‹ Œuvres complètes;Chapitre 307 sur 312 · A. De quelles peines on punira certaines ombres, etc · texte numérisé non relu

A. De quelles peines on punira certaines ombres, etc

l'Ombre d'une beauté nonchalante qui a passé ses jours à ajuster des charmes dont elle ne fit jamais d'usage?

C'est mal reconnoître mes faveurs : quand je donne des charmes, je les destine à ma gloire ; ce qui a fait les délices de cette Ombre va faire sa peine. Qu'on lui présente sans cesse son miroir, pour le retirer au moment qu'elle en approchera : son supplice surpassera celui de Tantale. Eh quoi! ajouta la Déesse, en prenant la liste des mains de Mercure, je verrai toujours des envieuses qui n'ont d'autres plaisirs que celui de médire sur le chapitre de l'Amour? 11 n'est point en mon pouvoir de donner de la beauté à toutes les femmes ; les Grâces consolent quelquefois celles qui ne me doivent rien ; mais, quand on ne doit ni aux Grâces ni à moi, on veut s'en venger en parlant mal de celles que je protège : je prétends qu'on respecte l'ouvrage de Vénus, et pour punir cette envieuse, je la condamne à entendre continuellement parler des charmes des belles Ombres, sans lui donner le temps de répliquer par le contraire.

Il faut charger de ce soin, dit Mercure, l'Ombre que Caron va passer avec elle ; c'est un amant qui s'est vanté d'avoir eu des faveurs qu'on ne lui accorda jamais.

Voilà le comble de la perfidie, répond Vénus. Je veux bien qu'il serve au supplice de cette envieuse ; mais, pour le sien, qu'on lui montre sans cesse le portrait de sa Belle, entre les mains d'une Ombre discrète.

Mais quel est ce poëte de mauvaise humeur, poursuivit la Déesse? C'est un auteur qui s'est épuisé à faire une critique sur VArt cC aimer d'Ovide. Ne reconnoissez-vous pas la jalousie poétique, ajouta Mercure. On s'efforce à imiter ceux qui ont su plaire; l'imitation ne réussit pas, l'amourpropre s'en offense; j'ai de l'esprit, dit-on, et je ne saurois approcher du modèle que j'ai choisi ; donc le modèle

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n'est pas bon, et, pour le prouver, j'en vais faire la critique.

Ce poëte, reprit la Déesse, mérite les supplices les plus cruels, pour s'être déclaré contre un auteur qui me doit plus qu'aux Muses. Qu'on inspire à son Ombre la même façon de penser que les gens de goût, et, pour son tourment, on lui récitera chaque jour une page de ses vers.

Quel supplice vais-je donner à ce guerrier des rives de la Seine, qui a toujours mis sa gloire à chanter des chansons contre l'Amour? L'Enfer n'en connoît point d'assez rudes pour venger mon fils. J'en invente un nouveau, interrompit Mercure; qu'on lui fasse entendre deux fois par jour un concert d'Italie ^

Mais j'oublie, ajouta-t-il, un disciple de Thémis, qui n'a jamais aimé que la parure. Ah! s'écria Vénus, c'est un mal qui gagne tous les environs de la France, il est trop funeste à mon empire, j'en dois arrêter le cours. Et quelle Belle voudroit aimer, si tous les hommes pensoient comme ce fade magistrat? Qu'on le frise tous les quarts d'heure du jour ; et dès qu'il paroîlra content de son ajustement, on le fera promener au grand vent. Le supplice est cruel, mais l'offense est trop forte.

Vénus se lève, et Mercure porte aux Enfers les arrêts de la Déesse; mais ce Dieu a plusieurs emplois à Paphos-, et je le revis bientôt sous un air plus riant.

Dès que les Grâces revinrent, Vénus reprit le maintien de la Reine des plaisirs, et les Nymphes eurent ordre de se préparer pour la chasse.

La beauté la plus parfaite, l'entretien le plus aimable, pour ne pas cesser de plaire, ont besoin de secours. La mère des Jeux et des Ris recherche l'amusement que

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