Aussitôt après
Antiochus fut vaincu par le secours des Rliodiens : mais, après qu'on leur eut donné des récompenses éclatantes, on les humilia pour jamais, sous prétexte qu'ils avoient demandé qu'on fît la paix avec Persée.
Quand ils avoient plusieurs ennemis sur les bras, ils accordoient une trêve au plus foible,qui se croyoit heureux de l'obtenir, comptant pour beaucoup d'avoir différé sa ruine.
Lorsque l'on étoit ooupé à une grande guerre, le sénat dissimùfoît toutes sortes d'injures, et attendoit, dans le silence, que le temps de la punition fût venu : que si quelque peuple lui envoyoit les coupables, il refusoit de les punir, aimant mieux tenir toute la nation pour criminelle, et se réserver une vengeance utile.
Comme ils faisoientà leurs ennemis des maux inconcevables, il ne se formoit guère de ligue contre eux ; car celui qui étoit le plus éloigné du péril ne vouloit pas en approcher.
Par là, ils recevoient rarement la guerre, mais la faisoient toujours dans le temps, de la manière, et avec ceux qu'il leur convenoit : et de tant de peuples qu'ils attaquèrent, il y en a bien peu qui n'eussent soulfert toutes sortes d'injures, si l'on avoit voulu les laisser en paix.
Leur coutume étant de parler toujours en maîtres, les ambassadeurs qu'ils envoyoient chez les peuples qui n' avoient point encore senti leur puissance, étoient sûrement maltraités : ce qui étoit un prétexte sûr pour faire une nouvelle guerre ^
Gomme ils ne faisoient jamais la paix de bonne foi, et
1. Un des exemples do cela, c'est leur guerre contre les Dalmates. Voyez Polybc, XXXII, chap. xjx. (M.)
que, dans le dessein d'envahir tout, leurs traités n'étoient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettoient des conditions qui commençoient toujours la ruine de l'État qui les acceptoit. Ils faisoient sortir les garnisons des places fortes, ou bornoient le nombre des troupes de terre, ou se faisoient livrer les chevaux ou les éléphants; et, si ce peûple étoit puissant sur la mer, ils l'obligeoient de brûler ses vaisseaux, et quelquefois d'aller habiter plus avant dans les terres.
Après avoir détruit les armées d'un prince, ils ruinoient ses finances, par des taxes excessives, ou un tribut^ * sous prétexte de lui faire payer les frais de la guerre ; nouveau genre de tyrannie qui le forçoit d'opprimer ses sujets, et de perdre leur amour.
Lorsqu'ils accordoient la paix à quelque prince, ils prenoient quelqu'un de ses frères ou de ses enfants en otage; ce qui leur donnoit le moyen de troubler son royaume à leur fantaisie. Quand ils avoient le plus proche héritier, ils intimidoient le possesseur ; s'ils n'avoient qu'un prince d'un degré éloigné, ils s'en servoient pour animer les révoltes des peuples.
Quand quelque prince ou quelque peuple s'étoit soustrait de l'obéissance de son souverain, ils lui accordoient d'abord le titre d'allié du peuple romain 2; et par là ils le rendoient sacré et inviolable : de manière qu'il n'y avoit point de roi, quelque grand qu'il fût, qui pût un moment être sûr de ses sujets, ni même de sa famille.
Quoique le titre de leur allié fût une espèce de servi-
1. A. Ils ruinoicnt ses finances, en le mulctant par un tribut ou des taxes excessives, etc.
2. Voyez surtout leur traité avec les Juifs , au premier livre des Macliabées, cliap. vin. (M.)
tude, il étoit néanmoins très-recherché*; car on étoit sûr que l'on ne recevoit d'injures que d'eux, et l'on avoit sujet d'espérer qu'elles seroient moindres : ainsi, il n'y avoit point de services que les peuples et les rois ne fussent prêts de rendre, ni de bassesses qu'ils ne fissent pour l'obtenir.
Ils avoient plusieurs sortes d'alliés. Les uns leur étoient unis par des privilèges, et une participation de leur grandeur, comme les Latins et les Herniques : d'autres, par l'établissement même, comme leurs colonies ; quelques-uns par les bienfaits, comme furent Massinisse, Euménès et Attalus, qui tenoient d'eux leur royaume ou leur agrandissement ; d'autres, par des traités libres ; et ceux-là devenoient sujets par un long usage de l'alliance, comme les rois d'Egypte, de Bithynie, de Gappadoce, et la plupart des villes grecques ; plusieurs enfin, par des traités forcés, et par la loi de leur sujétion, comme Philippe et Antiochus : car ils n'accordoient point de paix à un ennemi, qui ne contînt une alliance ; c'est-à-dire, qu'ils ne soumettoient point de peuple qui ne leur servît à en abaisser d'autres.
Lorsqu'ils laissoient la liberté à quelques villes, ils y faisoient d'abord naître deux factions^; l'une défendoit les lois et la liberté du pays, l'autre soutenoit qu'il n'y avoit de loi que la volonté des Romains : et, comme cette dernière faction étoit toujours la plus puissante, on voit bien qu'une pareille liberté n'étoit qu'un nom.
Quelquefois ils se rendoient maîtres d'un pays, sous prétexte de succession : ils entrèrent en Asie, en Bithynie, en Libye, par les testaments d' Attalus, de Nicomède^ et
1. Ariarathe fit un sacrifice aux dieux, dit Polybc, pour les remercier de ce qu'il avoit obtenu cette alliance. (M.)