‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 142 sur 201 · LX1V DU LIBRE ARBITRÉ · texte numérisé non relu

LX1V DU LIBRE ARBITRÉ

Le premier, le 1812, rencontre en chemin un philosophe qui lui dit : « Tu es bien heureux, tu vas mourir pour la personne sacrée de Bonaparte : c'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie. » A quoi le captif répond : « J'aimerais bien mieux rester libre. — Eh! lui dit le philosophe, tu jouis de la vraie liberté suivant les droits de l'homme et la constitution sanctionnée par le sénat conservateur. — Mais, si je suis libre, qu'on m'oie ma chaîne et qu'on me laisse partir. — Non pas, dit le philosophe, il faut, pour la liberté, que tu ailles, bon gré, mal gré, moissonner des lauriers et te faire casser les bras. — Je ne comprends rien à cette liberté. — Cela est bien aisé à comprendre; il suffit de savoir que nos sensations naissent de nos perceptions par la cognition de la volition des droits de l'homme, qui font que le vrai républicain doit verser son sang pour le bien du commerce, et se doit à sa pairie. — Eh bien! je ne suis pas républicain, je demande qu'on me relâche. — Comment, malheureux! tu ne veux pas être républicain, tu ne sens pas ta dignité d'homme libre. — Je sens que je ne suis pas du tout libre avec mes chaînes. — Mais les chaînes sont douces quand on les porte pour la patrie, pour la personne sacrée de Bonaparte à qui nous devons tout notre amour. Demande plutôt au sénat conservateur. — Bah! le sénat vit au large : c'est une troupe de sangsues qui nous grugent; ils raisonnent à leur aise de la liberté. — Tu parles en rebelle-, si tu ne changes pas de ton, tu seras enfermé dans une forteresse et au besoin envoyé à la guillotine. Gendarmes, surveillez ce coquin-là. On te morigénera, drôle que lu es : on t'apprendra à respecter la liberté et la philosophie. — Cela suffit, M. le philosophe, je connais maintenant voire doctrine et je crois aux perceptions de

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sensation et à la cognition de volition des droits de l'homme. >

Le conscrit de 1818, frère du premier et conduit enchaîné par un sbire à cheval, est accosté en chemin par un théologien qui lui dit: « Mon pauvre garçon, le voilà bien dans l'embarras , mais tu as un bon parti à prendre. » Le conscrit (à voix basse): « Qu'est-ce? as-tu quelque moyen de me faire échapper au gendarme? — -Non vraiment, à Dieu ne plaise! je veux dire que tu peux tirer parti de la circonstance et jouir de la liberté de l'âme à défaut de celle du corps. — Voyons si cela pourra me servir, dismoi ton secret. — Le voici : lu as le Libre Arbitre d'opter pour le bien ou pour le mal. — Eh bien! j'opte pour m'en aller, fais-moi ôter ma chaîne. — Pas de ça , tu opterais pour le mal en désobéissant aux lois. — Bah! je veux opter pour le mal et m'en aller. — Comment, infâme! tu oses préférer le mal au bien! — Eh! tu me dis que je suis libre de choisir. — Oui, mais si lu choisis le mal, tu mérites punition. — A quoi sert donc ta recette, s'il faut que j'opte pour rester enchaîné; autant vaut n'avoir pas le choix. — Tu es dans l'erreur : ce choix t'est très-utile, car si tu te résignes â la volonté de Dieu et à l'obéissance aux lois, tu acquiers des mérites auprès de Dieu : lu entres dans la voie du salut et du bonheur éternel; tu sauves Ion âme, qu'imporle le corps? — Eh bien! si le corps n'est rien, mets le tien à ma place, tu auras tout le profit, une belle occasion de sauver ton âme. — • Non, j'ai d'autres fonctions à remplir, et il faut que je veille au salut de mes ouailles. — - Et tu ne sais pas d'autre voie de salut pour moi? quelque moyen d'être libre? — Je te mets au chemin de la vraie liberté , qui esl celle de l'âme. Fais un saint usage de Ion Libre Arbitre et résigne-toi à

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