‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 119 sur 201 · DU LIBRE ARBITRE. XXXIX · texte numérisé non relu

DU LIBRE ARBITRE. XXXIX

On pourrait là-dessus inviter ces deux sciences à se concilier sur les définitions du bien et du mal. On leur observe que ce qui est bien dans un siècle ou dans un pays a été mal dans un autre siècle et dans un autre pays, en dépit des principes qu'on dit éternels. II est prouvé que l'anthropophagie, l'adultère, le suicide, l'inceste, ont été vertus €t le sont encore dans certains pays. 11 n'y a pas si longtemps que c'était une vertu en France de dénoncer son père et de l'envoyer à l'échafaud. Il faudrait donc, avant de raisonner sur le bien et sur le mal, que nos savants parvinssent à s'accorder en définitions. Us en sont plus loin que jamais. Un siècle qui se vante de chercher la venté et qui prône le commerce simple ou libre exercice du

miscrit , pour donner une idée du style abre'viatif , aussi serre' qu'original , dont Fourier fait souvent usage dans ses cahiers, Voici cette réflexion assez curieuse :

Créent une lib. nég. comp: va pour vieillard de goûts tranquil pr. savant insouciant non ego car voudrais voyager publier cartes ego aime sobriété par besoin fuis monde par mépris de sa fausseté.

L'emploi fréquent de mots accidentels, latins ou italiens, dans les manuscrits de Fourier, donne souvent 'a la phrase, comme dans celle occasion , une concision extraordinaire. Cette courte phrase, en effet, exprime les idées suivantes:

La Philosophie et la Théologie ne cherchent à créer qu'une liberté doublement négative ( négative composée ). Un vieillard glacé par luge, un savant insouciant, peuvent se résigner à ce genre de liberté, mais non l'homme en possession de la plénitude de ses forces «t de son activité. Quant à moi je suis violemment tourmenté par le goût des voyages et des travaux géographiques; mais la modicité de mes ressources ne m'a jamais permis de satisfaire ma passion dominante. J'aime la sobriété par besoin ; je préférerais un ordinaire convenable au maigre dîner de mon restaurant à 25 sous. Si je fuis le monde , cest que je préfère encore à la fausseté qui y règne et qui m'est odieuse , les privations de la solitude.

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