DU LIBRE ARBITRE. XXIX
travé par le fait ; car son intention n'est pas de terrifier Je Talet qu'il admet à jouer avec lui, mais de gagner une partie bien disputée, bien intriguée et où la victoire soit flatteuse pour son amour-propre. Le roi assurément sera très-mécontent lorsqu'il apprendra le secret de cette menée, et il pensera que gagner de la sorte, c'est ne plus gagner, ne plus jouer, et qu'en voulant lui donner tout l'avantage, on lui a réellement enlevé tout le charme de la lutte. Le valet, de son côté, aura de même perdu tout le plaisir du jeu par la persuasion qu'il faut céder au roi sur toutes les chances de gain; et voilà deux individus frustrés tous deux dès l'instant où l'un veut tout céder à l'autre et mettre le despotisme, l'exclusivité, à la place de la balance et de l'équilibre.
Il en est de même du Libre Arbitre. Si l'on ne donne pas moitié à Dieu et moitié à l'homme, sauf la tombée de mouvement qui doit être du côté de Dieu, il n'y a plus de liberté ni pour l'un ni pour l'autre, plus d'essor de l'attraction qui est le levier divin, plus d'exercice de levier humain qui est la raison convergente ou appliquée au raffinement passionnel.
De là on conçoit que pour traiter la question du Libre Arbitre il faut extirper deux préjugés , le philosophique selon lequel on veut tout donner à l'homme ou à la raison, et le théologique par lequel on feint de donner tout à Dieu pour lui ôter effectivement tout.
Rappelons-nous que le mouvement est pour Dieu une fonction intriguée, composée, où il a besoin de laisser des chances aux créatures harmoniques, telles que planètes et hommes. Il ne laisse point ces chances aux animaux qui sont créatures simples , bornées â l'impulsion divine ou jeu de l'attraction et de l'instinct, sans concours de la i. B