ANTIENNE
La 4e. phase de civilisation (II, 207).
J'ai prévenu que celui qui veut étudier à fond l'association et faire un progrès rapide , aura besoin de prendre , après la lecture du traité , trois ou quatre leçons en sus des trois qu'on va lire.
Si je n'ai pas placé ici les véritables leçons, c'est que le sujet en doit varier selon les goûts, lumières et convenances de l'étudiant. Les trois suivantes sont matériaux , leçons de genre , où on puisera pour les leçons verbales dont je me borne à présenter le cadre.
La lre., la leçon pratique, devra, par application au traité , établir que le monde est organisé à faux , à contre-sens de sa nature ; façonner l'étudiant à la construction des séries régulières; l'exercer à déterminer comment un concours de 50 à 60 séries utilise tous les caractères, leurs antipathies, leurs vices, tels que gourmandise, cupidité, et fait naître, de ces éléments du mal présent, l'action composée ou philantropique, opposée à l'égoïsme actuel, l'attraction industrielle et toutes les vertus sociales.
La 2me. , la leçon théorique, réduira l'harmonie passionnée à sa plus simple expression, à la propriété inhérente aux trois passions distributives (145), de concilier et équilibrer les neuf autres , sauf emploi enjeu combiné d'une masse de séries contrastées : car les séries , en industrie [sociétaire, sont analogues aux pièces d'un jeu de
m CHAPITRE III. ANTIENNE.
cartes ou d'échecs : chacune isolément serait inutile , mais leur ensemble fournit de brillantes et innombrables combinaisons.
La 5me., la leçon intégrante, roulera sur des aperçus tirés des 7 volumes inédits, et annoncés au plan (m) sous les nos. 3 à 9.
Ces instructions devront se rattacher à une base spéciale et adaptée au goût de l'étudiant. Un esprit religieux ou un métaphysicien goûtera un système de leçons coordonné aux cinq attributions essentielles de Dieu. Un homme du monde préférera un enseignement coordonné aux 4 ralliements d'amour que j'ai supprimés (II, 540), par égard pour les préjugés. Un politique rattachera les leçons aux révolutions sociales, d'ordre (11,207), de genre (II, 218), d'espèce (II, 219).
Une 4me. leçon , la négative , applicable à tout le monde , traitera de la chute des sociétés civilisées en quatrième phase , en féodalité inverse ou USURE NATIO- NALE ET COMMUNALE.
On y court à grands pas : et tandis que l'industrie fait trophée de progrés matériels assez inutiles au bonheur social , deux fléaux tout nouveaux menacent le monde politique :
L'usure nationale, déjà établie par les emprunts fiscaux;
L'usure communale, prête à éclore.
Ce sont, comme la fièvre jaune et le choléra-morbus, deux nouvelles pestes cernant la civilisation, et ramenant , en sens inverse , l'ordre civilisé au régime féodal qui fut sa lre. phase (II , 207).
Dans cette conjoncture , un homme d'état qui ne croirait pas à la possibilité de l'Association, doit étudier, au
moins dans les phases de civilisation (II, 207), l'art de maîtriser ces deux événements.
1°. L'usure nationale ou exploitation fédérale des empires est en pleine activité, grâce au bel art de dévorer l'avenir par les emprunts fiscaux. Les plus petits souverains, tels que l'ordre de Malle, les états à peine constitués, Colombie et Mexique, ont recours à l'usurier et empruntent au capital de 400 pour 70. Bientôt, Brésil et Pérou, Buénos-Àyres, Chili et St.-Domingue, tendront la gorge au couteau de l'usurier, aux bourses de Londres, Paris, Amsterdam. La proie sera bonne 5 car une fois reconnus , ils auront bien les moyens de payer.
D'autre part, à la première guerre continentale, tous les états d'Europe redoubleront d'emprunts, qui, étant souscrits à 1/4 de perte, environ 100 pour 75, offrent en sus de l'agio à 5 et 6 %, des chances de bénéfice; les grands, une fois alléchés à ce trafic, ne veulent plus entendre parler de domaines, de démêlés et tracasseries avec des fermiers pour le chétif revenu de 3 à k °/0.
Voilà donc la pauvre agriculture méprisée et pressurée par une classe de féodaux usuraires , qui se partagent le bénéfice des emprunts payés par elle. C'est peu encore • ce fléau va donner naissance à un second , abyssus abyssum invocat ; à la spoliation féodale indirecte , va se joindre la féodale directe, par
2°. L'usure communale ou création libre de banques rurales, anarchiques, monts-de-piélé villageois, prêtant sur dépôt de récoltes, et pourvus d'un vaste édifice propre à la manutention.
La féodalité usuraire peut s'exercer en gros et en détail. Les compagnies ne connaissent jusqu'à présent que le gros, le prêt aux empires. La branche du détail, ou
prêt au cultivateur sur dépôt de récoltes, ne pouvait pas tarder trois ans à s'organiser. Déjà un programme a été publié sur ce sujet. [Revue encycl., août, 490). L'entreprise étant très-lucrative sans aucun risque, la fondation d'une seule en ferait naître cent millions. Or, si le fisc s'empare de cette industrie et la dirige en sens convenable, elle enrichira l'agriculture dont elle serait la sangsue entre les mains d'avides spéculateurs.
L'ensemble des banques exploitant chacune un petit canton, soit 4,200 âmes, se subdiviserait en arrondissements dont la ferme serait concédée par le fisc. Les petits usuriers de campagne, qui prêtent à 12 et 24 p. °/0, verraient avec douleur la banque prêter à 6 % » deux tiers de la valeur de l'objet consigné , le 5e. tiers payable à la vente , sauf provision sur la manutention , à laquelle tout consignaleur pauvre pourrait être employé comme salarié.
Si ces banques étaient organisées en mode rapproché du comptoir, on y trouverait :
1°. L'avantage d'extirper et prévenir l'indigence dans toutes les campagnes, au moyen d'un jardin et d'une fabrique annexés à l'édifice, et fournissant aux agents pauvres des occupations agréables et variées. On pourvoirait les infirmes par convention avec les banques.
2°. Opérer en plein un bien qu'on a si vainement rêvé, la restauration des forêts , conservation des pentes et sources.
3°. Établir en tout canton une caisse d'épargne où l'on recevrait, aux conditions d'usage, les petites sommes du pauvre, en lui procurant, dans l'intérieur de l'édifice, délassements et repas aux jours de chômage, pour le détourner des vicieuses habitudes, cabaret, etc.
4°. Se ménager, par la correspondance des banques avec le ministère, une influence conlre les menées d'accaparement, fluctuations du prix des denrées, extorsions du commerçant.
5°. Epargner les poursuites contre le petit contribuable, pour qui les B. R. feraient l'avance d'impôt, vu les moyens qu'elles auraient de se récupérer par son travail ajournée, le dépôt de ses petites récoltes, et même l'affermage de ses terres.
6°. Placer avantageusement 300,000 individus, environ 15 par banque rurale actionnaire.
7°. Faire verser 500,000,000 fr. à la caisse d'amortissement; car chacune des20,000B.R. A. fournirait au moins 15,000 fr. de cautionnement, total, 500,000,000, y compris celui des régents supérieurs.
Action unitaire, par 20,000 fermes expérimentales et 20,000 caisses d'épargne. Garanties contre l'indigence et la famine (**) (139), etc.
C'est ainsi qu'une politique initiée au calcul du mouvement social et de ses effets futurs , saurait s'emparer à temps des germes de mal , et les transformer en voies de bien, au lieu d'abandonner l'industrie à la rapacité individuelle dite concurrence mercantile.
Voilà une opération neuve et digne d'un ministère éclairé : 200 millions de revenu à gagner sans frais de perception, sur l'affermage des B. R., qui elles-mêmes en gagneraient 400 pour leurs actionnaires, tout en fournissant à l'agriculture des secours efficaces et constants : la fondation d'une B. R. A. d'épreuve, cap. 600,000 fr., est chose à proposer aux corps électoraux en 1,200 actions de 500 fr.
Elles verseraient au fisc de quoi solder l'intérêt des
emprunts, et l'on aurait un bien en balance d'un mai. Mais on n'aura que deux calamités, si le gouvernement ne prend pas l'initiative en ce genre, et s'il laisse aux agioteurs cette branche d'industrie prête à naître, ce moyen de pressurer l'agriculture en détail comme ils la pressurent en gros par les emprunts.
Bref, la féodalité usuraire, quatrième phase de civilisation, est sur le point de tout envahir. Si le gouvernement y applique le remède indiqué, il aura opéré le vrai perfectionnement social, en aidant les nations à franchir la quatrième phase de civilisation, et entrer en lre. phase de sixième période ou garantisme (table, \5).
Voilà, pour ceux qu'épouvantent les prodiges sociétaires, une opération de basse catégorie, de teinte civilisée, et pourtant colossale en bienfaits. Les B. R.,en amodiant des terres, formeraient 20,000 fermes expérimentales , UNITAIRES, opérant d'après instructions d'une société centrale. Elles gagneraient, tout en servant puissamment le cultivateur, 4/4 en sus du produit général, soit 1,200,000,000-, la moitié aux frais, reste 600,000,000, dont 1/5 au fisc leur associé.
Elles fourniraient des places pour 500,000 agents, depuis les valets jusqu'aux chefs : chance digne de l'attention du ministère.
A l'appui, il eût fallu un parallèle des fonctions d'une banque rurale actionnaire et d'un comptoir, bas degré d'attraction industrielle. Il sera aisé d'en publier le plan.
Au résumé : le monde social est encombré de stériles rhéteurs; il a besoin du secours des inventeurs et des sciences nouvelles.
Un homme exercé sur le calcul du mouvement social et des opérations dont il est susceptible, pourrait, soit dans
les conseils d'élat, soil dans les écrits politiques, faire adopter ces améliorations subalternes (6e. période, table, *3); et ouvrir, en tout débat, des avis lumineux, là où il ne sait que souscrire au mal existant, sous prétexte que ce mal est inséparable de la civilisation (*#*), 040).
II faut donc chercher l'issue de cette société. Une découverte imprévue peut nous en délivrer à l'instant : profitons de l'invention, au lieu d'en critiquer les formes : consentons à ce doute méthodique , tant prôné et jamais pratiqué-, exerçons le DOUTE et l'OPPOSITION à l'égard de nos sciences, puisqu'elles ne s'accordent sur aucune des questions fondamentales (*#*).
Quant à la nouvelle science qui leur succède, pour en juger sainement dès cette annonce, il faut prendre en considération :
1°. La rigueur, V intégralité des conditions imposées (note 3, 32), et REMPLIES. Oserait-on en prescrire d'aussi sévères?
2°. Le pis-aller spéculatif (85), qui, dans tous les cas, assure aux fondateurs les économies de temps, de bras, de machines, de démarches, et le bénéfice d'attraction, fruit des séances courtes et intriguées (hs), qui transforment en délice le travail , supplice perpétuel du civilisé.
3°. La justesse des principes énoncés (article xi)? et appliqués exactement à la théorie sociétaire.
En pesant ces motifs de confiance provisoire, un lecteur impartial ne pourra qu'adhérer au considérant du tribunal (4i).
(**) OMIS. Les B. R. préviendraient la famine, par des SILOS de réserve à vendre la 5e. année. En temps de disette,
on livrerait 1, 2, et au besoin les 4 silos, de chaque B.R. Là finiraient les famines, épouvantail des rois. Une famine aggravée par un accapareur a renversé Bonaparte en retardant la campagne de Russie, ce gui causa la paix en juin avec les Turcs, le tardif départ de Moscou, etc.
(*#*) Écoutons, sur un de ces problèmes, deux orateurs de même parti.
Mercure, 7 octobre ; morceau ou il exalte trois et quatre fois les charmes ineffables du travail. « Plaisant bonheur de rester » 12 a 15 heures par jour, fermé dans un atelier infect, a s'hé- » bêter en passant la navette! Demandez au peuple s'il n'est pas »> plus heureux le dimanche a la guinguette. »
Procurez donc aux civilisés ce travail dont vous vantez les charmes. On voit dans la seule ville de Paris 30,000 infortunés demandant du travail : que penser d'une société qui ne peut pas nous en garantir l'exercice ?
Constitutionnel , 26 juin. « L'humanité demande a se dé- » velopper, à travailler pour vivre. A ce besoin universel s'op- »> pose une passion petite, égoïste, entêtée, qui a des forces factices, » mais redoutables . »
Ici l'un gourmande l'humanité sur ce qu'elle ne veut pas placer son bonheur dans le travail , l'autre avoue qu'elle ne peut pas en obtenir malgré ses sollicitations. C'est à chaque page qu'on voit ainsi les philosophes en contradiction sur les bases de la science. A quoi sert donc ce perfectionnement de raison qui amène les raisonneurs à ne s'entendre sur aucun point, et s'écrier, comme M. Fievée : Que sert aujourd'hui le raisonnement?
A propos du travail , qu'ils nous expliquent ce quadruple problème :
Civilisation perfectionnée qui ne peut pas assurer du travail
au peuple.
Sauvage ou homme de nature qui refuse le travail offert. Philosophes vantant contre V évidence le sort déplorable des
industrieux.
Système industriel borné à provoquer et servir les fantaisies des oisifs.
Et lorsqu'on leur apporte la théorie sociétaire, qui débrouille tout ce chaos d'incertitudes, délivre la philosophie du poids de ses faux systèmes, et lui assure (note M.)> dix voies de fortune et de gloire pour une légère plaie faite à l'araour-propre, il faudrait lui demander pardon d'avoir bien servi le genre humain, déclarer que c'est à elle qu'on doit la découverte.
J'ai fait le contraire : j'ai déclaré franchement que les sciences politiques sont dans l'erreur. C'est pécher contre la courtoisie et non pas contre la méthode. Si le traité du mouvement était publié en toutes ses branches ( 9 vol., table, 11 2) , ou si une épreuve dissipait, sous peu de mois, les doutes sur la facilité d'association, l'on reconnaîtrait qu'il a été nécessaire de déblayer le vieil édifice avant de construire le nouveau, et que sur 9 tomes, j'ai dû affecterau moins le 1er. a réfuter, par une galerie de critiques, les erreurs en crédit.