DU LIBRE ARBITRE. LIX
interviennent pour lui prouver : l'une , que ses privations sont le chemin du ciel; l'autre, qu'elles sont le bonheur du sage. Le peuple n'entend goutte à ce grimoire de subtilités, et s'écrie partout qu'il est bien malheureux, qu'il voudrait être riche pour se livrer aux plaisirs. La philosophie lui répond que l'or et l'argent sont de vils métaux; la théologie, qu'il n'a besoin que de la grâce et des indulgences. Il regimbe de plus belle contre ces doctes leçons, il persiste à désirer les richesses et à déplorer ses privations.
Ici les deux éléments reviennent à l'accord , mais en négatif. La Raison n'est plus contraire au vœu de l'Attraction comme dans la troisième liberté. L'Attraction n'est plus dénuée de Raison comme dans la deuxième liberté. Le peuple a vraiment la Raison positive tendant à raffiner les plaisirs , car il ne désire pas la fortune pour la dissiper, mais pour en jouir judicieusement comme le font les gens du peuple qui s'enrichissent. On n'en voit pas un sur cent qui consume en prodigalités ce qu'il a péniblement amassé. Le peuple a donc véritablement la Raison positive, ou amie des plaisirs réels sagement distribués, amie de l'Attraction positive ; mais cet accord des deux éléments n'a chez lui aucun aliment; il n'opère qu'en sens négatif, puisqu'au lieu de conduire aux jouissances , il aigrit le sentiment des privations.
Nous pouvons, dans les quatre exercices du Libre Arbitre, remarquer le contact des extrêmes; le peuple, par double engorgement de l'Attraction positive et de la Raison positive, se trouve de concert intentionnel avec le sybarite n°. 1 pour jouir de la liberté composée positive. Cet effet s'accorde avec le principe que deux négatives valent une affirmative, et que deux quantités négatives multipliées donnent le positif.