LX DU LIBRE ARBITRE
En comparant les quatre libertés, on voit qu'il n'y a de raisonnable que les deux composées : tant il est vrai que le simple n'a aucune convenance avec la nature de l'homme .
Yoici matière à une belle réplique des philosophes et des théologiens, qui vont soutenir la troisième liberté, la simple négative. Puisque l'immense majorité des humains est condamnée aux privations, ne vaut-il pas mieux, diront-ils, façonner le peuple à une souffrance nécessaire, et armer la Raison contre l'Attraction et l'aiguillon du plaisir, que d'encourager les misérables dans leurs jérémiades et leur vaine convoitise qui est pour eux un ver rongeur? N'est-il pas plus sage de les habituer à des privations inévitables?— Non certes • le parti serait fort sage s'il n'existait pas de remède à leurs misères, point d'issue de Civilisation; mais il en existe douze (II, 140), non compris l'issue privotale ou calcul de l'Attraction; et quand les deux sciences philosophie et théologie adoptent pour système de façonner le peuple au malheur, elles paralysent le génie chez la multitude et chez les savants mêmes; elles ferment toute voie à la recherche des douze issues dont il eût été facile de découvrir quelqu'une si l'on s'en fût occupé.
Ainsi tout ce qui nous paraît sagesse relativement à la Civilisation devient déraison quand on spécule sur la carrière extrograde , sur les sociétés qui restaient à découvrir.
Nous pouvons, à l'aidede ces quatre modes en exercice de la liberté, réduire à leur juste valeur les sornettes que nous content nos sectes savantes sur les libertés diverses, droits politiques, Libre Arbitre, etc. Nous allons en faire trois applications : une de la compétence des théologiens, l'autre de celle des philosophes , une en commun aux deux
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classes. Ce sont de petits exemples pour exercer les élèves , comme ces analyses raisonnées qu'on donne pour tâche aux écoliers des basses classes.
Compétence théologique.
Un homme et une jeune fille désirent se livrer au péché de fornication. Tous deux vont consulter un confesseur qui leur interdit sévèrement cette accointance, et les me^ nacede brûler éternellement s'ils cèdent à l'Attraction ou seulement au désir de commettre le péché.
D'autre part, la Raison positive (raison qui coopère efficacement au plaisir) leurdit qu'en se livrant secrètement à la fornication ils ne feront de tort à personne, puisqu'aucun d'eux n'est engagé par un serment ou contrat envers qui que ce soit.
Ces deux êtres jouissent-ils de la liberté et du Libre Arbitre? A quel degré en sont-ils pourvus ou privés? S'ils suivent les avis du casuiste, ils ne jouissent que du 3e. degré, liberté simple négative, bornée au seul exercice de la Raison ou sagesse en conflit avec l'Attraction. Ils sont obligés, selon la Raison, de se persuader qu'il est doux de renoncer à une fornication désirée, dont personne ne souffrirait aucun dommage. L'Attraction leurdit, au contraire , qu'il serait plus doux de forniquer en secret , et que dans ce cas il y aurait exercice de liberté composée positive, ou de Raison convergente avec i'Attraction et intelligente à servir activement le plaisir. Jusqu'à leur décision , il y a lutte bien établie entre l'Attraction et la Raison; et si l'on exige le règne de la dernière, la résistance au désir de forniquer, c'est réduire les deux individus à l'exercice de la troisième liberté , au simple négatif, qui est un état très-malheureux ainsi que je l'ai démontré.