Abondance de richesses
2. Minimum proportionnel, l — Unité d'action. 5. Tendance composée d'intérêts. J
1. Abondance de richesses. Il n'est rien de plus épouvantable que la pauvreté des civilisés. — Entrez chez le peuple ; voyez sa table, sa garde-robe, son châlit. Entendez, dans les rues de Paris , ses lamentations de mendicité, ses hurlements perpétuels pour avoir du travail. Voyez les trois quarts des femmes réduites à rédimer et calculer leur chétive nourriture ; voyez de quel pain noir, de quelles pauvretés vit le soldat qui est l'appui de la civilisation , car notre politique ne consiste qu'à armer une petite masse d'esclaves pauvres, nommés soldats, les ierrifier à force de rigueurs , en former des sicaires aveu-
glcs, employés à contenir la masse des pauvres désarmés. Voilà ce qu'on appelle civilisation perfectibilisée.
11 faudrait donc s'élever d'abord à la richesse collective graduée. Biais tout accroissement de richesse qui aurait iieu en civilisation, n'aboutirait qu'à doubler et tripler le faste et la profusion des riches, sans rien faire pour le pauvre : cette société étant organisée de manière à réduire toujours le pauvre à l'extrême misère, par le régime de fausse concurrence ou salaire mis au rabais.
D'ailleurs, quelle que puisse être en civilisation la dose de richesse générale , fût-elle décuple , tout le système social serait renversé si l'on assurait au peuple un petit bien-être ou minimum qui lui est dû en compensation des sept droits naturels. Il refuserait d'exercer l'industrie : dès lors la condition de minimum est inséparable de celle d'Attraction industrielle. Il faut donc , en spéculant sur l'abondance, tendre aussi à l'Attraction industrielle.
En supposant ces deux problèmes résolus, la richesse triplée, quadruplée, et l'Attraction industrielle bien établie, on n'arriverait point au but, au bonheur social, sans un système d'intérêt composé, alliant les voies de bénéfice collectif aux voies de bénéfice individuel. Sans cette convergence des deux intérêts , les hommes en viendraient toujours à se déchirer entre eux ; car la cupidité individuelle pousserait chacun à des démarches contraires aubien collectif, commeencivilisation, où chaque paysan trouve son intérêt particulier à ravager la forêt aux dépens du canton entier; chaque marchand, à vendre du mauvais drap aux dépens de tous les consommateurs; chaque soldat , à faire des révolutions d'une saison à l'autre, moyennant salaire, comme on vient de le voir en Espagne et en Portugal.
Sur ce 3e. problème, comme sur les deux précédents, la voie de solution est la même ; la philosophie à chaque page nous indique le moyen, qui est Y unité avec l'univers, éternel refrain des sophistes. Or, l'univers étant distribué par SÉRIES simples, mixtes, composées, puissancielles, infinitésimales , il faut que l'humanité, dans ses relations industrielles et domestiques, se distribue de même -, qu'elle se mette en unité avec l'univers , au moyen d'une disposition par séries. AJ'instant les trois problèmes sont résolus, on passe à l'Association, qui donne, 1°. abondance, produit triple en effectif et décuple en relatif (III, 7 à 46); 2°. Attraction industrielle , comportant la concession de minimum; 3°. tendance composée d'intérêts, alliage du bénéfice collectif avec la cupidité individuelle.
Leçon en 5e. sens. Je choisis un seul précepte philosophique à double emploi , déterminant toutes les conditions de bonheur social , et fournissant à lui seul les moyens d'exécution. Ce précepte est celui d' explorer en entier le domaine de la science. Or, de quelles branches se compose en son entier la science dite sociale ? Elle comprend toutes les sortes d'accords sociaux , au nombre de neuf ordres , savoir :
. . . Accords ambigus ou mixtes.
1. 2. Simples et composés. 5. 6. Majeurs et mineurs. 3. 4. Directs et inverses. 7. Neutres contrastés.
— Accords pivotaux ou puissanciels et infinitésimaux.
. . . L' ambigu. La philosophie nous enseigne que l'accord ambigu (III ,155) est trivial, inadmissible. Ce n'est pas moins un accord infiniment précieux en mécanique générale-, rien ne serait lié sans l'ambigu (note 8e. , 87).
1. 2. Le simple et le composé. Nos sciences n'envisagent que l'accord simple et ignorent qu'il ne peut pas
s'établir ayant et sans le composé. Les moralistes veuleni une vertu simple, méprisant les richesses, au lieu d'une vertu composée qui deviendrait voie de fortune. Les économistes avouent que la vertu serait assez louable, mais qu'il faut avant tout aimer le trafic , l'agiotage et l'astuce; ils ne connaissent donc que l'accord simple ou ligue ambitieuse : or, tout accord simple entre individus ne produit chez la masse que duplicité d'action.
5. 4. Le direct et l'inverse. Distinction bien observée par les géomètres et physiciens qui emploient la preuve et la contre-preuve. Les philosophes n'ont aucune notion de ces doubles accords, que j'ai établis scrupuleusement , surtout dans le grand problème de la répartition (IV , 502, 525).
5. ,6. Le majeur et le mineur ; autre distinction également inconnue des philosophes. Ils ne sauront pas ménager en système social des accords entre les femmes comme entre les hommes, des libertés et droits de tous genres pour les femmes comme pour les hommes. Leur thème est que les femmes doivent être esclaves et se trouver heureuses d'être subordonnées aux caprices du sexe masculin. On a vu que, dans les séries, la femme jouit toujours, en industrie, de sa pleine liberté et de ses droits en bénéfice individuel. J'aurais pu démontrer pareille balance en droits d'exercice amoureux , si cette question eût été traitable-, j'en ai exposé seulement la lre. période (tome IV, section 4e. , notice IV), articles Vestalat et Damoisellat .
7. Accords neutres y 7e. section; ce sont les plus sublimes, les plus transcendants. Ils font, en emploi de chaque passion affective , l'effet de la CHAUX qui établit ralliement et affinité entre les deux antipathiques eau et feu, La civilisation , loin de s'élever à aucun des seize accords
neutres exposés en 7e. section, n'a pas même suies imaginer, encore moins les créer.
— Accoi'ds pivotaux : on n'en a aucune connaissance , on en proscrit jusqu'à l'idée. La philosophie, qui ne veut admettre ni pivots ni ambigu en mouvement , devrait donc faire supprimer le Soleil qui est un grand pivot planétaire, et les étoiles Mars et Vénus qui sont deux ambiguës. Avec des vues aussi fausses , comment notre siècle pouvait-il parvenir à quelques notions sur le système passionnel et les neuf ordres d'accords dont il est susceptible?
Mon traité donne en plein l'analyse de ces neuf sortes d'accords -, il explore EN ENTIER le domaine de cette science; il opère de même pour l'exécution; il explore en entier la voie de régime sociétaire ou attraction passionnée, et ses ressorts qui sont les séries passionnelles en tous genres et tous degrés (III , 356).
Voilà sur ma théorie trois leçons classiques données par les principes mêmes des philosophes. J'ai fait , pour l'honneur de ces bons principes, beaucoup plus que n'auraient osé exiger leurs auteurs mêmes , et je serais le seul homme fondé à prendre le titre de philosophe , si ce nom o'était déshonoré par l'abus qu'en ont fait les sophistes qui l'appliquent indifféremment aux grands génies comme iNewton , et aux démagogues tels que Marat. Il est plus déshonoré encore par l'indécence d'une secte qui, se disant vouée à la recherche des voies de bonheur social, de richesse des nations , de vérité et moralité générale, enfin d'Association (ce mot est aujourd'hui l'un des sujets en vogue) , ne veut pas accueillir le traité qui remplit à la fois ces divers buts , s'efforce d'en empêcher l'épreuve et en dérober la connaissance.
L'inconséquence de mes adversaires devient plus sail-
lante par l'accueil qu'ils ont fait récemment à l'ouvrage du docteur Àmard sur l'Association intellectuelle (i). Cet auteur, sans traiter de l'industrie comme MM. Dutens et Delaborde, se borne à spéculer sur l'emploi de l'Association en médecine et clinique. Il suppose un ordre de choses qui établirait de la convergence et de l'unité dans les travaux de ce genre. 11 s'élève contre l'incohérence et la personnalité' qui régnent dans les sciences médicales; contre l'étourderie de remplacer perpétuellement le travail de chacun par celui de chacun, au lieu de réduire les travaux isolés en un seul et commun travail. Chacun , ditil , a voulu , en médecine, faire un ouvrage, au lieu de se réunir à tous pour en achever un seul. Il propose de substituer à V intelligence inégale et brisée des individus , l'intelligence homogène et compacte de l'espèce; amener le tout à V action collective.
Contre l'avis des civilisés, il admet une passion qui, sous ie nom de collectisme, est la principale de toutes (celle que j'ai nommée unitéisme, foyère, pivotale, note page 144). Il entrevoit et décrit fort bien les brillants effets que produirait l'essor de celte passion : mais cet essor ne peut avoir lieu que dans les séries contrastées, où l'homme trouve son bénéfice à servir l'intérêt collectif, tandis qu'en civilisation il trouve toujours dans I'égoïsmc ou divergence avec la masse , un bénéfice plus prompt et plus sûr. De là vient qu'en civilisation toutes les mesures imaginables n'aboutiraient pas à développer cette belle et utile passion- il faut auparavant lui créer son élément, l'industrie exercée par séries ; après quoi le progrès des
(i) Paris, 1821, 2 vol. in-S°. , chez Mequignon aine, père; Gabon ; Be'chet, rue et place de l'École de Médecine.
lumières, les éludes sur la médecine, les sciences, les arts, l'agriculture et tous les travaux, s'établiront naturellement dans Tordre indiqué par le docteur Amard. La médecine débutera par former 600,000 cliniques locales dans les 600,000 phalanges du globe ; résumer et classer leurs observations par degrés dans les écoles de district, de province, de région , de royaume, d'empire, de côsarat , etc., jusqu'à l'école pivolale et unitaire de Constanlinople où tout le travail sera ramené à un seul tableau, un seul arbre généalogique, présentant les lumières acquises, en un faisceau de rayons convergents. Ainsi l'exige l'unité, qui est Tesscnce des séries et du régime sociétaire. Ajoutons que Tordre invoqué par le docteur Amard est celui d'une série infinitésimale (IV, 555).
Il est à remarquer que les journaux ont beaucoup applaudi à ses vues : Quotidienne, Constitutionnel, Miroir et autres, notamment la Revue encyclopédique , aujourd'hui insurgée contre Tidée d'Association. Elle a, dans deux grands articles signés Bory de St. -Vincent, décembre 1821, applaudi à Tidée d'Association intellectuelle ou essor de la passion dite collectisme, qu'elle assimile au Novum Organum de Bacon, et qui amènerait les êtres pensants de tous les siècles à opérer comme un seul homme, fortifierait la faiblesse individuelle de toute la puissance collective de l'espèce.
Voilà donc les savants favorables à cette Association, qu'ils repoussent quand c'est moi qui la présente sous des couleurs anti-philosophiques. Il est bien force que je m'isole de leur science , puisqu'elle envisage toute la nature à contre-sens, et qu'ici même où elle est dans la bonne voie, opinant pour l'Association, elle commet encore le contre-sens de vouloir construire le faîte de l'édifice avant
les fondements, ignorant qu'une loi générale de Fa nature est d'organiser le matériel avant le passionnel, et ne rien tenter en Association intellectuelle, scientifique, etc., avant d'avoir posé les bases de l'édifice par l'Association du matériel, du régime domestique et agricole, qui dois être la souche de toutes les autres Associations, celle qui, par un petit germe, les produira toutes à la fois.
Sans doute on aurait pu en introduire partiellement quelques branches, si chacun eût fait dans sa partie ce qu'a fait le docteur Amard dans la sienne. On aurait découvert les portions de régime sociétaire faciles à organiser, et ouvrant quelque issue de civilisation, comme le monopole composé que devaient inventer les politiques anglais, et dont l'exécution est aussi facile que celle du simple est violentée et difficile. Sous le règne de Bonaparte, les savants do Paris, qui ne cherchaient qu'à le courtiser, auraient dû inventer par circonstance la conquête composée, très- belle issue de civilisation; c'eûi été le prendre par son faible , que de lui ouvrir une voie de prompt avènement à l'empire universel.
L'inadvertance à déplorer dans ce genre d'inventions, est celle des architectes et des économistes , qui avaient dans leur ressort les 2 issues les plus naturelles , concurrence rëductive ou vëridique , et architecture unitaire ou propriété composée. Ce sont les 2 voies que j'ai découvertes avant d'arriver au calcul de l'Association générale. Il y a 35 ans que, parcourant pour la lre. fois les boulevards de Paris, leur aspect me suggéra l'idée de l'arche lecture unitaire dont j'eus bientôt déterminé les règles. Je dus principalement cette invention au boulevard des Invalides, et surtout aux deux petits hôtels placés entre les rues Acacias et N. Plumet.
Peu de temps après je découvris le calcul de la concurrence réduclive. Les voies d'Association tiennent et acheminent l'une à l'autre : je m'étonne que Bacon , esprit éminemment fait pour ce genre de découverte , ne m'ait pas devancé : il avait bien quelque idée de la concurrence réduclive, lui qui voulait qu'on fît dans chaque profession des livres de garantie ou tableaux des fourberies usitées. Ce serait un vaste ouvrage , d'après le vol sublime qu'a pris chaque branche de fraude commerciale , souliers collés , vin de bois d'Inde , sucre de lait , etc.
Bacon en sens classique ou méthodique, et J.-J. Rousseau en sens romantique, étaient les deux modernes les plus aptes à la découverte des lois du mouvement sociétaire. On peut leur adjoindre, dans l'antiquité, Pythagore, l'un de ces génies pénétrants et faits pour « dérober au destin ses augustes secrets. » Il avait tout entrevu, même le calcul newlonien sur l'Attraction; mais il fut, comme la plupart des civilisés transcendants, détourné des bonnes voies par l'esprit de controverse qui a perdu Leibnitz et tant d'autres beaux génies.
Toutefois, il en est beaucoup, et parmi les plus vantés, comme le divin Platon, qui ne sont que des phrasiers , des égoïstes, gens tout à fait dépourvus d'esprit unitaire ci d'aptitude à pénétrer les mystères de la nature. Au reste il est désolant de voir qu'un globe à qui Dieu avait ménagé tant de voies d'avènement au bonheur, les ait toutes manquées par nn stupide respect pour les impulsions de ses philosophes, qui, ayant un trafic de livres et de systèmes à soutenir, ne veulent pas permettre l'éiude de la nature et de l'Attraction , et exigeraient encore qu'on les félicitât d'avoir prolongé 25 siècles de trop les malheurs de l'huoianilé.
Est-ce assez réfuler ces contradicteurs qui se disent classiques et modèles? Je suis donc classique bien plus qu'eux, car je les bats sans cesse avec leurs principes qu'ils refusent de pratiquer. Je pourrais, après cela, m'élaver des miens, notamment des 5 attributions de Dieu,
Radicale , Direction intégrale du mouvement.
£ Economie de ressorts.
Primaires , l Justice distributive.
\ Universalité de providence.
Pivot aie , Unité de système.
Preuves les plus fortes et les plus régulières qu'on puisse donner (ïïe. tome, 5e. notice) : mais elles sortiraient du classique admis, et j'ai dû me renfermer ici dans les principes reconnus.
J'invite, sur ce sujet, à lire la 5e. notice(Iïe. tome). On en conclura qu'il existe nécessairement un calcul sur l'Attraction passionnée , et que lors même que je ne l'aurais pas découvert, les pbilosophes n'en seraient que mieux tenus à s'occuper enfin de celte importante étude. Ils peuvent, Dieu merci, s'en dispenser : jamais invention ne fut plus certaine; c'est là le véritable sujet de leur haine contre moi. Ils sont en secret désolés de voir cette palme enlevée par un intrus. Mais pourquoi, en 3,000 ans de tâtonnements, leur science est-elle restée novice au point de ne savoir pas faire le 1er. pas en travail classique, négliger de classer avant tout, LE MOUVEMENT, ses 5 divisions primordiales en EFFETS et en CAUSES (53).
Aussi, que de stérilité, de nullité dans leurs éludes de la nalure! ils nous vantent ses beautés, sa voix éloquente, les leçons sublimes qu'on puise dans le grand livre de la nature, et ils ne savent pas nous expliquer une ligne de ce grand livre. Je vais signaler celte ignorance , dans
une petite note d'analogie (^, ci-dessous) ou théorie des causes en mouvement. Je n'y prendrai pas, comme eux, le vol sublime de l'aigle ; mon vol ne s'élèvera qu'à la hauteur des poules et canards; je mettrai en scène des sujets modestes, les choux et les raves, qui nous fourniront encore matière à expliquer ce mystère de l'analogie, dont les philosophes nous rebattent les oreilles, sans en aborder le calcul ni en expliquer un seul hiéroglyphe.
NOTE J^. Sur Vanalogie ou théorie des causes.
Ouvrons le grand livre de la nature. S'il est vrai que tout soit lie' en système du mouvement, comment les poulets et canards se lient-ils à nos passions ; quels effets en dépeignent-ils ? On nous dit que le coq est l'emblème du sultan dans son se'rail ; c'est faux; un sultan n'est ni homme d'esprit, ni galant; or le coq représente l'un et l'autre caractère. L'e'normite de parures et de chairs qui jaillissent de son cerveau, de'notc le travail d'intrigue chez un ambitieux doue de vigueur et de beauté , courtisant toutes les femmes et les faisant servir à ses vues de fortune.
Ce rôle n'est pas praticable dans les petites villes oîi les femmes ne peuvent rien. Mais a la cour et dans le grand monde, celui qui sait s'emparer des femmes obtient par leur canal un rapide avancement. Tel fut Emmanuel Godoï, prince de la Paix, qui acquit une fortune estimée 400 millions, et n'avait pas le sou à son début.
Un tel homme tient communément a beaucoup de femmes dont il tire parti. C'est donc un amant faux, banal, égoïste; de là vient que la nature donne au coq des nuances toutes fausses , pas une des couleurs du prisme si pures sur le faisan doré qui est , comme tous les faisans , un emblème d'amour sincère , peu ingénieux en intrigue. Aussi les faisans ont-ils une tête assez peu ornée.
Le canard est emblème du mari subjugué, ensorcelé, ne voyant que par les yeux de sa femme. Aussi la nature lui a-t-ellc
fait don d'une extinction de voix , image de ces maris qui n'ont pas le droit de parler contre l'opinion de leur femme. La canne , au contraire , est une criarde impitoyable , comme le sont les ménagères acariâtres , qui font trembler le mari et la maison entière.
C'est d'ordinaire par l'industrie qu'une femme captive un mari et se rend précieuse a ses yeux. Aussi la canne porle-t-clle les couleurs du travail , le gris terreux ; tandis que le mâle est bien moire, cossument vêtu, par analogie au mari subjugue que l'épouse laborieuse dégage de tous soins de ménage , et qu'elle sait choyer et dorloter pour établir son autorité.
Un tel mari est heureux dans son illusion : aussi la tête du canard mâle est-elle baignée dans l'illusion ou couleur verte. Mais c'est une illusion fondée sur la fausseté, sur les préventions d'amour et de fidélité ; et par analogie ce vert est partout encadré dans le noir , couleur de la fausseté.
Le canard mâle est tolérant pour ses rivaux : on le voit attendre patiemment son tour et vivre en fraternité avec les autres amants ; en quoi il est l'image des époux débonnaires et remplis de procédés pour les amis de madame.
Une singularité dans les canards est que, malgré le contraste de moire sur le mâle et couleurs ternes sur la femelle , tous deux ont en commun une parure de sept plumes d'aile chatoyantes en bleu faux. C'est l'emblème du faux amour qui les unit, et dont le triple ressort est dépeint en détail par les 5 pétales de l'iris. Amour matériel simple, J
Coalition conjugale en intérêt, V Voyez III, 216.
Lien de paternité. \
De Ta naît un amour d'espèce neutre , et encore très-vif comme toutes les affections neutres, mais qui n'est point l'amour pur, dégagé des considérations d'intérêt. Aussi leur aile a-t-elle un bleu faux .
On ne voit pas de la tête du canard, comme de celle du coq, jaillir des esprits animaux , crêtes , appendices et huppes : la tête d'un mari ensorcelé travaille peu , elle est des moins fécondes en efforts d'imagination, et son emblème doit avoir la tête dégagée d'excroissance.
2i4 CHAPITRE III. ARTICLE XI.
Il est pourtant une espèce de canards huppes ; mais leur huppe est une surcharge , une parure insipide et dépourvue de grâce , comme celle de l'oie. Ils représentent les maris clairvoyants et bien moins heureux que les aveugles. Ces maris perdent l'illusion et l'amour neutre: par analogie, la nature ôtc le vert moire de tête et le bleu chatoyant d'aile à ces canards huppés , emblèmes des maris chez qui trop de pénétration fait évanouir le charme de l'état conjugal qui exige une foi vive et un parfait repos d'esprit sur le chapitre de la fidélité et du maniement d'argent.
Il est une 5°. espèce de canards, celui de Barbarie, chez qui les excroissances de chairs se font a contre-sens de celles du coq. Elles occupent le front et le pourtour des yeux. Celte espèce dépeint le mari confus et reconnaissant l'énormité du piège conjugal oli il est tombé. Mais l'espace nous manque pour ces détails ; je n'ai pas même donné le quart de ceux qu'exigerait le canard ordinaire, qu'il faudrait examiner pièce a pièce comparativement avec le coq et la poule.
J'avais préparé de jolis détails sur les choux et les raves. Le chou en pommé est hiéroglyphe de l'amour mystérieux qui s'enveloppe de centuple voile. En chou-fleur il représente l'amour libre qui , dans la jeunesse , est un océan de fleurs. Les amours étant une source intarissable de caquets , il faut par analogie que le chou soit une source de bruyants zéphirs , échos des vilains caquets d'amour.
Les raves , légume chéri des vrais philosophes , représentent la grande famille agricole , depuis le paysan jusqu'au sybarite. La petite rave ronde peint l'homme opulent qui, a la campagne, effleure l'agriculture ; la petite rave pivotante peint ce même homme légèrement agronome. Toutes deux, par analogie, figurent dans leur état naturel aux tables des gens riches dont elles sont l'image.
Le navet représente le cultivateur exercé, le fermier instruit, et la grosse rave épatée peint le lourd paysan : aussi n'esl-elle faite que pour lui, et nullement admissible aux bonnes tables ou figure encore le navet j plus délicat , plus susceptible de préparations culinaires.
Celte allégorie s'étend aux autres légumes de même genre. La
carotte représente l'agronome raffine , très-instruit ; aussi estelle un produit précieux, employé dans la confiserie et la rne'clecine, légume utile a tout , et fournissant même par sa feuille im précieux fourrage. Il faudrait y ajouter le céleri, emblème des amants champêtres ; les salsifis, panais, etc. ; mais l'espace manque. J'ai voulu seulement signaler l'ignorance générale sur la charmante science de l'analogie , et les gasconnades scientifiques de gens qui , s'extasiant sur le grand livre de la nature , la voix éloquente , etc. , ne savent pas expliquer une ligne de ce grand livre. Ce ne serait pas un tort , s'ils ne se liguaient pour étouffer la science de l'analogie , qui est un rameau de celle de l'attraction. Tant qu'elle n'est pas connue , la nature n'est pour nous qu'un corps sans ame. Promenez-vous entre les orangers , les marronniers et les tilleuls, vous ne savez pas même quelles passions » quels caractères dépeignent ces arbres. D'où vient donc cette manie des philosophes , de nous vanter l'analogie universelle , dont ils ne veulent pas que le public prenne connaissance dans ma théorie ; gens pétris de petitesse , qui , n'ayant rien su découvrir du vaste système de la nature , veulent en étouffer le traité à son apparition ?
L'homme est, disent-ils, miroir de l'univers ; et cependant ils blâment a chaque instant dans l'homme les tableaux de l'univers , notamment les maladies. Vous entendrez tous les pères et mères , quand leur enfant souffre de la dentition , dire que le bon Dieu aurait bien dû épargner cette souffrance à ces pauvres enfants. On n'entendra pas une mère harmonienne dire pareille absurdité. Elle saura « que l'espèce humaine , pour » s'élever de l'industrie simple a la composée , devant tomber de » l'état libre ou sauvage dans l'état barbare et l'esclavage , ce » qui est pour la multitude une extrême calamité, il a fallu que » Dieu la représentât dans l'enfant qui passe de la nourriture » simple ou liquide à la composée ou solide , par acquisition des » dents. » La transition doit être douloureuse, par analogie à la chute en esclavage.
Sans cette fidélité d'analogie, comment pourrions- nous étudier la nature ? Nous n'aurions aucune voie comparative. Si l'esprit philosophique peut créer le matérialisme , Dieu par emblème a
dû créer ïa maladie de la pierre , image de ce matérialisme , Tune des plus terribles calamités du monde social , qu'il éloigne de l'étude des destine'es en détruisant l'espoir en la Providence. Ainsi foutes nos maladies se rapportent a quelque effet de mouvement social. On n'a su expliquer aucune de ces analogies , et on nous vante l'éloquence du grand livre de la nature. 0 charlataneric scientifique ! Eile est d'autant plus fâcheuse , que la parfaite connaissance de l'analogie nous enseignera tous les antidotes naturels des maladies, goutte , pierre , hydrophobie , épilepsie et autres qui sont rebelles aux efforts de l'art, mais qui n'ont pas moins leur antidote naturel à déterminer par calcul intégral de l'analogie. Voyez en noie, ci-après, celle du Perroquet,.