‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 88 sur 251 · Louis XIV. (M · texte numérisé non relu

Louis XIV. (M

5. C'est bien pensé pour un grand prince qui en môme temps peut s'opposer à ses ennemis; mais un prince inférieur en force et en puissance doit donner quelque chose au temps et aux conjonctures. (Frédéric II.)

position d'esprit qui donne de la méfiance avant que d'entreprendre, aient celle de ne craindre plus rien après avoir entrepris.

Après l'abaissement d'Antiochus, il ne restoit plus que de petites puissances, si l'on en excepte l'Égypte, qui, par sa situation, sa fécondité, son commerce, le nombre de ses habitants, ses forces de mer et de terre, auroit pu être formidable : mais la cruauté de ses rois, leur lâcheté, leur avarice, leur imbécillité, leurs affreuses voluptés, les rendirent si odieux à leurs sujets, qu'ils ne se soutinrent, la plupart du temps, que par la protection des Romains.

G'étoit, en quelque façon, une loi fondamentale de la couronne d'Egypte, que les sœurs succédoient avec les frères ; et, afm de maintenir l'unité dans le gouvernement, on marioit le frère avec la sœur. Or, il est difficile de rien imaginer de plus pernicieux dans la politique qu'un pareil ordre de succession : car tous les petits démêlés domestiques deve- ! nant des désordres dans l'État, celui des deux qui avoit le moindre chagrin soulevoit d'abord contre l'autre le peuple d'Alexandrie; populace immense, toujours prête à se joindre au premier de ses rois qui vouloit l'agiter. De plus, les royaumes de Cyrène et de Chypre étant ordinairement entre les mains d'autres princes de cette maison, avec des droits réciproques sur le tout, il arrivoit qu'il y avoit presque toujours des princes régnants, et des prétendants à la couronne; que ces rois étoient sur un trône chancelant; et que, mal établis au dedans, ils étoient sans pouvoir au dehors ^ .

1. A. Toujours prête à se joindre au premier de ces rois qui vouloit l'agiter. De façon qu'il y avoit toujours des princes régnants et des prétendants à la couronne, et comme les royaumes de Cyrène et de Chypre

DES ROMAINS, GHAP. V. 161

Les forces des rois d'Égypte, comme celles des autres rois d'Asie, consistoient dans leurs auxiliaires grecs. Outre l'esprit de liberté, d'honneur et de gloire qui animoit les Grecs, ils s'occupoient sans cesse à toutes sortes d'exercices du corps : ils avoient, dans les principales villes, des jeux établis, où les vainqueurs obtenoient des couronnes aux yeux de toute la Grèce ; ce qui donnoit une émulation générale. Or, dans un temps où l'on combattoit avec des armes dont le succès dépendoit de la force et de l'adresse de celui qui s'en servoit, on ne peut douter que des gens ainsi exercés n'eussent de grands avantages sur cette foule de barbares pris indifféremment, et menés sans choix à la guerre, comme les armées de Darius le firent bien voir.

Les Romains, pour priver les rois d'une telle milice, et leur ôter sans bruit leurs principales forces, firent deux choses : premièrement, ils établirent, peu à peu, comme une maxime chez les Grecs, qu'ils ne pourroient avoir aucune alliance, accorder du secours, ou faire la guerre à qui que ce fût, sans leur consentement : de plus, dans \ leurs traités avec les rois, ils leur défendirent de faire aucunes levées chez les alliés des Romains; ce qui les réduisit à leurs troupes nationales ^

étoient presque toujours entre les mains d'autres princes de cette maison, avec des prétentions respectives sur le tout, il arrivoit que ces rois étoient toujours sur un trône chancelant, etc.

1. Ils avoient déjà eu cette politique avec les Carthaginois, qu'ils obligèrent, par le traité, à ne plus se servir de troupes auxiliaires, comme on le voit dans un fragment de Dion. (M.)

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