniens. Les rois d'Illyrie avoient déjà été extrêmement abattus par les Romains. Les Acarnaniens et les Athamanes étoient ravagés tour à tour par les forces de la Macédoine et de l'Étolie. Les Athéniens, sans force par eux-mêmes et sans alliés^, n'étonnoient plus le monde que par leurs flatteries envers les rois; et l'on ne montoit plus sur la tribune où avoit parlé Démosthène, que pour proposer les décrets les plus lâches et les plus scandaleux.

D'ailleurs, la Grèce étoit redoutable par sa situation, sa force, la multitude de ses villes, le nombre de ses soldats, sa polices ses mœurs, ses lois : elle aimoit la guerre, elle en connoissoit l'art; et elle auroit été invincible, si elle avoit été unie.

Elle avoit bien été étonnée par le premier Philippe, Alexandre et Antipater, mais non pas subjuguée : et les rois de Macédoine, qui ne pouvoient se résoudre à aban-

4. A. Les Béotiens, les plus épais de tous les Grecs, mais les plus sages, vivoient ordinairement en paix, uniquement conduits par le sentiment du bien et du mal. Ils n'avoient pas assez d'esprit pour que des orateurs les agitassent et pussent leur déguiser leurs vi'iritables intérêts.

2. Les magistrats, pour plaire à la multitude, n'ouvroient i)Ius les tribunaux : les mourants léguoient à leurs amis leur bien, pour être employé en festins. Voyez un fragment du liv. XX de Polybe, dans V Extrait des vertus et des vices. (M.)

3. Ils n'avoient aucune alliance avec les autres peuples de la Grèce. Polybe, liv. VIII. (M.)

4. Au XVII* siècle, Bossuet et Fénelon emploient ce mot de police pour synonyme de gouvernement.

donner leurs prétentions et leurs espérances, s'obstinoient à travailler à l'asservir.

La Macédoine étoit presque entourée de montagnes inaccessibles ; les peuples en étoient très-propres à la guerre, courageux, obéissants, industrieux, infatigables; et il falloit bien qu'ils tinssent ces qualités-là du climat, puisque encore aujourd'hui les hommes de ces contrées sont les ^ meilleurs soldats de l'empire des Turcs.

La Grèce se maintenoit par une espèce de balance : les Lacédémoniens étoient, pour l'ordinaire, alliés des Étoliens; et les Macédoniens l'étoient des Achaïens. Mais, par l'arrivée des Romains, tout équilibre fut rompu.

Comme les rois de Macédoine ne pouvoient pas entretenir un grand nombre de troupesS le moindre échec étoit de conséquence : d'ailleurs, ils pouvoient difficilement s'agrandir, parce que, leurs desseins n'étant pas inconnus, on avoit toujours les yeux ouverts sur leurs démarches; et les succès qu'ils avoient dans les guerres entreprises pour leurs alliés étoient un mal que ces mêmes alliés cherchoient d'abord à réparer.

Mais les rois de Macédoine étoient ordinairement des princes habiles. Leur monarchie n' étoit pas du nombre de celles qui vont par une espèce d'allure donnée dans le commencement. Continuellement instruits par les périls et par les affaires, embarrassés dans tous les démêlés des Grecs, il leur falloit gagner les principaux des villes, éblouir les peuples, diviser ou réunir les intérêts : enfin, ils étoient obligés de payer de leur personne à chaque instante

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