‹ Œuvres complètes;Chapitre 261 sur 312 · LETTRE CXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXV

A l'abbé comte UE GtASCO.

Votre lettre, mon cher Comte, m'apprend que \ous êtes à Paris; et je suis étonné moi-même de ce que je n'y suis point. Le voyage que j'ai été obligé de faire à l'abbaye de ISisor avec mon frère, qui a duré près d'un mois, a rompu toutes mes mesures, et je n"y serai qu'à la lin de ce mois ou au commencement de l'autre ; car je veux absolument vous voir, et passer quelques semaines avec vous, avant votre départ. Mais, mon cher abbé, vous êtes un innocent, puisque vous avez deviné que je n'arriverois point sitôt, de ne pas vous mettre dans mon appartemeiii d'en bas; et je donne ordre à la demoiselle Betti de vous

I. Il faut supposer (ju(3 cello Icltrc t;st mal datée, puiscjue dans la leiiri^ suivante, daléo du mois d'octobre, .\loiiLCsi{uieu est a Tabbayc de .\is"i-, avec son livie, le doyen.

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y recevoir, quoiqu'elle n'ait pas besoin crordre pour cela; ainsi je vous prie de vous y camper. Vous allez à Vienne : je crois que j'y ai perdu, depuis vingt-deux ans, toutes mes connoissances. Le prince Eugène vivoit alors, et ce grand homme me fit passer des moments délicieux '. MM. les comtes Kinski, M. le prince de Lichtenstein, M. le marquis de Prié, M. le comte d'Harak et toute sa famille, que j'eus l'honneur de voir à Naples où il éloit vice-roi, m'ont honoré de leurs bontés : tout le reste est mort ; et moi jemourrai bientôt : si vous pouvez me rappeler dans leur souvenir, vous me ferez beaucoup de plaisir. Vous allez paroître sur un nouveau théâtre, et je suis sûr que vous y figurerez aussi bien que vous avez fait ailleurs. Les Allemands sont bons, mais un peu soupçonneux. Prenez garde : ils se méfient des Italiens connne trop fins pour eux ; mais ils savent qu'ils ne leur sont point inutiles, et sont tro}) sages pour s'en passer.

Vous avez grand tort de n'avoir point passé par la ]3rède (|uand vous revîntes d'Italie. Je puis dire que c'est à présent un des lieux aussi agréables qu'il y ait en France» au château près^, tant la nature s'y trouve dans sa robe

1. L'fuilcur disoil (ju'il u"a\Dil jamais uuï dire à ce j)riuce (jiie ce (ju'il l'alloil dire sur le sujet dont on j)arloit, niùnie lorsqu'en quittant de tcnij» •;u temps sa partie, il se niôloit de la conversation. Dans un petit écrit (|ue Montesquieu avoit fait sur la Considération, en parlant du prince Kugèue, il avoit dit qu'on n'est pas plus jaloux des grandes richesses de ee prince qu'on ne l'est de celles qui brillent dans les temples des dieux. I.c prince, flatté de ces expressions, fil un accueil très-distingué îi Monii'squieu à son arrivée à Vienne, et l'admit dans sa société la plus intime.

(kASCO.)

2. La singularité de ce cliâteau mérite une petite note. C'est un bâtiment hexagone, à pont-levis, entouré de doubles fossés d'eau vive, revêtu (le pierres de taille. 11 fut bâti sous Charles VII pour servir de châtcaulorl ; et il appartenoit alors à la maison de La Lande, dont la dernière hclilière épousa un des ancêtre» de M. de Montesquieu. L'intérieur du chà-

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de chambre et au lever de son lii. J'ai reçu d'Aiiglelerre la réponse pour le vin ({ue vous m'avez fait envoyer à milord Eliban ; il a été (rouvé extrêmement bon. On nie demande une commission pour quinze tonneaux, ce qui fera que je serai en état de finir ma maison rustique. Le succès que mon livre a eu dans ce pays-là contribue, à ce qu'il paroît, au succès de mon vin. Mon fils ne manquera pas d'exécuter votre commission. A l'égard de l'homme en question, il multiplie avec moi ses torts, à mesure qu'il les reconnoît ; il s'aigrit tous les jours, et moi je deviens sur son sujet plus tranquille : il est mort pour moi. M. Ir doyen, qui est dans ma chambre, vous fait mille compliments, et vous êtes un des chanoines du monde qu'il honore le plus : lui, moi, ma femme et mes enfimts, \ous regardons et chérissons tous comme de notre famille. Jiserai bien charmé de faire connoissance avec M. le comte de Sartirane^ quand je serai à Paris : c'est à vous à lui donner une bonne opinion de moi. Je vous prie de fairr bien des compliments à tous ceux de mes amis que vous \ errez ; mais si vous allez à Montigny-, c'est là qu'il fàul ime effusion de mon cœur. Vous autres Italiens êtes palhéliques : employez-y tous les dons que la nature vous à donnés; faites-en aussi surtout usage auprès de la duchesse dAiguillon et de Madame Dupré de Saint-Maur ; dites surtout à celle-ci combieu je lui suis attaché-'. Je suis de

teau n'est effectivement pas fort agréable, par la nature de sa conslructiou; mais M. de Montesquieu en a fort embelli les dehors par les plantatioii> qu'il y a faites (G.)

1. Ambassadeur de Sardaigne à Paris, homme de beaucouj» (i'.'-;piii. ei pins véiidique qu'on ne souhaite dans les sociétés. (G.)

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