VOIES DE MÉTHODE. VOIES D'ARBITRAIRE
Envisager le fond de la théorie au lieu de s'arrêter aux formes. Peser les indices au lieu de semer les défiances.
Vérifier les preuves au lieu de railler sur les apparences.
Tous les critiques seraient entraînés aux voies de méthode, s'il existait un tribunal de garantie. Je leur ai ré-
pliqué sur la théorie directe qu'ils condamnent avant de Favoir lue; passons à l'indirecte, objet de leur courroux, selon l'adage qui dit que la vérité offense.
NOTE 4. Intérêts spéciaux des académies de Paris.
1. La Société d' Agriculture , sous le rapport des grands travaux matériels , irrigation , reboisement, salubrité, etc. , du bon ordre politique, de la garantie de capitaux au cultivateur, du minimum proportionnel , etc.
2. La Société d'iNDUSTRiE nationale , pour assurer les progrès de la mécanique dont l'Association est la seule voie, et pour prévenir l'indigence qui , dans l'état actuel , ridiculise tous les trophées de l'industrie.
5. L'Institut , pour le soutien de ses travaux contrecarrés par la civilisation , et surtout des unités métrique et monétaire , dont l'entreprise, après 50 ans d'efforts, ayant misérablement avorté, obtiendrait un triomphe subit, non pas en France, mais par tout le globe ; et pour le soutien des instituteurs , classe la plus disgraciée en civilisation , et qui serait la plus favorisée dans l'état sociétaire (IV, 277).
4. L'Académie française , sous le rapport d'universalité de la langue française , qui a la chance d'être choisie pour langage provisoire d'unité; ce choix serait une voie de fortune immense pour ses littérateurs et instituteurs, et de fortune considérable pour 500,000 familles de bon langage, a disséminer, une par canton étranger, pour l'étude pratique de la langue.
5. La Société de Morale chrétienne, tendant a abolir la traite et l'esclavage , a prévenir les jeux de loterie, et à obtenir d'autres effets de moralité qui , réservés exclusivement à l'état sociétaire, deviennent en civilisation des rêveries impraticables, ridiculisées par l'accroissement des fléaux qu'on essaie de conjurer.
6. La Société de Géographie. Ses vues sont d'explorer le globe entier, assurer la libre circulation de ses voyageurs , obtenir les deux passes nord par restauration composée des climalures
(Introd., 84) ; effectuer le cadastre universel des terres , côtes et bas-fonds ( II , 149 ) : comment atteindre à aucun de ces divers buts, tant que durerait l'état civilise', barbare et sauvage?
7. Les Sociétés des Beaux Arts , pour le lustre du talent et la garantie de fortune rapide aux artistes (voyez Intermède (II, 548 ) , les récompenses futures des artistes , et le parallèle de leur avilissement actuel).
. . . L'Académie des Inscriptions , intéressée à débrouiller le plus embarrassant des documents historiques, la tradition universelle d'un bonheur passé et antérieur au déluge , d'un état social (Eden ) organisé différemment des nôtres , et dont il importerait de retrouver le mécanisme.
Nota. Cette Académie a été mal inspirée dans sa dernière séance ; elle a supprimé le concours et changé l'emploi du prix établi par feu Volney, pour la détermination d'un alphabet universel. C'est échouer au port, abandonner le problème a l'instant où parait la découverte qui en donnera la solution ( note 6).
— L'Académie des Sciences, intéressée, en vues spéciales, à l'achèvement du calcul de l'Attraction fait à demi par les newtoniens , puis au calcul des CAUSES en mouvement , oïi elle ne sait expliquer que les EFFETS (Av.-Pr., 32); intéressée, en vues générales, à bannir des études le vague ou sophisme, et rallier les connaissances à l'unité de base , aux sciences exactes auxquelles se rattache en tout point !a théorie de l'Attraction passionnée et de l'Association agricole.
Toutes, enfin, sous le rapport des vues philantropiques dont l'exécution est entravée de toutes parts , dans l'état actuel d'enfance du monde social.
NOTE 5. Fondions du tribunal de contre-poids et garantie.
Ce tribunal, qui serait plus européen que français, deviendrait dans Paris l'aréopage du monde savant : il distinguerait ses séances et débats en trois genres, de fond , de forme et d'ambigu.
J'estime qu'il lui suffirait d'une trentaine de fonctionnaires de
divers degrés, non compris le jury qu'on pourrait varier par quinzaine , vu le grand nombre de littérateurs savants et artistes que renferme Paris.
Un règlement fixerait les cas oîi le tribunal doit juger le fond avant la forme , ou la forme avant le fond , ou tous deux concurremment. Selon l'exigence, il opérerait par grands ou petits jurys.
Il tiendrait des séances de lre. instance , tant pour enquêtes que pour justice de paix, notamment sur la détraction outrée. Ses juges divers, mage scientifique, mage littéraire , mage artiste , avec assesseurs, y connaîtraient des menus débats , sans faculté d'infliger aucune peine , et sans empiéter sur les fonctions des tribunaux ordinaires ; celui-ci n'étant qu'agence de contre- poids et d'initiative régulière en opinion , corps d'opposition a l'arbitraire , au vague des critiques , a l'influence de la détraction , de l'erreur , de la frivolité.
Tant que l'auteur ou inventeur n'est pas entendu concurremment avec ses antagonistes , il y a oppression ; et tel est l'effet du mode actuel des jugements par voie de journaux; ils émettent une opinion , publient une lettre , sans tenir compte des moyens justificatifs de l'auteur, moyens que le tribunal de garantie mentionnerait dans le journal de ses audiences. Dès lors tout zoïle serait bien sobre de diffamations , tout bel esprit bien circonspect en railleries , quand il saurait que la réplique de l'auteur sera insérée en regard de l'imputation , et qu'on y ajoutera le prononcé du tribunal en haute ou basse instance.
On établirait sur cette intervention des droits ou èpices gradués selon les degrés du travail judiciaire, soit de 5 a 500 francs. L'auteur qui paierait 500 fr. y trouverait encore d'énormes avantages sous les rapports d'économie et de justice. En effet , s'il faut hasarder de passer un an dans Paris pour y attendre une annonce, la dépense, au lieu de 500 fr., s'élèvera bien vite au triple ; puis, au bout de l'année , on n'obtiendra , faute de protections , qu'une annonce insignifiante , superficielle , erronée ; tandis que par entremise du tribunal, l'auteur ne séjournerait que trois mois ; il arriverait deux mois avant l'appel de la cause , pour donner les éclaircissements aux jurés.
A l'appui d'un tel aréopage, un inventeur obtiendra justice a la face de l'Europe ; son invention sera annoncée pour ce qu'elle est. L'Europe , sur ce qui touche au fond , ne voudra s'en fier qu'au journal du tribunal de garantie, et même sur certains débats de forme en affaires littéraires.
Lorsqu'il aura été constaté par jury qu'une découverte est revêtue de toutes les preuves exigibles , personne n'osera la ravaler sans démonstration. La finiraient le zoïlisme et ses abus. Je reviendrai sur ce sujet après l'examen des critiques recueillies sur mon traité.
Si , d'après celte lacune d'un tribunal de garantie , la plus sage critique dégénère en arbitraire, que sera-ce des critiques moins sages qui , dans l'apologie , sont tout a l'intérêt , a la faveur, à l'esprit de parti , et qui, dans le blâme, ne sont bien souvent que jugement superficiel, prévention , erreur, détraction ?
Que de lenteur chez notre siècle à inventer les garanties dont il rabâche sans cesse , et dont il ne sait découvrir aucune voie ! Et c'est le monde savant, ce sont les publicistes, les oracles de liberté pondérée, qui consacrent cette anarchie de la critique, sans frein, sans lois modératrices! Ignorent-ils donc l'axiome, errare humanum est 9 Ignorent-ils qu'avec le tribunal le plus sage, et bien plus avec l'individu , il faut des garanties contre l'erreur ou îa faiblesse humaine ?
En quel pays ce contre-poids est-il plus nécessaire qu'en France, ou tout personnage marquant peut décréditer une découverte par un jeu de mots ? M,ne. de Sévigné disait : on se lassera du café comme des tragédies de Racine. Si l'on n'eût connu en France ni le café, ni les ouvrages de Racine , personne n'en aurait voulu, par crédulité pour le bel esprit de Sévigné. Heureusement que les sens et lame purent en juger par expérience, conserver le café et Racine , en dépit d'un jeu de mots. Qu'on me donne pareille chance ; qu'on éprouve deux mois l'Association sur un hameau , l'on verra les sens et l'âme faire justice du bel esprit , et placer mes détracteurs au même rang que les verbiages de Sévigné contre le café et les beaux vers.