CHAPITRE YI
DE LA CONDUITE QUE LES ROMAINS TINRENT POUR SOUMETTRE TOUS LES PEUPLES ^
Dans le cours de tant de prospérités, où l'on se néglige pour l'ordinaire, le sénat agissoit toujours avec la même profondeur ; et, pendant que les armées consternoient tout, il tenoit à terre ceux qu'il trouvoit abattus.
Il s'érigea en tribunal, qui jugea tous les peuples : à la fm de chaque guerre, il décidoit des peines et des récompenses que chacun avoit méritées. Il ôtoit une partie du domaine du peuple vaincu, pour la donner aux alliés- : en quoi il faisoit deux choses ; il attachoit à Rome des rois dont elle avoit peu à craindre, et beaucoup à espérer; et il en affoiblissoit d'autres, dont elle n' avoit rien à espérer, et tout à craindre.
On se servoit des alliés pour faire la guerre à un ennemi; mais d'abord on détruisit^ les destructeurs. Philippe fut vaiucu par le moyen des Étoliens, qui furent anéantis d'abord après % pour s'être joints à Antiochus.
1. Comparez Machiavel, le Prince, chap. in, et Bossuet, Discours sur Vhistoire universelle, IIP partie, chap. vi. Bossuet a sur Montesquieu cet avantage qu'il condamne énergiquement l'injustice romaine.
2. A. Il ôtoit une partie des terres du peuple vaincu pour les donner, etc.