‹ Œuvres complètes;Chapitre 220 sur 312 · I^oileau, Kpîtro Vlli · texte numérisé non relu

I^oileau, Kpîtro Vlli

devoit avoir pour ses audit'îui's, il prondroit la liberté de leur dire que leurs déporlements les mèneroient tout droit en enfer. Ainsi je crois. Monsieur, que si l'on veut faire à Genève une traduction de l'Écriture, qui soit mâle et forte, il faut s'éloigner, autant qu'on pourra, des nouvelles affectations. Elles déplurent même parmi nous dès le commencement ; et l'on sait combien le père Bouhours se rendit là-dessus ridicule, lorsqu'il voulut traduire le Nouveau Testament^ Conservez-y l'air et l'habit antiques ; peignez comme Michel-Ange peignoit ; et quand vous descendrez aux choses moins grandes , peignez comme Raphaël a peint dans les loges du Vatican les héros de l'Ancien Testament, avec sa simplicité et sa pureté. J'ai l'honneur d'être, etc.

'2(i juin 17jO.

LETTRI^ LXXXiX-'.

vu DUC 1) 13 N I V E l\ NO I S

AMUASSADEin 1)K IHANCE A ItOMI

J'ai reçu la lettre dont votre Excellence m'a honoré, et je la supplie d'agréer que je la remercie encore de ses bontés infinies, qui seront dans mon cœur toute ma vie.

1. I.e Nouveau Teslamenl, traduit en françois selon la Vulgale, 1697-1703. 2 vol. iu-Vl.

2. Tirée clos OEnvres Posthumes tlii duc de Mvornois. Paris, Maradaii.

:i, Louis Jules Mancini Miizariiii. due de iNivernois (I71()-1798).

11 me semble que l'affaire prend un mauvais Irain. M, le cardinal de Tencin m'a dit, il y a quelque temps, que lorsqu'un livre étoit dénoncé à la Congrégation de ï Index, cela n'éloit rien; mais que lorsqu'il y étoit porté, il étoit comme condamné : or, il me paroît , par la lettre de votre Excellence, que mon livre y a été porté, puisque l'on a jugé, à la pluralité des voix, d'accorder un délai pour en parler. De plus, votre Excellence me fait l'honneur de me marquer que, selon toutes les apparences, la Congrégation de XIndcx condamnera les premières éditions ; ainsi je n'ait lait jusqu'ici que travailler contre moi. Sur ce pied-là je vois que les gens qui, se déterminant par la bonté de leur cœur, désirent de plaire à tout le monde et de ne déplaire à personne, ne font guère fortune dans ce monde. Sur la nouvelle qui me vint que quelques gens^ avoient dénoncé mon livre à la Congrégation de V Index, je pensai que, quand cette Congrégation connoîtroit le sens dans lequel j'ai dit des choses qu'on me reproche, quand elle verroit que ceux qui ont attaqué mon livre en France ne se sont attiré que de l'indignation et du mépris, on me laisseroit en repos à Rome, et que moi, de mon côté, dans les éditions que je ferois, jechangerois les expressions qui ont pu faire quelque peine aux gens simples : ce qui est une chose à laquelle je suis naturellement porté ; de sorte que quand monseigneur Bottari m'a envoyé des objections, j'y ai toujours aveuglément adhéré, et ai mis sous mes pieds toute sorte d'amour-propre à cet égard; or, à présent je vois qu'on se sert de ma déférence même pour opérer une condamnation. Votre Excellence

1. ("étail lo Gazetier ccrlrsiastique si l'on >^n ci'oit n; qui ost dil dans VJihiije (lu (lue de \iv(Mnois, place en trie dos Olùirres Posthumes.

350 L E T T l{ E S F A iM ! L I Ë R E S .

remarquera que si mes premières éditions contenoient quelques hérésies, j'avoue que des explications dans une édition suivante ne devroientpas empêcher la condamnation des premières ; mais ici ce n'est point du tout le cas: il est question de quelques termes qui, dans de certains pays, ne paroissent pas assez modérés, ou que des gens simples regardent comme équivoques ; dans ce cas, je dis que des modifications ou éclaircissements dans une édition suivante et dans une apologie déjà faite \ suffisent. Ainsi votre Excellence voit que, par le tour que cette affaire prend, je me fais plus de mal que l'on ne peut m'en faire, et que le mal même qu'on peut me faire cessera d'en être un sitôt, que moi, jurisconsulte françois, je le regarderai avec cette indifférence que mes confrères les jurisconsultes françois ont regardé les procédés de la Congrégation dans tous les temps-.

L'on a dénoncé mon livre à l'assemblée du clergé ; cette assemblée a regardée cette dénonciation comme vaine.

Que les théologiens épluchent mon livre, ils n'y trouveront rien d'hérétique que ce qu'ils n'entendront pas ; et ce que je dis même de l'inquisition n'est qu'une affaire de police dans quelques pays, qui diffère selon les pays, qui peut avoir de la modération dans les uns, et dans les autres de l'excès; et moi, qui ai écrit pour tous les pays du monde, j'ai pu remarquer ce qu'il y avoit de modéré dans cette pratique et ce qu'il y avoit d'excès.

Je crois qu'il n'est point de l'intérêt de la Cour de Rome de flétrir un livre de droit que toute l'Europe u

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