PROtÉcovÈNEsr
LES SAVANTS ET LES ARTISTES BUPES DE LA GlTILlSATIOlf.
Antienne. — « C'est convenu, diront les critiques : » nous avouons qu'on aurait dû s^occuper plus tôt de » tette étude de TÂttraetion passionnée ; qu'il est même » assez honteux de l'avoir négligée depuis que le succès
> de Newton sur la matérielle excitait à des recherches » sur la passionnelle. Finissons- «n de reproches, puisqu'on » est d'accord sur ce poiut ; ça , voyons; produisez votre
> théorie! voilà des préambules suffisants : au Tait , sans » délai. »
Ainsi concluront les esprits supetficiels : ils ont eu la patience d'attendre pendant 25 siècles ; ils ne pourront pas patienter pendant 2S chapitres ! ils ont amoncelé et parcouru 400 mille tomes de divagations sur le bonheur; ils ne pourront pas accorder 400 pages aux indices et préliminaires de la découverte qui leur garantit le prompt avènement au bonheur! voilà des juges vraiment impartiaux.
On sent bien où le b&t ïm blesse : I«ur anbarras n'est pas de soutenir lu lecture d*un volume préparatoh-e ; ils en accueillent souvent trois et quatre en préambules , sur des sujets du plus mince intérêt. J'ai ouï dire que , dans te roman de Clarisse Harlowe, coniprenant douze tomes, il faut se résoudre à en dévorer six » fort insipides, parce que l'intérêt ne commence à naître qu'au 7™«. Vous trou-
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yerez des nttlfiers de leetears qui souscriront à cette cor- Tëe , et qui liront les six ydmnes Iratoants de Clarisse Harhnre , dans Tespoir d'être ^tisfaits des six antres.
D'où Tient donc leur impatience, pour nn tome de préludes sur un ouvrage de boit lomes? d'où rient, disje, celte intoièranee en fait d'instructions prèliminaîres ? Ellenatt de ce que Toufrage ne flatte pas Tauguste Philosophie moderne, ses torrents de lumière en feTcur de l'agiotage , de la banqueroute et des droits de l'Homme sans mmmum. Si je voulais flatter les théories d'agiotage , de mendicité , de constitution , je pourrais faire agréer des prolégomènes aussi immenses que l'Encyclopédie.
Sans m'abaisser à ce rôle de caméléon, sans souscrire à aucune concession en fait d'opinion , je prétends dès cet article devenir le favori des Sophistes, en leur assurant la double moisson de gloire et de fortune. Je vais leur expliquer comment les millions, si rares aujourd'hui chez les savants et artistes , vont pleuvoir sur eux dan!5 l'état sociétaire. Les présents , dit-on , apaisent les hommes et les Dieux, le vais montrer aux beaux esprits, dans les récompenses unitaires, une mine d'or si abondante et des triomphes si éclatants, qu'ils excuseront l'ftpreté de mes cri^qoes ; et , selon le principe des compensations , ils abonneront, en feveor de ce nouveau Pactole, à tolérer quelques boutades sur les torts d'une science dont les auteurs, à défaut de lumières, se recommandent au moins par des talei^s éimaents : je leur ai ménagé une capitulation plus que si]rf8sante , par la distiDCtîoii de leurs sec* tairos en Ëiqpectants «t Obscurants (120). Ceux qui ne seraient pas satisfaits de cet accommodemeat, ceux qui hésiteraient à se ranger dans la classe modeste des So-
3S0 PlUM^iGOllftlIES.
crate , dea Aristote, de»Baeon , des Montaigne , des Condillac, des Montesquieu r des Jean-Jacques» des Voltaire et autres ExpectantSy.'Ceuï*l&» dis-je» ne mériteraient pas qu'on briguftt leur suffrage.
Les grands hommes précités qui » après avoir tant écrit pour chercher la vérité , en sont venus à confesser qu'ils ne trouvaient que d'épaisses ténèbres, se seraient-ils étonnés qu'avant de les initier à cette vérité enfin découverte, on les eût astreints à un volume de réfutations, d'indices et de dégrossissement ?
Quant aux présompteux qui s'offensent de la condition de dégrossissement , loin de quêter leur faveur , j'ai annoncé (avant-propos), queje ne transigerais pas même sur I leur dernière chimère , sur le fcmx libéralisme isolé du - minimum proportionnel; et je me suis engagé à déoion- .. trer qu'il n'a jamais existé sur le globe un f>rai libéral; que toutes les doctrines sur ce sujet ne sont que préjugé chez lesExpectants, et jonglerie chez les Obscurants. C'est sur quoi nous préluderons dans le courant de cet intermède. Il ne conviendrait pas de soutenir pareille thèse avant d'avoir passionné les Philosophes pour la théorie sociétaire ; il faut les amener â souhaiter euxmêmes l'anéantissement de leurs systèmes, et à former en secret des vœux pour l'Association et sa prompte épreuve. Il ne sera pas difficile de les rallier à cette opinion, et nous allons, dés cet entr'acte, beaucoup accélérer leur conversion.
Notre thème, dans la deuxième partie, sera de prouver qu'on n'aime point assez les richesses en CivUisaiion : c'est sur quoi je vais disserter dans rintermède, et c'est d'abord aux savants et artistes que j'adresserai le reproche.
. ihtkrméhe. SSi
« Badînagel répliqii6«t*on. Les safants et les artistes
> ne désirent que des richesses : est- il un homme assez
> sot pour croire à leurs diatribes contre le vil métal
> dont ils abonneraient si yolontiers à remplir leurs
> coffres ? »
On s'abuse étrangement en jugeant ainsi surlès proba-* bilités : je vais prouver que la vanité l'emporte» et poussa les savants et artistes à sacrifier la fortune aut fumées de Torgueil scientifique et de l'esprit de coips. S'ils aimaient les richesses avec ardeur , ils ne pourraient pas aimer la Civilisation qui les condamne spéculativement à la pau^ vreté : du moment oik ils se passionneront j^our la fortune acquise parles voies de f honneur /ih seront tous d'accord de renoncer à la Civilisation et se rallier à la thé(Mrie sociétaire» aux dépens de leurs fausses doctrines dont ils sont les premières victimes, puisqu'ils y perdent la richesse » premier vœu de l'Attraction.
C'est donc maintenant sur le défaut d'amour des richesses qu'il faut incriminer la Philosophie, pour la convaincre de ses duperies, exposées sommairement 146. Il faut amener ses disciples à aimer les dignités éminentes , et la fortune colossale que le nouvel ordre va leur assurer. Il faut à ce sujet procéder à une cure que Corneille appelle purgation des passions; guérir les Philosophes de leur vicieux système d'ambition civilisée , qui les entraîne toujours & isoler leurs intérêts de ceux des souverains et des grands. Tel est le faux libéralisme ou duplicité d'action, £ur lequel je les critiquerai lorsque les voies seront suffisamment préparées , lorsque je les aurai amenés à souhaiter que leurs théories soient reconnues illusoires, et que la mienne soit éprouvée sans délai. Il faudra préalablement leur démontrer» dans ledeuxjéme
S52 PROLÉGOBÈMBS.
article de cet intermède , que leufi intérêts, jusqu'à présent si isolés de ceux des grands et des ministres , vont s'y rsllier ititimément.
Je débuterai par désabuser nos beaur esprits d'ueprè* jugé dont ils se déferont volontiers : celui qui leur persuade qu'ils sont destinés à la paorreté, qu'ils doivent se ^nlenAer de fumées de gfom » tandis que les'sots entassent des millions.
Le principe est juste en polUique eivUuëe; il ne Test nullement dans l'état sociétaire , ourles chances ne sont plus pour la sottise, mais pour le mérite. Cet ordre, dés sa naissance , comblera des dons de la fortune tous les savants et artistes , même ceux de moyenne dasse , et à plus forte raison ceux d'un mérite distingué. Ils ne peuvent donc juger sainement de cette théorie, (pi'autaDt qu'ils se rallieront à l'amour de la fortune dont la faveur va les ACCABLER dans l'état sociétaire.
C'est une thèse qu'ils ne seront pas fâchés de voir démontrée. Quatre articles y seront employés; deux en positif, et deux en négatif. Ce sujet, plus phîsaiit que sévère , fera une petite diversion aux aridités dogmatiques dont il a fallu meubler la première partie des prolégomènes.
PBEBUBR MDVSN MMITIT «MPUi.
Récompenses et Lustre des Savants et Artistes, en Harmonie sociétaire.
Commençons par un exposé de ieurs bènèfiees futurs, et du mode employé dans l'Association pour disiribcsries récompenses avec Jusiiee «it prodigalilé , sans qu'utiles é^ viennent un fordean pour la masse qui les fournit.
llfTERMiDE. 355
La population actnelle du globe fournira, au début, environ 600 mille Cantons ou Phalanges de 4800 personnes en moyen terme. Le nombre des Phalanges s'élèvera par la suite de 3 & 4 millions , quand la population du globe sera portée au grand complet ; mais les savants et artistes de la génération présente ne doivent établnr leur compte que sur 600 mille Phalanges, distributtoti du nombre actuel de 900 millions d'habitants;
Toute Phalange dresse chaque année , à la majorité absolue des voix, un tableau des inventions, compositions et nouveautés de science ou d'art qu'elle a accueillies. Chacune de ces productions est jugée par la Série compétente : une tragédie, par les Séries de littérature et de poésie; et ainsi de toutes les nouveautés. On verra, au traité des Séries passionnelles, comment se recueillent les votes, et avec quelle célérité ou effectue ces opérations de suffrage universel, si pénibles , si lentes aujourd'hui, même en vote partiel.
Si l'ouvrage parait digne de récompense , on fixe la somme à adjuger à l'auteur. Par exemple , un franc & Racine , pour sa tragédie de Phèdre.
Chaque Phalange , après avoir formé le tableau des prix qu'elle décerne , l'envoie à une administration , qui fait îe dépouillement des votes de canton et forme le tableau provincial : celui-ci est envoyé à une administration de région, qui opère de même sur le dépouillement des tableaux provmciaux. Ainsi le recensement des votes arrive par échelons jusqu'au mimstëre de Gonstantinople (siège du congrès d'unité sphérique), où se fait le dépouillem^t ultérieur, et où l'on proclame les noms des auteurs couronnés par Icb suffrages de la majorité des "Phalanges du globe. On adjuge à Fauteur le moyen terme
35i PHOLÂGOllÈNES.
des sommes votées par cette majorité. Si le tiers des Phalanges a voté un demi-franc ; le tiers un franc, et le tiers on franc et demi » la récompense adjugée sera d'un franc.
En supposant que le recensement ait donné up franc à Racine pour sa tragédie de Phèdre, et trois francs à Franklin pour l'invention du paratonnerre , le ministère fait passer à Racine des traites pour la somme de 600 mille francs 9 et à Franklin pour 18 cent mille francs, sur les congrès de leurs régions. La somme est répartie sur chacune des 600 mille Phalanges du globe , dès que 1* ouvrage a obtenu majorité absolue , comme 300,001 voix.
En outre , Franklin et Racine reçoivent la décoration triomphale, sont déclarés Magnats du globe, et sur quelque point quils le parcourent , ils jouissent dans toute Phalange des mêmes prérogatives que les Magnats de la contrée.
Ces récompenses, insensibles pour chaque Phalange, sont immenses pour les auteurs , d'autant plus qu'elles peuvent être souvent répétées. Il se peut que Racine et Franklin gagnent pareille somme l'année suivante, en s'illustrant par quelque autre production qui obtiendra le suffrage de la majorité du globe.
Les plus petits ouvrages , pourvu qu'ils soient distingués par l'opinion , valent encore aux auteurs des sommes immenses ; car si le globe adjuge
à Lebrun deux sous pour telle ode ; à Haydn un sou pour telle symphonie; Lebrun recevra 60 mille francs, et Haydn 30 mille francs» pour un ouvrage qui peut-être n'aura coûté qu'un mois de travail. Ils pourront gagner cette somme plusieurs fois dans une même année. Ainsi une fortune de lOnûU
mTERMiBB. 355
tions sera chose Irës-commune chez les savants, les littérateurs et les artistes de Télat sociétaire, surtout quand la population portée au complet de cinq milliards, formant au delà de trois millions de Phalanges, yaudra à tel auteur, comme Virgile, dix millions de francs pour un bel ouvrage comme TEnélde, que je suppose récompensée à 5 francs.
Quant aux ouvrages comme ceux d'UB statuaire, qu'on ne peut pas mettre sous les yeux du globe par voie de presse ou gravure, il existera d'autres moyens de les faire participer à la récompense unitaire. J'indiquerai les méthodes au traité des Séries (suffrages compensés).
Objection, c Ce procédé rémunérateur ne sera-t-il pas un peu vexatoire pour certains auteurs, notamment pour ceux qui, ayant dédaigné les caprices do la mode et évité quelque travers du goût dominant, risqueront fort de n'avoir pas la majorité absolue, comme il arriva de Racine, qui eut de la peine à vaincre la coterie Sévigné, toute dévouée à Pradon? Le globe sociétaire n'aura-t-il pas aussi ses coteries, sectes, écoles et modes bizarres? Cette variété souvent vicieuse est un effet nécessaire de la 11®. passion, nommée Alternante ou PapUhnne, qui devra , comme toutes les autres, avoir son cours. Il en résultera donc souvent que l'auteur qui n'aura pas flatté les travers de la mode , sera frustré en faveur de quelque production monstrueuse.
1 A spéculer sur la loi de majorité absolue : si sur 600 mille Phalanges, Pradon, habile à flatter la mode et gagnée les coteries, obtient 300,001 suffrages, et Racine 299,999, on verra, par suite de cette misérable intrigue, Pradon couronné et Racine éliminé. »
Cette objection n'est pas applicable à Tordre sociétaire ;
3S6 PR^LftGOMÈlfES.
elle porte sor les chances de Civilisation , où le bon goût relégué chez quelques adeptes, ne s'étend jamais à la multitude. On verra, au traité de Tédocatioii des Séries, qu'elles ont la propriété de répandre le bon goût , même chez la ciasse populaire, et que les différences de genre dominant chez les bannoniens, ne donneront point accès au mauvais goût. La masse y sera élevée à apprécier plusieurs nuances de genre, comme classiques et romantiques, et de plus les nuances d'espèce. Elle optera pour en récomipenser plusieurs; ce qui sera facile, vu le peu de dépense. Les prix vraiment énormes pour les auteurs, ne seront qu'une bagatelle pour les Phalanges; car ils ne pourront jamais s'élever annueHement à mille irancs par canlon : or, qu'est-ce qu'une somme de mille francs, pour un canton dont le revenu s'élèvera à 5 millions , valeur réelle , el qui , pour le bien de ses habitudes et de ses besoins, se plaira à donner beaucoup de soins à l'eocou^ ragiement des sciences, lettres et arts, qui dans ce nouvel ordre concourent puissamment à accroître la richesse générale?
Ajoutons que les régies d*Iiaraionie accordant toujours le huitième de grâce ou d'exception , un ouvrage sera couronné à fa majorité moins un huitième; c'est-à-dire qu'au 6eu de 300,0(M suffrages, il hii suffirait de 9(fô,g01, pour obtenir le prix comme s'il avait la majorité absolue , qui dès-lors ne sera plus fixée à 1/2, mais à 7/I6'*-, l'exception comprise. On évitera par ce moyen toute lésion cabalistique, aucune intrigue ne pouvant parvenir à séduire 37,300 cantons en faveur d'un ouvrage de mauvais gott.
Admettons que l'auteur qui n'obtient que 6/l6**v 235 miHe, soit encore un^ttime de mérite; il n'est pa&
frastré de récompense pour avoir manqué la minorité; il est sedement frustré ^universalité de récompense. Les cantons qui lui donnent leur suffrage au nombre de 2S5 mille, paieront ce qu'ils auront voté. Si leur terme moyen est d'un franc, l'auteur recevra 265 mille francs, mais répartis seulement sur les votants, et non sur la masse du globe entier, qui est d'accord de coopérer en masse partout où il y a majorité absolue > moins le huitième d'exception.
Ces paiements particuliers n'ont pas lieu, si les votes de couronnement sont au-<lessous de i/8^., soit 37,500» nombre qui est le 8®. de la majorité absolue. Ainsi Tauleur qui n'obtient sur la masse du globe que 30 mille suffrages, est censé élinmié, et les 50 mille votans ne le portent pas dans leur budget de versement.
Il est évident que ce mode de récompense assure aux hommes à talent une immense et rapide fortune. Elle sera d'autant plus honorable, que le savant ou artiste n'aura besoin ni de protection, ni de sollicitation : loin de là; toute faveur ne servirait qu'à humilier les protecteurs et le protégé. Par exemple,
Je suppose que Pradon , à force d'intrigues, parvienne à intéresser pour sa Phèdre, une centaine de cantons voiràis, où il a des amis et où il a obtenu qu'on jouÀt la pièce ; je suppose que ces cantons aient la faiblesse de voter un prix à Pradon : que lui servira ce vote limité à 100 Phalanges, quand il loi en faudrait au moins 37,500 pour obtenir seulement le prix partiel? Analysons les ré-^ sultats de cette intrigue.
Lorsque le dépouillement des votes partiels sera îm^ primé dans chaque empire , on y verra qu'une Phèdre inconnue, composée par un sieur Pradon, a trouvé des
aoiatears dans une centaine de cantons de telle pro* yince, tous compères et voisins dadit Pradon. Une telle publication serait un affront pour les Phalanges qui Tauraient protégé. Les cent cantons ne voudront pas s'exposer à ce camouflet , ni attacher leur suffrage à une pièce si médiocre que, loin de pouvoir espérer la majorité 300,001, ni même le 16®. 37,500 exigé en récompense partielle, cette pièce n'est pas jnême admise à 30 lieues de là, dans les pays où Pradon n'a plus ni amis, ni coterie.
C'est ainsi que, dans l'ordre unitaire, toute faveur ne sert qu'à confondre un mauvais auteur, sans le servir; tandis que l'homme à talent s'élève subitement à l'immensité de fortune et de gloire , sans aucune intrigue ni protection. Il n'y a qu^un seul moyen de réussite; c'est de charmer la majorité, les 7/16"' du globe, où l'unité de langage et la généralité de bonne éducation assureront aux auteurs on nombre de juges trop immense pour qu'on puisse les capter autrement que par le mérite réel.
Les cas d'exception seront infiniment rares. Si quelque haut personnage, comme un Omniarque d'unité sphérique (Empereur du globe), s'avisait de faire une mauvaise comédie ou de mauvais vers (sottise très-possible), sa pièce , par importance de l'auteur, se répandrait, et il se pourrait que le globe eût l'indulgence de ie couronner & la majorité : mais les personnages dignes de partialité aux yeux de tout le globe, seront excessivement rares, et une légère faveur qu'ils pourront obtenir, ne mettra aucun obstacle au succès des vrais talents, qui aujourd'hui ont mille peines à percer, parce qu'ils n'ont ni les moyens de se former, ni des récompenses suffisantes , ni l'art des intrigues, sans lequel on ne parvient à rien en Civilisation.
Nota. (Il est entendu que le numéraire devant tripler
IMTEMliDE. SSd
de valear dans Tétat sociétaire, seloD la page 1, un auteur, pour Féquivalent de 600 mille fraucs valeur actuelle , ne devra recevoir que 200 mille francs. Si on lui donnait 600 mille francs, valeur de 1821, il recevrait en effectif 1,800 mille francs, valeur d'état sociétaire. (Voy. la page 1.)
Il est inutile de répéter que lesdites sommes s'élèveront au quadruple et au quintuple, à mesure que la population . s'approchera du grand complet de 5 milliards : mais les ] estimations que je viens de faire sur une population de 900 millions , doivent déjà sembler assez brillantes à ces savants et artistes si cbétivement récompensés, si frustrés en Civilisation.
Tels seront les avantages de cette unité qu'invoquent nos beaux esprits, et dont ils n'ont pas voulu chercher la théorie, quoiqu'ils l'aient rèvèé en gros et en détail; car on les a entendus souvent exprimer le vœu d'un langage universel, d'une mesure universelle, etc. etc., et de toutes les dispositions d'unité qui ne peuvent naître que de l'Association.
Les merveilles de l'unité , qui doivent sembler si colossales dans les récompenses que je viens de décrire , le sembleront bien davantage quand j'analyserai plus loin les économies unitaires appliquées au globe entier, et quand il faudra, même sur des babioles, comme des œufs, des allumettes, des épingles, s'habituer à compter les bénéfices par milliards.
Je viens d'exposer la magnificence des récompenses unitaires : chacun va se récrier sur cette profusion, et (es )rétendants mêmes diront que ce serait les combler le trop de richesses. Mais aujourd'hui ces auteurs ne trouvent pas que ce soit trop d'un gain de cinquante
millions pour un agioteur, un accapareur, un usurier : ils admirent les perfectibilités de cette Civilisation qui jette cinquante millions à la tête de gens malfaisants et quelquefois trës-dgnorës. Dissertons sur ce désordre.
Si Fétat sociétaire ou état d*Harmonie passionnelle a la propriété de récompenser par d'immenses trésors les fonctions nobles , celles des savants et artistes , il faut , par opposition, que Tétat civilisé, destiné à travestir et contressencier les passions, prodigue les trésors aux êtres les plus vils et les plus nuisibles; à ceux qui, au lieu de ti'availler, comme les savants et artistes, pour l'utilité et le charme du genre humain , ne travaillent qu'à affamer iine contrée et rançonner l'industrie productive, sous prétexte de faire circuler, \oilk les hommes dignes de la faveur publique, dans les sociétés civilisée et barbare, où les effets de passions sont l'opposé de ceux que produirait le code social divin , qui ne favorise que la vérité et la justice, que les choses et les idées nobles : aussi nos anges de ténèbres, nos sophistes, n'aboutissent-ils, avec leurs perfeciMlités, qu'à concentrer de plus en plus les fruits de l'industrie dans les mains des frelons mercantiles, qui déjà entrent en partage d'influence avec les gouvernements (207- 223), et font décliner rapidement l'ordre civilisé vers sa 4®. phase, vers la féodalité composée, ou partage entre les deux classes nobiliaire et mercantile 207-211-214.
Continuons sur les perspectives qui peuvent désabuser les savants et artistes de leur engouement pour la Civilisation, où ils sont la classe la plus victimée, surtout depuis qu'engagés dans l'esprit révolutionnaire, ils sont devenus suspects aux souverains , et que la politique est obligée de les tenir spéculativement dans un état de misère et d'abjection, en les leurrant de quelques fumées
de gloire, et transformant par les pritalions, leur vie en un long supplice.
Les savants de France devront peser, dans cette affaire, unei^hance d'intérêt particulier, celle du langage unitaire.
Quelle sera provisoirement la langue unitaire? Il y a de grandes probabilités pour Fadoplion de la langue fran- •çaise, qui pourra bien être admise provisoirement. Il faudra au moins deux cents ans avant de parvenir à composer le langage définitif et régulier : en attendant, le choix devra se fixer sur une langue riche en bons auteurs. La France, d'après la supériorité incontestable de sa littérature, pourrait, dans divers cas^ obtenir la préférence, qui serait une source de fortune subite, non-seuleoient pour les auteurs distingués , mais pour tous les menus écrivains et grammairiens capables de diriger un enseignement littéraire.
Spéculons sur cet aperçu. Toute région, à mesure qu'elle s'organisera , s'empressera d'attirer les hommes capables d'enseigner le langage unitaire, qui sera de nécessité urgente en relations sociales. Dés que le globe commencera sa métamorphose , dés que les nations civilisées , barbares et sauvages, fondues en ordre sociétaire, ne s'occuperont plus qu'à organiser les moyens d'enrichissement et d'unité , ce sera n'exister qu'à demi , que d'ignorer le langage de lien universel. Dés lors, tous les. menus auteurs, les régents et grammairiens, qui en France végètent si tristement , se verront tout à coup assaillis d'offres séduisantes par les pays non français, qui leur prodigueront les appâts de fortune; pour se procurer des instituteurs exercés , et capables de former en peu de temps un canton à la connaissance du langage adopté pour||dinité.
li 16
562 PROI.ÉGO]IÈlf£$.
Il régnera , au début de i'AssociatioD , une impatience extrême sur ce sujet, et Tune des mesures d'accélération auxquelles tout canton aura recours, sera de se procurer une famille tirée des pays où le langage français rémnt la pureté d'expression et la grâce de prononciation , comme Paris, Reims, Blois, Berlin. Ce sera une source de fortune subite pour les familles pauvres et de bon accent.
Si Ja langue française est adoptée, on sera -partout .empressé d'avoir une de ces familles, pour l'entremettre dans toutes les fonctions de la Phalange, et surtout parmi l'enfonce, à qui il •conviendra de faire entendre des natifs de Jrance , afin de la foi^mer de bonne heure à la pratique du langage unitaire.
Les termes vicieux de localité française, les parisismes,
tourangismes,.etc. , ne seront pas un obstacle, parce
qu'on en dressera un tableau pour les proscrire de commun
accord , et en corriger la famille mémeqoi sera introduite
, pour l'instruction pratique.
• Au résumé , ces chances de fortune subite sont si colos» sales pour les savants , les littérateurs, les artistes , et de plus pour les Français bien parlants , qu'on sera fondé à suspecter de malignité ou de démence tous ceux qui n'em^ brasseraient pas ardemment cette perspective.
Gloire et fortune, tel est le but commun des savants et artistes : on pourrait dire fortune et gloire y pour s'ex* primer plus exactement, pour classer au t^^. rang l'objet le plus désiré. Mais en Civilisation il n'est pas d'usage de parler comme on pense; de là vient que les auteurs civilisés feignent et doivent afiecter de préférer la gloire ; au moins avoueront-ils qu'il serait bon d'y joindre la fortune, car, selon certain adage, F argent ne gâte rien.
Quelle est donc la birarrerie de dos savants et artistes, quand ils vantent la Civilisation qui ne leur assure ni gloire ni fortune, et qui les raille hautement sur leur pauvreté-devenue proverbiale? Aussi dit*on : gueux comme un peintre, déguenillé comme un poète , crotté comme un mttitre de mathématiques, logé comme un savant, au grenier, tout près des astres I (50 fr. par mois et un grenier, voilà tout ce qu'il leur faut, dit Lebrun. )
On voit à peine quelques-uns d'entre eux , au plus un huitième, atteindre péniblement à une petite fortune. Cette exception confirme la règle de pauvreté générale; car, en théorie de mouvement social, les 7/8*^.' sont comptés pour le tout.
Ilo'est donc rien de plus molesté par ta Civilisation, point de classe phis maltraitée par elle, que ces savants qui la prônent et là décorent du nom de perfectibilité perfeetible. Depuis le prince des portes, Homère, qui mendiait son pain, jusqu'au prince des sophistes,' J. J. Rousseau copiant de la musique pour gagner sa subsistance , on a toujours vu le régime civilisé n'^assigner aux savants et artistes que Tindigence et presque le mépris. Quelle faiblesse à eux , j'oserai même dire quelle bassesse, de vanter une société qui donné des palais aux agioteurs, puis des haillons aux hommes qui honorent l'esprit humain !
Ils ne jugeront bien leur humiliante condition que lorsqu'ils connaîtront la théorie de cet état sociétaire qui va les élever subitement à l'immensité de- lustre et de richesse. Je viens de leur donner un tableau très-incomplet du sort qui les y attend : après en avoir lu ce peu de détails , ils ne s'étonneront plus si je les critique sur leur engouement pour là Civilisation qui les bafoue.
364 PROLÉGOMèNES.
CiTiENNE. — Que de biens inespérés , quel orage de richesse va fondre sur ces savants , lettré^ et artistes , aujourd'hui si disgraciés de la fortuQe! Mais ne serasse point une source de jalousie? Les autres classes , et prin^ eipalement celle des grands» verront-elles sans ombrage cet enrichissement gigantesque de trois corporations aujourd'hui si pauvres?
Je pourrais répondre que l'autorité ne s'ombrage pa^ de la fortune bien plus colossale des agioteurs , et bien moins méritée : mais admettons l'objection , et répliquons-y.
Ce serait à moi maladresse , que de présenter tant die chances d'enrichissement pour une classe des moins paissantes de la société, si je n'ouvrais une carrière équivalente et même supérieure à la caste des gouvernants. Je vais les informer de ce que l'Association peut faire pour ' eux dés son début : ce sera le sujet du â®. moyen (positif composé). Après l'avoir lu, les princes et les grands opineront, qu'en se passionnant pour la Civilisaiipn, ils tomberaient dans une duperie pire encore que celle des savants, lettrés et artistes, qui inclineraient à enprolongejr 4a durée.
Rallions la thèse à un principe déjà établi, celui de^ garanties composées.
On a vu, aux chapitres 40®. , H®. , 12«. , que Dieu observe scrupuleusement ce principe et s'étaie en tous sens de garanties <;omposées. Pourrait-il les négliger dan^ une affaire aus$i importante que la fondation de l'ordre sociétaire, événement le plus décisif qui puisse avoir lieu sur un globe, métamorphose qui doit faire succéder les lois de Dieu aux lois des hommes ?
Dieu n*a-t-il pas dû prévoir les obstacles que pourra
m¥BAMÊDË< 365
éprouver cette foodation, et aviser à les surmonter d'embiée? L'expérience d'une éternité passée, l'épreuve déjà faite sur des milliards de globes, lui ont assez fait apprécier l'intensité des obstacles que peuvent opposer les passions civilisées : s'ils sont grands, Dieu a dû se munir de puissantes ressources pour les vaincre. Enfin il a dû, selon la régie d'iMFRA-DESTiN 512, ménager un excédant de la somme d* appâts sur la somme de défiances. Or , l'appât -devant être composé en tous sens, applicable aux diverses clasrses et noir à une seule. Dieu a dû pourvoir à ce que la fondation de l'Harmonie pût tenter spécialement les grands, qui sont maîtres en Civilisation; leur préseiïter' une anoorce encore plus séduisante que celle de la fortune pécuniaire qu'il assure aux savants et artistes.
Bref , la f^erspecftive d'Association doit entraîner, non pas une classe influente , comme celle des savants, mais toutes les corporations puissantes, et notamment celle dès gouvernements. A défaut, l'appât ne serait que simple en sens* collectif, puisqu'il n'agirait puissamment que sur les corps savants, dont l'influence n'est point aussi grande que celle des princes et ministres. Il faut , pour amorce composée classique, étendre l'appât aux uns et aux autres , et même le rendre plus séduisant pour les chefs de l'autorité, puisque leur empressement à fonder l'Association , sera gage de prompte épreuve.
Une invention vraiment tutélâir« pour le genre humain doit remplh* les v<bux> de tous les rangs et de tous les ordres, femmes et enfants; servir à la fois la cour, les grands , le sacerdoce , l'administration , l'armée , le propriétaire, fe fermier , J'artisan et l'ouvrier. Dieu a dû se ménager les moyens d'emporter d'emblée tous ces suf-«