I. (i'est le 1iinl)r(' des joiiinaux
assemblé ses troupes avant d'avoir demandé satisfaction. Le roi de Prusse répondoit qu'il l'avoit fait demander deux ou trois fois, mais que le sieur de Reichtembach, son ministre, avoit toujours été rabroué et non écouté par le sieur Debouche, premier ministre, lequel avoit de l'aversion pour la couleur bleue. Or, il se trouva que le plus riche habit de Reichtembach, que je lui ai vu, étoit bleu ; ce qui faisoit que ledit ministre ne pouvoit avoir un moment d'audience.
11 y a des membres écossois qui n'ont que deux cents livi'es sterling pour leur voix et la vendent à ce prix.
Les Anglois ne sont plus dignes de leur liberté. Us la vendent au roi ; et si le roi la leur redonnoit, ils la lui vendroient encore.
Un ministre ne songe qu'à triompher de son adversaire dans la chambre basse ; et pourvu qu'il en vienne à bout, il vendroit l'Angleterre et toutes les puissances du monde.
Un gentilhomme nommé..., qui a quinze écus sterling de rente, avoit donné, à plusieurs temps, cent guinées, une guinée à lui en rendre dix lorsqu'il joueroit sur le théâtre. Jouer une pièce pour attraper mille guinées, et cette action infâme n'est pas regardée avec horreur ? 11 me semble qu'il se fait bien des actions extraordinaires en Angleterre; mais elles se font toutes pour avoir de l'argent. Il n'y a pas seulement d'honneur et de vertu ici; mais il n'y en a pas
seulement d'idée ; les actions extraordinaires en France, c'est pour dépenser de l'argent ; ici c'est pour en acquérir. Je ne juge pas de l'Angleterre par ces hommes; mais je juge de l'Angleterre par l'approbation qu'elle leur donne ; et si ces hommes y étoient regardés comme ils le seroient en France, ils n'auroient jamais osé cela.
J'ai ouï dire à d'habiles gens que l'Angleterre, dans le temps où elle fait des efforts, n'est capable, sans se ruiner, de porter que cinq millions sterling de taxe; mais à présent, en temps de paix, elle en paie six.
J'allai avant-hier au parlement à la chambre basse; on y traita de l'affaire de Dunkerque. Je n'ai jamais vu un si grand feu. La séance dura depuis une heure après midi jusqu'à trois heures après minuit. Là, les François furent bien mal menés ; je remarquai jusqu'où va l'affreuse jalousie qui est entre les deux nations. M. Walpole attaqua Bolingbroke de la façon la plus cruelle, et disoit qu'il avoit mené toute cette intrigue. Le chevalier Windham le défendit. M. Walpole raconta en faveur de Bolingbroke l'histoire du paysan qui, passant avec sa femme sous un arbre, trouva qu'un homme pendu respiroit encore. Il le détacha et le porta chez lui ; il revint. Ils trouvèrent le lendemain que cet homme leur avait volé leurs fourchettes ; ils dirent : « Il ne faut pas s'opposer au cours de la justice : il le faut rapporter où nous l'avons pris. »
C'étoit de tout iiMHps lu coiilnme (pic les communes
envoyoient deux bills aux seigneurs : l'un contre les mutins et les déserteurs S que les seigneurs passoient toujours; l'autre contre la corruption, qu'ils rejetoient toujours. Dans la dernière séance, milord Thousand - dit : Pourquoi nous chargeons-nous toujours de cette haine publique de rejeter toujours le bill? Il faut augmenter les peines, et faire le bill de manière que les communes le rejettent elles-mêmes : de façon que, par ces belles idées, les seigneurs augmentèrent la peine tant contre le corrupteur que le corrompu, de dix à cinq cents livres, et mirent que ce seroient les juges ordinaires qui jugeroient les élections, çt non la chambre ; qu'on suivroit toujours le dernier préjugé dans chaque cour ^ Mais les communes, qui sentoient peut-être l'artifice, ou voulurent s'en prévaloir, le passèrent aussi, et la cour* fut contrainte de faire de même. Depuis ce temps ^, la cour a perdu, dans les nouvelles élections qui ont été faites, plusieurs membres, lesquels ont été choisis parmi les gros propriétaires de fonds de terres ; et il sera difficile de faire un nouveau parlement au gré de la cour ; de façon que l'on voit que le plus corrompu des parlements est celui qui a le plus assuré la liberté publique.
Ce bill est miraculeux, car il a passé contre la volonté des communes, des pairs et du roi.
yVutrcfois le roi avoit en Angleterre le quart des biens, les seigneurs un autre quart, le clergé un autre quarl ; ce
1. Lo mutiny-bill ost In vote annuel du continfjonl inilitairi'. '2. Probablement. Lord Townslieiid.