ARTICLE SIXIÈME
Examen de la critique décente, n°. i.
L'examen spécial des critiques parvenues sur le trailè Je l'Association , va nous fournir trois genres contrastés : critique décente, critique mixte, critique méchante ; — puis la critique entraînée, résultat des trois autres.
S'il est prouvé que la meilleure des quatre, la décente, est arbitraire en tout sens, que sera-ce des trois sortes inférieures!
Il y a plus : on va se convaincre que, dans la meilleure, chaque ligne est une cacographie sociale, un assemblage de fautes qui semblent faites à plaisir pour servir d'instruction à l'étudiant. On remarquera cette bizarrerie dans la critique suivante, la seule estimable entre celles que je vais citer, et qui, toutes quatre, ne font aucune mention du fond, ne i attachent qu'à la forme, suivant l'usage français. Distinguons d'abord celle qui a le mérite de l'impartialité et de l'urbanité; elle est d'un Parisien , homme de lettres distingué (i) : voici son opinion.
11 reconnaît d'abord que f ai bien raison de me plaindre de notre civilisation imparfaite. IMPARFAITE!!! J'ai prouvé, aucontraire, qu'elle est très-parfaite, en ce qu'elle pousse la perfidie, la rapine, l'égoïsme et tous les vices au suprême degré. La vertu est faite pour les quatre périodes sociétaires i, 6, 7, 8 (voyez 15). Le vice est attribut essentiel des quatre périodes subversives 2, 5, 4, 5, véritables lymbes sociales, où l'essor des passions, dirigé à contre-sens, doit engendrer la perversité sociale en divers échelons :
(i) M. de Jouy. {Note des éditeurs.)
Excès de brutalité simple dans l'état sauvage;
Excès de perfidie simple dans l'état patriarcal;
Excès de brutalité composée dans l'état barbare;
Excès de perfidie composée dans l'état civilisé. Ces quatre sociétés étant un mouvement subversif, contradictoire avec les vues de Dieu, avec l'essor combiné de l'attraction, il faut qu'elles présentent l'homme social sous quatre faces odieuses, afin d'exciter en lui la honte de lui-même et l'idée de s'élever â d'autres échelons sociaux.
Suumcuique: le tigre et le serpent-sonnette ne doivent pas avoir la douceur de l'agneau, la franchise du chien. Tous deux seraient faussés en caractère : ils sont d'autant plus parfaits dans l'espèce, qu'ils sont l'un plus atroce, l'autre plus venimeux.
Ainsi la société barbare est très-parfaite chez ces Ottomans crucifiant les prélats chrétiens, faisant rôtir à leurs pieds leurs femmes et leurs enfants, et fumant la pipe en face des suppliciés. Ainsi la civilisation, se liguant avec les barbares pour aider au massacre des chrétiens, et redoublant de bassesse devant eux à mesure qu'ils redoublent d'impudence et d'atrocité; la civilisation, dis-je, plus habile que jamais à masquer de formes insidieuses tant d'iniquités, est très-parfaite dans son caractère général qui est la perfidie, et le critique s'abuse étrangement en supposant que je la trouve imparfaite.
Autre erreur qu'il me prête : dans ces pages, dit-ii, où j'accuse nos vices, je m'élève jusqu'à une sorte de philosophie satirique très-digne de remarque. C'est trop d'honneur : je ne prétends pas m'élever à la hauteur des philosophes en philippiques inutiles; mais je ne veux pas me rabaisser à leur niveau en inconséquences, en théories
qui ne servent qu'à empirer le mal et enraciner les antiques fléaux. Si la philosophie opine à rester dans ce bourbier social qu'on nomme civilisation , je l'y laisse avec son vol sublime, et je me borne à un vol très-modeste, à la proposition de sortir delà fange, et s'élever plus haut que les misères et les perfidies de la civilisation.
C'est ainsi que ceux qui exercent à mon égard la critique décente et bienveillante me travestissent , par insigne faveur, en philosophe, et me prêtent des opinions compatibles avec la civilisation. Ils ne peuvent pas se façonner à reconnaître que tout le monde est écolier sur cette matière, et que le plus érudit en politique civilisée, doit être, selon CondiIlac(IÏ, 124) le plus novice en politique sociétaire. En voici une preuve frappante dans les opinions du critique n°. 1 :
Mais à côté de ces morceaux où la vérité et l'imagina-
tion se montrent, qui ne s'étonnerait de trouver sur
les melons jamais trompeurs, (III, 47),
le triomphe des volailles coriaces, (III, 155),
la dette de l'Angleterre payée en œufs de poule (III, 206),
des chapitres qui, au lieu de justifier le système , le
présentent ou comme le rêve d'un homme d'esprit, ou
comme le jeu ironique de son imagination livrée à tout
son caprice !
Que d'hérésies accumulées dans cette phrase! Cent pages ne suffiraient pas à en relever les erreurs. Le critique, ne voyant rien au delà du système civilisé, veut juger les théories et coutumes de l'Association par comparaison aux nôtres. C'est opiner comme un enfant de huit ans qui se moque des jeunes gens de seize ans, parce qu'ils aiment à se parer, fréquenter les dames et les bals : il prétend que ce sont des sots ; que le vrai plaisir est de
jouer aux globules. Mais à quinze ans, une femme s'emparera de lui, et lui apprendra qu'il est des passe-temps préférables au jeu des globules : alors il sourira de pitié à l'aspect des amusettes d'enfance.
Tel sera le désappointement de nos beaux esprits, lorsqu'ils seront initiés à la théorie sociétaire , dont ils raillent les détails avant de vouloir la comprendre. Us veulent me remontrer sur le choix des sujets, prétendre que le melon n'est pas une charmante énigme des harmonies sociétaires de la nature; que l'œuf de poule n'est pas un brillant sujet de thèse sur le contact de l' infiniment petit uvec V infiniment grand : ils jugent cela trivial , comme s'il s'agissait ici de faire un ouvrage académique, et ils veulent m'enseigner leur science, la rhétorique, au lieu d'étudier la mienne, le mouvement sociétaire et ses énormes bénéfices , dans les minuties d'épingles et d'allumettes (III, 208) , comme dans les grandes choses.
Je m'arrête à une seule de ces objections , le choix des sujets ignobles et dédaignés pour thèse de transition harmonique. C'est un point de doctrine de la plus haute importance 5 je le discute en note 8, page 87. Dans tout le système du mouvement, l'ambigu ou transition est le lien général} qu'il soit trivial ou non, peu importe; il n'est pas moins la cheville ouvrière, et doit être l'objet de nos plus sévères calculs. Yoilà ce que comprendront mes critiques, lorsqu'ils consentiront à entrer dans la question, étudier ma science au lieu de m'enseigner la leur ; concevoir qu'en théorie de mouvement, il faut toujours , ainsi que je l'ai établi à la note 8 , aborder une série d'effets par les extrêmes, par V infiniment petit et l 'infiniment grand (deux antipathies de l'esprit français), pour les rallier au terme moyen. Or, celte règle d'étudier les
points extrêmes conduit toujours à étudier les transitions ou ambigus, aujourd'hui si méprisés : bientôt ils auront le sort d'un fameux ambigu végétal , du café , qui, dédaigné 4,000 ans dans les champs de Moka, est passé tout à coup de l'abjection au rang suprême : tel sera le rôle des transitions; elles n'auraient rien de trivial aux yeux d'un siècle qui aurait la moindre connaissance des lois GÉNÉRALES du mouvement.
Notre siècle, au lieu de les étudier, veut ployer le mouvement aux préjugés de la civilisation. Nos sophistes, je l'ai dit en note , veulent créer une noblesse et une roture en mouvement ; négliger comme roture l'infiniment petit qui est lié à l'infiniment grand , selon la loi du contact des extrêmes-, proscrire comme trivialités les études les plus importantes, les transitions. Faut-il s'étonner qu'avec cette manie de régenter la nature, lui dicter les lois versatiles de la philosophie , ils n'aient jamais pu s'élever à la connaissance du système de l'univers , et n'aient pas même su tracer (I, 26) le cadre d'étude intégrale de la nature !
Concluons avec les critiques bienveillants tels que le n°. 1. Ils sont tout à fait en fausse direction, tombant dans quatre erreurs capitales :
1°. Ils jugent des moyens de l'ordre sociétaire, du cours qu'il pourra donner aux passions, d'après les effets qu'elles produisent dans l'ordre civilisé qui est une contre-marche des passions, un essor subversif comme celui de la chenille comparativement au papillon.
Que penseraient-ils d'un homme qui , voyant une hideuse chenille, soutiendrait que jamais cette rampante créature ne pourra produire un charmant insecte ailé? Yoilà tout à point l'intelligence de mes juges bénévoles,
« qui ne voyant pas plus loin que leur nez » (dit La Fontaine) , et jugeant des effets de mouvement sociétaire par les effets de mouvement civilisé , me condamnent sans malignité; prétendent que je fais abus d'imagination; que les passions ne pourront jamais produire que le vice : ils nient qu'elles soient sujettes à la dualité d'essor (13), sujettes à la métamorphose de chenille en papillon , de comète en planète, de mouvement subversif en mouvement harmonique.
2°. Ils suspectent ma théorie parce que les méthodes en sont contraires aux leurs • c'est ce qui promet d'heureux fruits de la nouvelle science -, de même qu'une région découverte nous devient d'autant plus utile qu'elle contient des animaux et végétaux différents des nôtres. L'Amérique , en nous donnant le kina , le vigogne , le platine, le cacao , etc., n'a-t-elle pas été plus profitable que si on n'y eût trouvé que nos productions de l'ancien monde ? Ainsi, plus la science nouvelle s'écarte des méthodes civilisées, plus on doit en augurer les biens que ne donne point la civilisation.
3°. Ils ne peuvent se consoler de voir !a philosophie détrônée. C'est n'envisager le mouvement qu'en arrière , selon l'usage civilisé. C'est imiter le fou qui se désolerait à l'idée de quitter une place de mille écus de rente, pour en prendre une de dix mille écus, et dix fois moins pénible.
Je les invite à lire attentivement l'Intermède (II , 548), sur la fortune prochaine et colossale des écrivains dans l'ordre sociétaire. Ils jugeront, eux qui tous cherchent un brillant sujet à traiter, quelle mine féconde va leur procurer l'analogie universelle, immense théorie annoncée trop brièvement (III, 212); j'y reviendrai dans
le cours du 3e. chapitre. Ils en concluront que, s'attacher aux aridités philosophiques plutôt qu'à cette voie de fortune et de gloire , c'est préférer les sables du désert à la terre promise.
4°. Choqués de la forme, ils se préviennent contre le fond ; ils y supposent des difficultés; ils oublient que ce sujet étant un monde nouveau , chacun y est novice au premier abord , comme il l'est en arrivant dans une ville qu'il ne connaît pas : mais avec un peu d'attention, il saura le lendemain s'y orienter et indiquer lui-même la direction aux nouveaux venus.
— Enfin, ils sont anarchistes en critique, puisqu'ils ne veulent pas opiner sur le fond, sur le procédé sociétaire. C'est, malgré l'intention bienveillante, suivre la route des malins, dont la tactique est d'ergoter sur la forme pour esquiver le fond, et tourner autour de la question sans vouloir y entrer jamais.
En les supposant donc animés de vues équitables , pourront-ils se pardonner à eux-mêmes des torts si graves dans une affaire où il s'agit du salut du genre humain , clans l'examen de la découverte pressentie parles Socrate, les Voltaire , les Montesquieu, les Rousseau , qui ont si franchement dénoncé l'insuffisance des sciences politiques, et invoqué des lumières moins trompeuses.
*¥¥ Au résumé, si la philosophie veut se concilier avec ses intérêts et ses opinions mêmes, pourra-t-elle repousser la théorie sociétaire, qui présente deux chances dont la moindre est encore magnifique?
Dans le cas d'insuffisance du levier d'attraction, dans le cas où les séries contrastées n'atteindraient pas à un
plein accord, il resterait la chance d'emploi des leviers ordinaires, tels que statuts obligatoires et engagements souscrits : d'où il suit que si le produit doit être TRIPLE par voie d attraction , il sera encore DOUBLE par voie de sujétion, et que, dans ce 2e. cas, le nouvel ordre conserverait la majeure partie des propriétés attribuées au régime d'attraction , entre autres celles de prévenir l'indigence et la fourberie-, abolir la traite des nègres et l'esclavage , par intérêt des maîtres ; assurer la restauration des forêts et climalures, les unités et quarantaines générales , etc.
** Tel serait, pour pis-aller, le résultat de l'Association par séries contrastées, dans le cas où les leviers d'attraction se trouvant défectueux , l'on serait forcé d'allier ce nouveau mode industriel avec les méthodes civilisées. Que de motifs aux philosophes d'en provoquer l'essai! Si ma théorie est juste , ils atteignent tous rapidement au faîte de la fortune (II, 352); si elle est fausse, comme ils FEIGNENT de le croire , ils pourront de plein droit m'évincer, s'emparer de l'opération, rectifier mon plan sociétaire, en élaguer les illusions d'attraction, le greffer sur la politique civilisée (0, former leur patrimoine de cette découverte, s'en attribuer le principal honneur. C'est affaire à eux pour savoir tout prendre, quand ils peuvent jeter le grappin sur quelque point faible.
(i) J'aurais décrit toutes ces dispositions bâtardes, ces greffes sur civilisation et sur 6e. période, si j'avais eu assez d'espace pour traiter ce sujet indiqué a répi-seclion, en note ( IV, 600 ) ; traiter des sociétés sous-hongrées qu'on peut réduire jusqu'à 200 personnes , soit 40 familles ( table , III, 457 ).
Mais j'ai considéré que l'épreuve, ainsi limitée à 200 personnes,
** Forts de cette alternative qui leur garantit opulence et illustration dans l'un ou l'autre cas, ne sont-ils pas fous d'hésiter sur l'accueil et la prompte épreuve du régime sociétaire? Folie d'autant plus grande, qu'ils ont un moyen d'exécution assurée. 11 leur est facile d'en parler au Roi , et de l'intéresser à cette affaire en lui présentant la brillante alternative du triple ou double produit et du prompt acquittement des dettes révolutionnaires. Le Roi, qu'on a vu employer de fortes sommes à l'encouragement des sciences et des arts, comme dans l'affaire du zodiaque de Denderah, qu'il a payé de ses deniers 1 50,000 fr., hésiterait-il à consacrer la dîme de cette somme, quinze mille francs, à l'épreuve de l'Association ?
** Si le Roi souscrit pour 15,000 fr. à titre de premier actionnaire , on placera a l'instant , dans Paris, 300 actions de 15,000 francs; total, 4,500,000 francs. Entreprise d'autant plus séduisante, qu'abstraction faite de toute idée philantropique, elle présente, en matériel ou exploitation, un bénéfice déjà colossal; et de plus, en accessoire, un bénéfice de TROIS CENTS POUR CENT sur le seul tribut des curieux. (Voyez III , 470). Or, le Roi inclinera d'autant mieux à encourager l'essai, qu'il aura, selon la table (17), une répétition de 500 millions à exercer dans l'un ou l'autre cas , ou de plein succès à triple produit, ou de pis-aller, demi -succès par
devenant plus pénible à diriger, en ce qu'elle ne comporte pas rassortiment intégral des séries, et devant donner aux actionnaires un bénéfice bien moindre, il sera plus aisé de former la compagnie de souscripteurs pour une fondation régulière portée a une centaine de familles, et permettant l'emploi de séries intégrales bien équilibrées en passionnel.
voie de sujétion, qui assurerait encore double produit , moyennant l'amalgame du mécanisme des séries avec les méthodes coërcitives de civilisation.
** Toutefois , si quelqu'un des critiques, soit prévention ou éblouissement, soit vice réel dans la distribution de l'ouvrage , n'a pas d'emblée compris la théorie d'Association, il va la trouver bien intelligible dans les trois leçons du 5e. chapitre, ou études en modes superficiel, grave et mixte, adaptées aux divers genres d'esprit des lecteurs***.
NOTE S. Sur l'ambigu et V infinitésimal.
Les transitions ou ambigus se composent de produits et ressorts ignobles , en majorité des 7/S. La chauve-souris est un vilain ambigu ; l'albinos, une vilaine race d'ambigu : c'est bien pis en passion , ou les goûts et caractères ambigus sont généralement ridiculisés.
Il est pourtant quelques bonnes espèces en ambigu : le coing et le brugnon sont des fruits précieux; mais la question est de prouver que l'état sociétaire sait tirer parti de la masse des ambigus, qui sont en rapport de sept mauvais pour un bon. Il a donc fallu faire choix d'un goût et d'un objet d'ambigu ridicule , comme le goût des volailles coriaces, et prouver que cnt ambigu dédaigné devient dans l'ordre sociétaire une source de hautes harmonies. Si j'avais fait choix d'un ambigu gracieux (il s'en trouve) , j'aurais été en plein contre-sens.
La thèse est très- régulièrement traitée au petit intermède (III, 135 ) : on peut la recommander aux gastronomes : ils y découvriront les hautes destinées de leur science; et aux dames âgées , elles goûteront l'augure qui termine ce morceau. Si j'avais mis en scène des volailles fines, qui sont du goût de tout le monde, j'aurais été hors de la question, le problème étant de faire naître un quadruple accord de ces goûts ambigus qui, en civilisation, deviennent source de quadruple discorde ( voyez à ce su-
jet le parallèle, III, 15S) , justifiant très-bien le système, quoi qu'on en dise.
Je viens de définir le vice commun des critiques français : ils ne sont jamais à la question. S'agit-il d'ambigu ou transition , ils exigeront qu'on disserte sur àes sujets nobles , comme seraient en matériel les diamants , et en passionnel le caractère d'Henri IV. Mais le diamant et le caractère d'Henri IV sont ce qu'il y a de plus franc et de plus éloigne de l'ambigu. Eh bien, disent-ils , puisque ce genre ambigu ne met en scène que des trivialités, supprimez-le de vos théories ; le livre sera plus gracieux , plus marchand! Oui-dà , retrancher l'ambigu d'une théorie du mouvement! c'est comme si l'on disait à un cultivateur : « Vous avez là » d'immenses fumiers, cela est trivial ; faites disparaître tout cela. » Le métayer répondrait : nous ne travaillons pas ici pour l'académie, et ce fumier que vous méprisez est la source de mes bénéfices.
Les transitions en général, c'est-à-dire les 7/8, sont ridicules, vicieuses et même odieuses; témoin la mort. C'est une transition qui ne plaît à personne. Faut-il pour cela l'exclure de la théorie du mouvement qui doit tout embrasser? Si l'on n'a pas une connaissance exacte du rang que tient la mort dans le mouvement , on ne peut pas acquérir de notions certaines sur l'autre vie dont elle est l'avant- coureur. L'on doit donc étudier les transitions en système général.
Il faut que Dieu les ait jugées bien nécessaires, puisqu'il en a créé de si détestables , comme Y orang-outang , transition de l'animal à l'espèce humaine , dont il viole le sexe féminin : Dieu pourtant a voulu celte monstruosité; il faut que les bizarreries dites transitions , ambigus , lui aient paru bien indispensables à l'unité de système du mouvement.
Quelle est donc l'inconséquence de ceux qui accusent de monstruosité et trivialité mes détails sur les transitions , prétendant qu'ils ne justifient pas le système/ Peuvent-ils m'enseigner le moyen de les exclure du mouvement ou Dieu les place en si grande affluencc ? J'analyse le mouvement tel qu'il est en bien et en mal, et non pis tel que les sophistes veulent le faire, avec leur prétention de changer les passions , auxquelles ils ne changeront pas un fétu.
Ils veulent créer en mouvement une roture composée de ^infiniment petit et des transitions ou ambigus : mais qu'on les prenne au mot , et qu'on essaie de traiter isolément la partie noble selon eux , l'infiniment grand; leur timide intelligence ne pourra pas s'y prêter. J'en ai fait l'essai par les unités, sujet des utopies de nos politiques : j'ai dépeint de nombreux détails d'unité sociale , (II, 149, et III, 383), et surtout ceux des récompenses unitaires (11,552), ceux de la restauration climatérique (II, 84): ces sages et vastes calculs sont pour eux autant d'épouvantails. Ils ne veulent entendre ni a l'infiniment grand, ni a l'infiniment petit. Analysons leur inconséquence; opposons-les à eux-mêmes sur quelqu'un de ces détails qui ont le brevet de noblesse.
Si l'on dit aux Français : « tel banquier de Paris a une fortune de 50 millions ! » on les entend s'écrier : « quel colosse ! quelle immense richesse ! » Eh bien, si vous trouvez noble et immense une somme de 50 millions, a coup sûr une somme de 50 milliards, qui est mille fois plus immense en capital , et vingt mille fois plus en revenu , ne peut vous paraître triviale et roturière. « Mais 50 milliards ! où les prendre? » C'est Ta le sujet des calculs infinitésimaux ou je démontre fort exactement que les bénéfices tirés de l'infiniment petit en industrie sociétaire , conduisent au but aussi bien que les travaux réputés nobles et vastes ; que sur une masse de 600,000 cantons organisés en concert économique , les allumettes mêmes donnent lieu à des économies colossales , a des épargnes annuelles de 50 millions. D'après cela , s'étonnera-t-on que des productions de haut prix , comme les œufs , puissent présenter un milluple bénéfice , un revenu de 50 milliards, dont le calcul , après vérification vingt fois réitérée , se trouve strictement , et juste, et digne de foi , à moins qu'on ne veuille exclure l'arithmétique du ^nombre des sciences dignes de confiance ?
L'action simple. ou l'anarchie scientifique.
C'est assez réfuter les antagonistes , dira-t-on; vous pouvez maintenant passer aux trois leçons promises. Non, il n'en est pas encore temps. Au reste , rien n'empêche les impatients de sauter à ce 5e. chapitre; mais les méthodiques doivent se rappeler que nous avons , dans ce mémoire, deux sortes d'éclaircissements à donner :
Les DIRECTS, l'argument du traité de l'Association en deux petits sommaires au chap. 1er., et les trois méthodes spéciales d'étude au chap. 5e.
Les INDIRECTS , sujet de ce 2e. chapitre, où je démontre l'anarchie de la critique. J'y signale aux quatre morceaux d'encadrement , ce vice qui tend à étouffer les découvertes , en dérober la connaissance au public.
Pour juger de la duperie générale qui en résulte, il faut supposer que V épreuve de V Association soit faite ; quelle eut été commencée en avril et terminée en juin , et qu'on put voir dès à présent les brillants effets du régime sociétaire : chacun s'étonnerait fort que des gens d'esprit eussent trouvé difficile a comprendre ce mécanisme des séries contrastées , si exactement décrit aux sept portions suivantes de l'ouvrage :
1 — En 3e. tome, les rudiments, 5e. notice. 6 — En 3e. et 4e. tomes, les sections 1, 2, 3, 4,— 7, 8. « Cependant , dirait le public , on a organisé le canton sociétaire conformément aux dispositions prescrites par V auteur : d'où vient donc que les savants jugeaient obscure une théorie qui se trouve si claire et si juste, après vérification expérimentale ? »
D'où vient? C'est que le monde savant , dans ses jugements, est l'image d'une assemblée parlementaire qui délibérerait sans bureau ni président. Elle ne pourrait établir aucun ordre en discussions : les ergoteurs élèveraient fou le d'incidents et d'arguties pour embrouiller toute question
qui leur déplairait : on se chamaillerait sans rien éclaircir , sans traiter à fond aucune matière. Déjà Von voit ce chaos s'établir, si le président faiblit , s'il ne fait pas observer V ordre de discussion. Dans ce cas V assemblée dégénère en pétaudière : ce serait bien pis s'il ri y avait ni président , ni bureau.
Tel est Vètat du monde savant dans V exercice de sa critique. L'action y est SIMPLE et CONFUSE : tout y est livré à l'intrigue , on n'y voit aucune autorité qui régularise les débats , qui garantisse à l'accusé les moyens de répliquer à V accusateur. Sous un tel régime d'arbitraire , si une invention déplaît aux chefs de cabale philosophique , leurs comités secrets ont beau jeu d'empêcher qu'elle ne soit mise en scène ; elle reste inconnue , travestie dans un ou deux journaux , repoussée par vingt autres qui sont terrifiés et réduits au silence dont s'est plaint Vun d'entre eux , plus sincère que ses collègues (voy. le préambule).
On s'apercevrait de cette menée après l'essai de l'Association. Chacun se dirait: « Nous sommes étrangement dupes de ces escobars qui ,pour éviter l'affront d'avoir manqué une brillante découverte, en interdisent l'annonce , détournent de l'examiner, prétextent des obscurités , des difficultés , de prétendus vices de forme , vices très-indifférents en pareille affaire , pourvu qu'on y trouve la justesse de fond. Il faut , dirait alors le public , nous mettre dorénavant à l'abri de ces mystifications : opposer un frein à l'anarchie de la critique, une autorité qui assure l'accès aux inventions, qui nous en informe régulièrement, nous en fasse connaître le fond au lieu de gloser sur la forme. Il faut demander au gouvernement la création d'une PRE- SIDENCE du monde savant (voy. art. 3, tribunal et jury de garantie) ; il faut établir, en opposition h l'arbitraire des partis scientifiques, ce contre-poids qu'eux-mêmes invoquent en relations administratives. »
Sans cette ACTION COMPOSÉE , sans ce contrepoids dont j'explique les règles au 5e. article , les détracteurs et anarchistes ont d'autant plus de succès, que leur
bannière est flatteuse pour la médiocrité. Chacun se croit devenu esprit fort et bel esprit, en suivant leurs insinuations. Une théorie aura coûté vingt ans de recherches , tout farfadet se juge plus habile que fauteur en la raillant avant de l'avoir examinée. Ainsi, 50 millions d'Européens se crurent 50 millions de beaux esprits pendant les 7 années où ils se moquèrent de Christophe Colomb , qui leur annonçait , en matériel , un nouveau monde qu' aujourd'hui f annonce en passionnel.
Dans cet état à" anarchie où se trouve la critique , il ne suffit pas de donner sur mon traité les instructions positives , savoir 2 analyses en 1er. chapitre et trois leçons en 5e, chapitre. Il faut , à ce corps de preuves , joindre la contrepreuve , les instructions négatives; démontrer qu'on n'aurait pas besoin de commentaire si Von apportait de la droiture dans les jugements , si Von n exigeait pas qu'un inventeur flattât les erreurs dont le siècle est imbu. N'est-ce pas manquer à la fois de justice et de raison , que de chercher dans le traité d'une science nouvelle autre chose que le sujet énoncé au titre; chercher dans un traité de l'Association des convenances philosophiques , au lieu d'y examiner le procédé sociétaire, qui certes y est bien détaillé aux sept divisions indiquées plus haut ?
Si mon livre contenait ce que les ergoteurs y cherchent , ces convenances philosophiques et civilisées, je serais donc en accord avec leurs systèmes d'industrie morcelée ; car la philosophie , dans ses 400,000 tomes, ne tend qu'à ce but, qu'à fonder le mécanisme social sur l'action morcelée des familles , sur l'incohérence de leurs travaux en ménage et culture. Les ouvrages mêmes qui ont traité d'association , tels que Dutens et de Laborde, admettent encore, pour base de politique , l'incohérence en fonctions primordiales , en travaux domestiques et agricoles : on ne veut de l'Association que le mot et non la chose.
En me ralliant à ces doctrines d' appauvrissement et de discorde, je ne serais qu'un philosophe déplus. Est-il nécessaire d'en augmenter le nombre , quand il est notoire que
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depuis 25 siècles on n'a vu naître de leurs lumières qu 'indigence , fourberie, oppression, carnage (13). JS' est-il pas à désirer que le monde social atteigne enfin à des résultats opposés, où il ne parviendra qu'en prenant pour guides les méthodes et doctrines inconvenantes avec la philosophie , avec V industrie morcelée ou civilisée.
Les critiques sont donc hors de la ligne du bon sens quand ils me reprochent la nouveauté de mes méthodes , nouveauté qui est un motif de confiance . Leur déraison deviendra palpable an jour d'épreuve de l'Association, qui ri est pas éloigné , selon les avis donnés (ôo).
Jusque-là c'est un appui nécessaire à ma théorie que la réfutation de ces adversaires tous erronés et injustes , les uns par prévention, éblouissement ou inadvertance, comme celui h qui je viens de répondre; les autres par aigreur, malignité ou influence de parti; tels sont ceux que je vais citer a V art. 7e.
On s'abuse donc en disant, « c'est assez de répliques ; » passez aux trois leçons : » il faut auparavant disposer le lecteur, comme un médecin prépare le malade au traitement par un régime ; il faut lui faire voir en plein sa mystification, et ce sera le sujet des deux articles suivants, dont Vnn analyse les critiques hostiles, et l'autre donne la critique régulière dont personne ne s'est avisé ou n'a voulu s'occuper.
Me trompé-je dans ces inculpations? Serait-il vrai qu'on eût rencontré des difficultés réelles dans l'analyse du fond ? Si cela est , il sera bien aisé de donner des annonces maintenant très-faciles, d'après les croquis de divers genres qu'on en trouve dans le présent factum. Ces annonces ne deviennent-elles pas dette consciencieuse pour les journalistes , en reconnaissance du service que je leur rends par V indication d'un secours qu'ils invoquaient sans savoir l'imaginer , d'un tribunal de garantie qui peut seul les affranchir de leurs vrais oppresseurs ?
S'il est pour c^s écrivains des servitudes nécessaires , comme celle d'une subordination au gouvernement , il en
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est de plus pesantes et vraiment honteuses pour eux; telle est la tyrannie d'un parti opposé aux études qui serviraient V humanité entière; d'un parti qui veut étouffer le génie inventif {Intermède Y), V astreindre à faire V apologie de cent mille faux systèmes suspects à leurs auteurs mêmes , et dont Barthélémy a si bien dit : « Ces bibliothèques, pré- »> tendus trésors de connaissances sublimes, ne sont qu'un » dépôt humiliant de contradictions et d'erreurs. »
Tel est le véritable esclavage des écrivains ; telle est la cause qui les paralyse lorsqu'il s'agit d'annoncer une grande découverte. J'expliquerai les duperies où cette tyrannie engage le monde savant, Intermède X- Ce tableau de ses servitudes fixera d'autant mieux son attention sur la carrière de fortune et de gloire qui lui a été présentée à la fin du précèdent article ***.