ARTICLE DOUZIÈME
Aux Partis, surtout aux Libéraux (i).
J'ai répliquè'amplement aux détracteurs qui prétextent d'obscurité pour éviter la discussion. J'ai donné cinq sortes d'éclaircissements dans les 5 leçons, art. 9, 10, 1 1 , et dans les 2 analyses, art. 5 et 4. On peut dire, après cela , de celui qui ne comprendrait pas : c'est qu'il n'a pas youlu comprendre; il est delà cabale Ferry et Mongin.
Je pourrai, sur cette nouvelle science, donner des leçons comme on en donne sur toute autre. Il suffira de 8 à 10 séances, un demi-mois d'école, pour initier amplement et donner connaissance des matières non traitées, des ralliements d'amour, de la période Eden, des degrés transcendants en passions, des créations futures, et de la fausseté des créations actuelles; enfin, de la manière d'étudier l'Attraction.
Ceux qui inclineraient à prendre leçon , devront considérer que 5 ou 6 adeptes formés dans Paris, entraîneront tout, la France et l'Europe. C'est une étude bien adaptée au caractère français, en ce qu'elle assure les moyens de briller à peu de frais , pouvoir en une quinzaine d'études réfuter les 400,000 tomes de philosophie, et se trouver, dit Condillac, plus savant que ceux qui ont la tête meublée de ce fatras.
Examinons encore-une fois l'intérêt des partis. Redi-
(i) Les Editeurs rappellent encore que ce chapitre a été écrit en 1825.
sons d'abord au clergé et à ses héritiers , qu'ils ne seront pas indemnisés, puisqu'il n'y aura pas même suffisamment pour les émigrés favoris de cour. La seule voie de salut pour le clergé , est donc la prompte organisation de Fêtât sociétaire. Il en est de même de la famille royale qui, sans cela, ne serait point payée de ses 21 ans de liste civile. C'est aux officiers de la maison du roi à y veiller de près et accélérer l'épreuve.
Quant aux rentiers et militaires, ces derniers surtout, qui ont 5 milliards à répéter, ils doivent s'entremettre chaudement pour le prompt essai de l'Association. Ils doivent s'adresser directement au Roi, lui faire valoir le double avantage de recouvrer les 540 millions qui lui sont dus, et d'effectuer en très-peu de temps la plus brillante entreprise. La célérité flatte un homme avancé en âge.
Us doivent aussi solliciter le duc d'Orléans : son patrimoine a été si fortement réduit par la révolution, qu'il est intéressé à le tripler : d'ailleurs , à titre de prince, il devra être ému de la perspective d'un césarat pour lui et d'empires pour ses fils. A cela on répond : ce sont des rêves, des sornettes. Le véritable rêve, c'est la civilisation. Dès qu'elle sera finie, il faudra bien procéder à la division régulière du globe en 200 empires environ , et leur donner des chefs titulaires , puisqu'il en existe à peine une vingtaine (II, 577).
Dans les recommandations individuelles à l'Angleterre, on ne doit pas oublier la duperie des brigues électorales. J'ai lu que lord Castlereagh dépensa pour sa première élection 750,000 fr. Pareille somme avancée à gros intérêt et non pas dépensée, assurera à tout candidat le titre de fondateur de l'unité universelle, et pour prix un césarat, sceptre de 4 ou 5 empires (II, 377),
En tous pays , la ire. règle à suivre dans la recherche des candidats, est de s'attacher au caractère philanthropique. II n'est pas si rare qu'on le pense : mais l'essor en est impossible, d'après l'inutilité des aumônes et secours qui ne font qu'augmenter la masse des pauvres, et ne tournent guère qu'au profit des intrigants. Cette conviction oblige tout homme riche à se forger un cœur de fer, s'étourdir, dit Chamfort, sur les maux de l'humanité. Mais si l'on entrevoyait la possibilité de secourir efficacement la misère, d'y mettre subitement un terme» d'en prévenir à jamais le retour, on verrait beaucoup de gens se livrer à l'esprit philanthropique , dont la nature les a doués. Observons-en les signes.
Le philanthrope est l'homme qui sait reconnaître les souffrances du peuple, qui ne se fait pas illusion sur les privations de la multitude, et ne croit pas aux perfectibilités perfectibles de la civilisation. L'on trouve un bel indice de philanthropie dans le vœu de la poule au pot que Henri IV souhaitait à tous ses laboureurs. Il pensait donc que le laboureur est trop pauvre ; en ce cas, que sont les salariés ?
A l'idée de voir cesser subitement les privations du peuple et les misères humaines de toute espèce, par le facile essai de l'Association , Henri IV n'aurait pas manqué de s'écrier : « Ventre-saint- gris , si cela pouvait » réussir ! il faut essayer bien vite : je prête un de me& * domaines, Meudon ou Choisy. »
Sur la ligne du héros on peut ranger le chantre, et donner à Voltaire le titre de philanthrope, s'il est vrai qu'on l'ait surpris versant des larmes en secret sur les malheurs de l'humanité. Que ne travaillait-il à la sortir
du bourbier civilisé! Il avait bien assez de génie pour découvrir une des seize issues de civilisation.
Voltaire a peu laissé d'héritiers parmi les philosophes, ses disciples, qui aujourd'hui sont tous OBSCURANTS ni non pas EXPECTANTS (II, 120) comme lui. Je serais embarrassé de citer, parmi les écrivains français, un philanthrope réel : cependant on trouve des indices de ce caractère dans les principes du comte de Tracy (hs). Il confesse la réalité des misères du peuple ; bien différent de nos charlatans au vol sublime, qui ne voient partout que des perfectibilités perfectibles.
Je ne connaispas les écrits des auteurs actuels d'Angleterre, et j'ignore quel est leur caractère. Mais l'Angleterre a beaucoup de propriétaires philanthropes sur qui X)n peut jeter les yeux. Le feu duc de Bedford aurait d'emblée pris le rôle de fondateur de l'Association. A sa mort, je me suis dit : je perds mon second. Peut-être Théritier aura-t-il recueilli les nobles qualités et l'esprit philanthropique du défunt.
On trouve aussi le germe de ce caractère chez le duc deDevonshire. Dans son discours du 19 juin, il dit : Si le peuple goûtait quelques jouissances de la vie , on ne verrait nij'nsubordination , ni actes de violence. Le duc, dans ces expressions, se montre convaincu des privations énormes du peuple ; c'est là le cachet de philanthropie : on peut donc jeter les yeux sur ce seigneur pour le rôle de fondateur, chef de la compagnie d'actionnaires. Il y est d'ailleurs vivement intéressé par le besoin de rétablir l'ordre en Irlande, où il a d'immenses propriétés. (Voyez aussi les candidats de caractère, cités IV, 588, dont plusieurs Anglais.)
Toute philanthropie à part , il ne faudra que de la pru-
dence, un peu de sagesse, pour déterminer un pair ou député à faire la motion de retenue d'un 20°. sur les 156 millions de secours annuels aux indigents , et affectation de ce 20e. à la fondation sociétaire, qui doit extirper à jamais l'indigence : mais nous spéculons ici sur les caractères convenables pour celte proposition , ou pour le rôle de fondateurs et instigateurs.
Les banquiers sont également intéressés à la prompte fondation , sous le rapport du triplement de revenu et de» 500 p. 100 de bénéfice ( IÏI , 470) , et bien plus encore sous celui de la récompense , qui ne peut être moindre d'un césarat pour le fondateur en titre.
C'est surtout aux libéraux que s'adresse l'avis. Les bons simples se sont mis en si fausse position , qu'il leur serait impossible, sans l'Association, de sortir du trébuchet où ils sont engagés. Je vais leur dépeindre leur situation critique , le dénouement qui s'approche et que leurs journaux ont intérêt à cacher : c'est la contre-révolution.
Elle est faite, disent-ils. Non, vraiment; elle est eucore à faire tant que les émigrés ne sont pas indemnisés. Et d'où vient le retard? C'est qu'il manquait à la France une armée royaliste. On aurait pu craindre de nouveaux troubles et une 3e. intervention des étrangers : il a falla laisser EN SUSPENS la contre-révolution.
Aujourd'hui, Yoilà une armée royalisée, habituée à combattre au cri de vive le Roi, et à traquer les libéraux contre qui elle fait la guerre. Le moment de sa rentrée triomphante sera vraiment l'instant propice pour consommer l'œuvre. La Sainte-Alliance prendra l'initiative ; elle demandera qu'on fasse fin une bonne fois des intrigues démagogiques et qu'on extirpe radicalement le mal.
On procédera d'abord à l'épuration générale. Un journal a dit que les libéraux avaient les 7/8 des places autres que mairies : cela est exagéré ; mais leur parti en conserve la franche moitié. On l'éliminera en plein et Ton exilera les chefs en surveillance dans de petites villes, tel à Quimper-Corentin, tel à Brives-la-Gaillarde.
Ensuite, pour indemniser les émigrés, devra-t-on créer 30 millions de rente , qui à 86 donneraient 530 millions, dont 50 en élrenne pour l'armée? Ce serait charger l'agriculture : on préférera établir un emprunt forcé , sans intérêt, sur les libéraux et les acquéreurs primitifs de biens nationaux ou leurs héritiers ; on les remboursera successivement avec les rentes que rachètera la caisse d'amortissement.
La mesure n'aura rien d'oppressif : le parti des émigrés pourra dire aux libéraux : « Nous usons d'extrême clémence; nous ne nous vengeons pas selon la règle vœ victis : vous avez battu monnaie sur la place de la Révolution en faisant tomber nos têtes et confisquant nos biens; nous vous laissons et la Yie et vos fortunes ; c'est bien indulgent. >
Tel est le dénouement qui s'apprête pour les libéraux, et que leur cachent les journaux du parti : ils font bonne contenance et dissimulent. S'ils avaient l'air de trembler et voir l'avenir en couleurs sombres, ils perdraient moitié de leurs abonnés. Chacun se dirait : isolons-nous de ce parti et prenons un journal royaliste , une allure qui nous mette à couvert. Voilà ce que craignent les journaux libéraux; mais tout en feignant de l'assurance, ils voient bien s'approcher l'orage.
Le moyen de le conjurer est trouvé : c'est la prompte fondation de l'ordre sociétaire. Les libéraux y sont forcés
pour se mettre à l'abri : ils n'ont pas un instant à perdre; ils doivent prendre l'initiative de l'opération , afin de pouvoir dire aux royalistes : c'est nous qui vous remboursons ; vous , émigrés, vous n'auriez pas pu obtenir plus de 500 millions, qui encore n'auraient passé qu'aux favoris de cour.
L'Association va vous rembourser intégralement de 2 milliards ( Argument). Vous, clergé et famille royale, vous n'auriez pas eu une obole; vous allez par l'Association être indemnisés de toutes vos créances (note W). Mais la même voie assure le remboursement de notre parti, et surtout des militaires et des ex-dotés, qui n'auraient rien eu des 5 milliards qui leur sont dus.
En considérant que les libéraux peuvent faire ce coup de partie subitement, et qu'ils y gagneront encore uncôsarat pour le cbef, des empires pour les sous-chefs, des califats, royaumes et principautés pour les moindres, quel est leur intérêt à prendre bien vite l'initiative de l'Association , avant la rentrée de l'armée , et échapper au triste avenir qui les attend ! Si la civilisation se prolonge , quelles en seront les suites pour le parti libéral ?
D'abord , la perte des Grecs : ils seront accablés par le nombre , du moment où la Turquie , transigeant avec la Perse, pourra employer contre eux toutes ses forces. D'ailleurs, ils n'ont point de grands vaisseaux. Le parti libéral les a exposés à la haine de la Sainte-Alliance, en les peignant comme démocrates : il n'en est rien; Robelina mène à coups de fouet le peuple souverain d'Argos. Y eut-il jamais démocratie là où le clergé est à la tête du gouvernement? Les chefs grecs sont des oligarques tels que les Bernois ; et le parti libéral, en les peignant comme ses échos, imite l'ours qui casse la tête à son ami.
Autre disgrâce, la chute prochaine des républiques espagnoles d'Amérique. L'Espagne une fois pacifiée, aura foule de bras oisifs, guérillas des deux partis : on enrôlera le tout pour aller soumettre les insurgés d'outre-mer. La France prêtera ses flottes pour le transport, et on aura ûon compte de ces avortons qui ne savent rien finir , et qui ont laissé Davila au Mexique , Morales à Caraque , Sanchez au Chili, La Serna au Pérou, sans savoir les réduire depuis 3 ans.
L'armée espagnole trouvera donc, à son débarquement, tous les moyens de succès. Ainsi finira bientôt la démocratie en tout pays, pour n'avoir pas su défendre son boulevard qui était l'Espagne , et avoir cru que les dicours d'Arguellès étaient suffisants contre des armées.
Le parti libéral est un parti rouillé qui n'a plus rien de son ancienne tactique ; et le peuple a bien raison de dire : les blancs sont devenus plus ruses que les rouges , quand on voit ces imbécilles Cortès ne savoir pas se défendre avec 11 millions d'hommes aguerris : quand on voit d'autre part les Grecs, n'ayant pas le quart de ce nombre, organiser des armées de terre et de mer, et détruire successivement 20 armées turques, on est bien fondé à dire que les libéraux ne sont plus des hommes ; c'est un parti perdu par le bavardage et la manie des discours. Les Cortès ont eu 9 mois, depuis le 7 juillet 1822 , pour se préparer à la guerre. Mais comme le leur dit la Quotidienne, il eût fallu agir au lieu de parler, et prendre , au lieu de demi-mesures , des mesures et demie. *Is pouvaient au début enlever 400 vaisseaux à la France ; ils se sont laissé pincer leurs galions. Quand ces stupides personnages seront pendus, ils pourront se vanter de l'avoir bien mérité.
Je n'ai remarqué dans leur compagnie qu'un député de bon sens , un nommé Septeim , qui leur dit en séance : Voilà de beaux discours, mais c'est peu de chose. Il faudrait une armée effective et non pas une armée levée sur le papier. On étouffa sa voix : qu'avait-on à craindre? Arguellès et Galiano étaient réunis, l'univers était vaincu;*
Autres bavards en Portugal : un Moura qui vient dire aux Corlès : « Armons-nous, citoyens, pour le soutien » de la constitution : me voilà avec un uniforme tout * neuf pour faire trembler les tyrans. » Hé! barbouillon de tribune, ce n'est pas aux députés, c'est aux soldats qu'il eût fallu faire des uniformes ; l'armée de Riégo n'avait point de souliers en marchant sur Bragance : que faisaient donc les Cortès de leurs finances ? Elles pillaient tout et laissaient le soldat à demi-nu. II les a mises à la porte, comme elles le méritaient parleurs demi-mesures.
Cette caducité politique, cette foi aux verbiages, a gagné tous les libéraux de France. Quelquefois j'ai dit à ceux que je connaissais : vos Cortès vont le train de se faire pendre sous peu ; elles n'amènent point aux Pyrénées un contre-«ordon; elles laissent former des Vendées qui prennent des mesures et demie, enlevant argent, hommes, chevaux et munitions. A cela les libéraux répondaient : Arguellès a fait un discours superbe, qui a duré deux
heures Belle drogue pour arrêter les armées, qu'un
discours de deux aunes de long.
Une preuve de la rouille du parti libéral , c'est qu'il ne sait en aucun cas exercer une sage opposition; il ne fait que harceler et contrarier le gouvernement , sans indiquer aucune mesure judicieuse. On peut en juger par la note Z, sur l'opposition composée. 11 est d'ailleurs perdu par le fait, car le plus notable de ses députés n'a eu der-
nièrement que 7 voix dans le collège du Calvados. Les libéraux sont morts et enterrés ; il est force à eux de changer de bannière ; bien heureux sont-ils qu'il se présente une voie de fortune pour eux.
Ils doivent se défier des philosophes , vrais l'Abisbals du monde savant, qui trahissent le parti libéral, et par suite tous les autres. Us cachent aux libéraux l'imminence de contre-révolution ; ils leur inspirent une sécurité trompeuse dont ils seront bientôt dupes : ils abusent les autres partis en leur cachant la découverte qui serait voie de salut pour tous. Quant au peuple, ils l'ont trahi de tout temps , en lui concédant des droits dérisoires de souveraineté, et lui déniant son droit réel , celui du minimum, qu'ils n'ont pas voulu reconnaître , de peur qu'on ne les astreignît à l'invention de la théorie d' Attraction industrielle, sans laquelle il ne peut exister de minimum.
Us ne repaissent les peuples que d'illusions mercantiles, propres à favoriser le trafic de livres : telle est la prétention d'instruire le bas peuple, en former une populace d'ergoteurs politiques. Voyez le peuple suisse, qui est le plus instruit du continent : il n'est pas moins réduit, par sa pauvreté, à se vendre à toutes les nations. Il n'y a donc de bonheur pour le peuple que dans la richesse et 3e minimum , c'est-à-dire dans l'état sociétaire dont un comité s'efforce de cacher la découverte.
Mais le parti libéral, placé dans une situation trèscritique, doit reconnaître qu'il est trahi par ces sophistes, sacrifiant tout à la vente de leurs livres. Les libéraux doivent donc quitter une position qui n'est plus tenable, imiter le prudent saint Augustin qui, voyant le paganisme chanceler , sut à temps choisir une meilleure bannière.
Il faut que les libéraux prennent sans délai l'initiative
de fondation sociétaire : qu'ils forment la compagnie ; qu'ils y entremettent quelques banquiers de Paris. La seule chance d'un bénéfice de 500 pour 100 serait déjà suffisamment digne de l'attention des banquiers : voici , au surplus , les mesures à prendre :
Nommer trois examinateurs n'ayant pas d'ouvrages sophistiques ]à 'soutenir ; choisir des hommes modestes, point ergoteurs, qui consentent à étudier la nouvelle science y au lieu de vouloir m' enseigner leur civilisation perfectibilisée. Je sais par gens qui ont très-bien compris ma théorie, que le seul obstacle est celui des préjugés philosophiques dont chacun est imbu , préjugés que je dissipe dès la première leçon.
Ces trois commissaires, après avoir fait une lecture du Traité, devront prendre un demi-mois, dix leçons de l'auteur ) afin de s'initier à une foule de détails qui, tenant aux tomes 5 à 9 , n'ont pas pu trouver place dans les quatre premiers. Au bout de quelques leçons ils seront tout à fait dégagés de préventions philosophiques, et raisonneront sur le mécanisme des passions aussi exactement que l'inventeur. C'est une science dont l'étude est aussi courte que celle des autres sciences est longue et pénible*
Alors ils feront leur rapport aux collègues , et ce rapport sera nécessairement conforme au considérant du jury (41), et notamment au dernier article sur le pis-aller et le bénéfice double, en cas de faible attraction (84), et recours à la voie de sujétion.
Dès ce moment ils devront se munir d'un journal qui ajoutera à son titre celui\de V Association, et y consacrera une partie de ses colonnes , comme fait le Journal du commerce. Celui qui traitera de l'Association sera bien-* tôt le mieux pourvu d'abonnés.
Ensuite, former une société spéciale ; publier sur ma Théorie un abrégé adapté au goût parisien ; mettre au concours l'invention d'un meilleur procédé sociétaire , ou la correction du mien en son mode simple (IV, 580), et en son mode mixte ou engagiste (84).
Immédiatement après, on ouvrira la souscription, à laquelle on tâchera d'intéresser le Roi, ce que j'estime très-facile. Ensuite on fera choix d'un local autour de Paris, lieu éminemment convenable pour l'épreuve sociétaire (IV, 580), notamment sous le rapport de l'énorme bénéfice à percevoir sur les curieux (III, 470).
On se mettra en mesure d'opérer en plein dès le 15 avril, et pouvoir porter les séries au moins à 60. i7 sera bien de faire entrer en exercice dès le mois de mars une portion de la classe inférieure , qu'on organisera en régime demi-civilisé. (Voyez IV, 581, 582.)
Si la découverte du calcul sociétaire eût été connue par voie de journaux et fût parvenue aux Grecs, ils n'auraient pas manqué de la mettre à exécution dès cet été 1823. Ladite épreuve aurait en Grèce le même résultat que partout, envahir subitement le globe entier. Les Grecs ne négligeraient pas un instant un moyen si assuré d'échapper à leurs bourreaux, en changeant l'état du monde social. Quelle calamité qu'il faille prolonger les malheurs du genre humain , pour complaire au comité philosophique , ennemi de toute invention utile !
NOTE Z. Sur l'Opposition simple et fausse. L'opposition simple se borne à signaler un tort ou décrier une mesure vicieuse. En opposition compose'e , Ton indique le bien a faire. Jamais l'opposition française ne s'élève a ce rôle; j'en vais citer trois preuves , du grand au petit.
1°. Grandes choses. Je choisis la guerre d'Espagne. Aucun âes partis opposants n'a songé à traiter sur ce sujet la question de l'indemnité à exiger en cas de guerre. Cependant il était aisé de prévoir que la France ne pourrait pas résister aux instances de la Sainte-Alliance, ni au besoin de former, par une guerre, le moral de sa nouvelle armée.
En spéculant sur ces deux probabilités de guerre , l'opposition aurait du , avant le congrès de Vérone, observer que la guerre était , non pour le compte de la France , mais pour celui de la Sainte- Alliance qui devait les 4/5 des frais; savoir :
Russie 1/5 , Autriche 1/5 , Prusse et corps germanique 1/5 , Pays-Bas et Italie 1/5.
J'excepte l'Angleterre , puisqu'elle s'est isolée formellement de cette entreprise que les autres alliés ont vivement stimulée. Il fallait manœuvrer de manière à ce que la Sainte-Alliance se constituât demanderesse, et par conséquent débitrice des 4/5 des frais et des autres indemnités. A ne compter que les frais éventuels pour deux ans , 400 millions , il fallait qu'on versât 520 millions à la France , et qu'on lui donnât de plus une indemnité en territoire, selon l'usage établi par la Sainte-Alliance qui s'est payée en argent et territoire dans les deux restaurations. Faire la guerre à ses dépens , c'est déjà un métier de dupe : la sottise est bien pire quand on fait la guerre a ses dépens pour compte d'autruî.
La France a été plus heureuse que sage. Personne n'aurait pu prévoir l'extrême imbécillité des Cortès qui n'ont pas su lever une armée , et n'ont mis en ligne de bataille que les discours d'Arguellès et Galiano. Le général Mina, qu'on essaie de railler, a fait voir, avec une poignée de miquelets , ce qu'aurait pu l'Espagne si elle eût été gouvernée par des hommes et non par des aboyeurs.
En tablant sur ces dangers , la France devait faire stipuler à Vérone , outre le remboursement des 4/5 de frais , une indemnité en territoire ; la restitution des cinq places du nord , enlevées en 1815 ; plus, la cession de la Savoie et Nice , en échange de Corse, Lucques, etc. Le roi de Sardaigne est de plus indemnisé par la possession de l'état de Gênes : l'opulente ville de Gênes lui rend plus de contributions, a elle seule, que la Savoie entière.
Voila ce qu'aurait dû représenter une opposition judicieuse :
mais la nôtre n'est qu'un système de contrariété simple , s'atta - «hant à contrecarrer chaque ope'ration du cabinet , sans indiquer de modifications e'ventuelles pour les divers cas. Elle est tout en mégatif , rien en positif.
2°. Moyennes choses. Une affaire récente , sur laquelle on a pu voir le vice de l'opposition simple , c'est la démolition de l'ope'ra de Paris. Les opposants n'ont su indiquer aucune mesure composée. Sans doute il fallait, pour la vindicte publique , changer l'emploi de l'édifice , mais non pas s'en prendre aux pierres. Selon ce principe , il faudrait donc démolir les Tuileries , en expiation du crime du 10 août qui en arracha Louis XVI , Marie- Antoinette et Elisabeth, pour les conduire à l'échafaud. Il faudrait aussi murer la place Louis XV oïi s'est consommé le crime. Telle serait la conséquence du principe jacobite, se venger sur les pierres.
On eut du démolir seulement l'intérieur de l'opéra , la cage de théâtre , mais non pas la cage d'édifice , qu'on pouvait vendre au moins un million , dont on eut affecté le montant a un monument au prince, un boulevard de Berri , a former en continuation de celui du Mont-Parnasse, par la rue de la Bourbe , jusqu'à la nouvelle plantation des Capucins; de Ta on aurait joint par un cours de 12 toises les deux dômes de Ste. -Geneviève et «lu Val-de-Grâce. Ensuite on aurait , avec le temps , prolongé le boulevard par la rue des Bourguignons, pour gagner le marché aux chevaux. C'eût été un ornement très-utile pour le quartier pauvre de Paris.
Tel est le plan qu'aurait pu produire une opposition composée, joignant l'indication du bien à la critique du mal. Mais on ne voit d'un côté que des harceleurs ou opposants simples , et d'autre part des énergumènes. Pourquoi leur zèle ne s'étend-il pas à toutes les victimes de la famille royale! Comment se fait-il que ia malheureuse Elisabeth , si digne d'affection et de souvenir , n'ait pas un bronze dans Paris, pas une ode à sa louange? On peut la recommander à M. Victor Hugo, auteur d'une belle <câiiîaie sur Louis XVII : sa touche large et pindarique sera digne «ï» sujet.
9t\ Petites choses. Je citerai le cadeau fait à quelques né-
gociantsde Cadix, de 200 ,000 fr. qu'ils devaient de franc jeu pour prime d'un transport de piastres. Notre opposition, qui veut flatter le commerce , n'a pas osé dire au gouvernement que le négociant se moque de celui qui travaille pour la gloire et ne sait pas se faire payer ; et que les 200,000 fr. étant très-bien acquis au gouvernement , s'il voulait en faire dans Cadix un emploi politique à la veille de la guerre, il fallait les distribuer aux familles victimes de la trahison de Freyre et Capacete , qui , avec des fanfares , assemblèrent une masse de badauds , et en firent fusiller 600 indistinctement. Les 200,000 fr. donnes a leurs pauvres familles , auraient dispose' dans Cadix tout le peuple en faveur des Français. La France, en donnant cette somme à de riches négociants , a apprête a rire aux négociants mêmes , et manque' la conquête du peuple.
Au reste, comment l'opposition politique serait-elle judicieuse, dans un pays qui n'a jamais eu de justesse dans les plus petits détails mate'riels? Par exemple, sur l'emploi des couleurs. On sait que les régiments tiennent à être différencies : prenez les 52 couleurs de 5e. degré , blanc et noir non compris. Sur les 32 supprimez-en 7 , les plus voisines de celle de l'habit ; reste 24 couleurs qui , distribuées 2 par 2 , une alliée a 12 , donneront déjà 288 distinctions très-saillantes par collet et parements contrastés. Or, on n'a jamais 288 régiments de même arme. Il n'est donc rien de si aisé que de différencier les régiments comme ils le désirent. Mais la France,, qui change leurs uniformes à chaque mutation de ministère, ne saurait pas , en 1,000 ans , y mettre de la régularité.
Qu'elle sache au moins , dans des affaires plus majeures , sauver ses intérêts et spéculer une fois en mode composé , ne pas se laisser leurrer par quelques fumées de gloriole , comme à l'époque du traité d'Aix-la-Chapelle , ou l'on persuada à Louis XV qu'il agirait en marchand s'il gardait la Belgique. En lui faisant peur du titre de marchand, on la lui fît abandonner sans indemnité, et le comte de Saint-Séve'rin déclara que son maître ne voulait pas faire la paix en marchand , mais tout rendre. C'était le corbeau qui laissait tomber son fromage, et je pense que Sainl-Se've'rin était bien payé par les étrangers pour se prêter à cette momerie.
Il est bon de rappeler ces éternelles duperies de la France,
aujourd'hui qu'une guerre entarae'e coûte beaucoup de frais. La France, vache a lait de l'Europe, devrait enfin sortir de ce rôle. D'ailleurs, si la Sainte- Alliance est, comme j'aime a le croire, aussi magnanime qu'on nous la dépeint , elle ne pourra méconnaître le principe qu'elle a deux fois pratiqué a nos dépens , Vindemnite composée, perçue en argent et territoire.
La France devra donc garder en séquestre la limite de l'Èbre, jusqu'à ce qu'on lui ait livré en indemnité une somme de 500 millions au moins ; plus , la Savoie et Nice en échange de Corse et Lucques, et les cinq villes de Landau, Saarbruck, Saarlouis, Philippeville et Marienbourg. Elle devra conserver en outre la limite naturelle des Pyrénées, c'est-à-dire les vallées de Haute- Garonne Aran, et de Bidasse Bastan, avec les bourgs de St.- Étienne, Irun et Fontarabie ; la limite placée aux versants, aux crêtes d'Aiguisbel et des Trois-Couronnes qui vont , en arrière de Goyzneta, rejoindre la grande chaîne. Il n'est dans toutes les Pyrénées qu'un seul point qui doive rester en indivis ; c'est le bassin des trois sources de l'Irati, jusqu'à l'issue de la forêt. Partout ailleurs , et de même en Cerdagne , la limite doit être placée rigoureusement aux versants.