Florus, liv. II, chap. vu
chus, roi de Syrie, comme ilsy avoient appelé les Romains.
Les rois de Syrie étoient les plus puissants des successeurs d'Alexandre; car ils possédoient presque tous les États de Darius, à l'Egypte près : mais il étoit arrivé des choses qui avoient fait que leur puissance s'étoit beaucoup afîoiblie.
Séleucus, qui avoit fondé l'empire de Syrie, avoit, à la fm de sa vie, détruit le royaume de Lysimaque. Dans la confusion des choses, plusieurs provinces se soulevèrent : les royaumes de Pergame,de Gappadoceet de Bithynie se formèrent. Mais ces petits Etats timides regardèrent toujours l'humiliation de leurs anciens maîtres comme une fortune pour eux.
Comme les rois de Syrie virent toujours avec une envie extrême la félicité du royaume d'Egypte, ils ne songèrent qu'à le reconquérir; ce qui fit que, négligeant l'Orient, ils y perdirent plusieurs provinces, et furent fort mal obéis dans les autres.
Enfin, les rois de Syrie tenoient la haute et la basse Asie : mais l'expérience a fait voir que, dans ce cas, lorsque la capitale et les principales forces sont dans les provinces basses de l'Asie, on ne peut pas conserver les hautes; et que, quand le siège de l'empire est dans les hautes, on s'affoiblit en voulant garder les basses'. L'empire des Perses et celui de Syrie ne furent jamais si forts que celui des Parthes, qui n'avoit qu'une partie des provinces des deux premiers. Si Gyrus n'avoit pas conquis le royaume de Lydie, si Séleucus étoit resté à Babylone, et avoit laissé les provinces maritimes aux successeurs d'Antigone, l'empire des Perses auroit été invincible pour les Grecs, et celui de Séleucus pour les Romains. Il y a de certaines bornes que la nature a données aux États, pour mortifier I
l'ambition des hommes. Lorsque les Romains les passèrent, les Parthes les firent presque toujours périr ^ : quand les Partlies osèrent les passer, ils furent d'abord obligés de revenir : et, de nos jours, les Turcs, qui ont avancé au delà de ces limites, ont été contraints d'y rentrer.
Les rois de Syrie et d'Egypte avoient, dans leur pays, deux sortes de sujets : les peuples conquérants, et les peuples conquis. Ces derniers, encore pleins de l'idée de leur origine, étoient très-difficilement gouvernés ; ils n'avoient point cet esprit d'indépendance qui nous porte à secouer le joug, mais cette impatience qui nous fait désirer de changer de maître.
Mais la foiblesse principale du royaume de Syrie venoit de celle de la cour où régnoient des successeurs de Darius, et non pas d'Alexandre. Le luxe, la vanité et la cmollesse, qui, en aucun siècle, n'ont quitté les cours d'Asie, régnoient surtout dans celle-ci. Le mal passa au peuple et aux soldats, et devint contagieux pour les Romains même, puisque la guerre qu'ils firent contre Antiochus est la vraie époque de leur corruption.
Telle étoit la situation du royaume de Syrie, lorsque Antiochus, qui avoit fait de grandes choses, entreprit la guerre contre les Romains : mais il ne se conduisit pas même avec la sagesse que l'on emploie dans les affaires ordinaires. Annibal vouloit qu'on renouvelât la guerre en Italie, et qu'on gagnât Philippe, ou qu'on le rendit neutre. Antiochus ne fit rien de cela : il se montra dans la Grèce avec une petite partie de ses forces; et, comme s'il avoit voulu y voir la guerre et non pas la faire, il ne fut occupé
1. J'en dirai les raisons au chap. xv. Elles sont tirées, en partie, de la disposition géographique dès deux empires. (M.)
DES ROMAINS, GHAP. V.
que de ses plaisirs. Il fut battu, et s'enfuit en Asie, plus effrayé que vaincu*.
Philippe, dans cette guerre, entraîné par les Romains comme par un torrent, les servit de tout son pouvoir, et devint l'instrument de leurs victoires. Le plaisir de se venger et de ravager l'Étolie, la promesse qu'on lui diminueroit le tribut, et qu'on lui laisseroit quelques villes, des jalousies qu'il eut d'Antiochus% enfin de petits motifs, le déterminèrent; et, n'osant concevoir la pensée de secouer le joug, il ne songea qu'à l'adoucir ^
Antiochus jugea si mal des affaires, qu'il s'imagina que les Romains le laisseroient tranquille en Asie. Mais ils l'y suivirent : il fut vaincu encore; et, dans sa consternation, il consentit au traité le plus infâme qu'un grand / prince ait jamais fait.
Je ne sache rien de si magnanime que la résolution que prit un monarque qui a régné de nos jours S de s'ensevelir plutôt sous les débris du trône, que d'accepter des propositions qu'un roi ne doit pas entendre : il avoit l'âme trop fière, pour descendre plus bas que ses malheurs ne l'avoient mis; et il savoit bien que le courage peut raffermir une couronne, et que l'infamie ne le fait jamais^
C'est une chose commune de voir des princes qui savent donner une bataille. Il y en a bien peu qui sachent faire une guerre ; qui soient également capables de se servir de la fortune, et de l'attendre ; et qui, avec cette dis-