A. Pour empêcher les Romains de s'y établir
GRANDEUR ET
DÉCADENCE
légion; il donne la préférence à l'ordonnance romaine; et il y a apparence qu'il a raison, si l'on en juge par tous les événemeni de ces temps-là^
Ce qui avoit beaucoup contribué à mettre les Romains en péril dans la seconde guerre punique, c'est qu'Annibal arma d'abord ses soldats à la romaine : mais les Grecs ne changèrent ni leurs armes, ni leur manière de combattre : il ne leur vint point' dans l'esprit de renoncera des usages aveclesquels ils avoient fait de si grandes choses^
Le succès que les Romains eurent contre Philippe fut le plus grand de tous les pas qu'ils firent pour la conquête générale. Pour s'assurer de la Grèce ils abaissèrent, par toutes sorte de voies, les Étoliens qui les avoient aidés à vaincre : déplus, ils ordonnèrent que chaque ville grecque, qui avoit été à Philippe, ou à quelqu'autre prince, se gouverneroit dorénavant par ses propres lois.
On voit bien que ces petites républiques ne pouvoient être que dépendantes. Les Grecs se livrèrent à une joie stupide, et crurent être libres en effet, parce que les Romains les déclaroient tels^
Les Étoliens, qui s'étoient imaginé qu'ils domineroient dans la Grèce, voyant qu'ils n'avoient fait que se donner des maîtres, furent au désespoir : et, comme ils prenoient toujours des résolutions extrêmes, voulant corriger leurs folies par leurs folies, ils appelèrent dans la Grèce Antio-
1. A. Il y a apparence qu'il a raison, car l'expérience le montra alors partout.
Bossuet , dans le Discours sur l'hisloire universelle , Iir partie, chap. VI, reprend aussi le jugement de Polybe, mais avec plus d'assurance que Montesquieu.