LE DESSOUS DE CARTES
« Pluton sort de son trône . il pâlit , il s'écrie ; » Il a peur que Neptune , en cet affreux séjour , » D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour. »
Voila bien le comité philosophique : il s'alarme , il s'agite à Vidée de voir descendre la lumière qu espère Socrate et qu invoque Voltaire.
Un journal qui n'avait pas le mot d'ordre du comité , parce que je ne lui avais fait remise que trois mois après les autres, le Miroir , fit innocemment en mars une annonce très-superficielle {voyez 104) démon ouvrage : puis , trois jours après, reconnaissant qu'il en avait jugé trop légèrement, il avertit qu'il en traitera plus amplement , et dit: « Le Traité de V Association et de V Attraction industrielle » est Vun des plus singuliers , des plus nouveaux , des » plus féconds, des plus bizarres, des plus vastes sujets » que V intelligence humaine se soit plu à bâtir sur des » bases tantôt d'imagination, tantôt scientifiques et posi- » tiv es. »
Le Miroir agissait de franc jeu , même dans son erreur , sur les bases qu'il croyait être d'imagination. Aussitôt il fut admonesté par le comité, et n'osa plus donner V analyse annoncée : il tourna casaque et mit en scène le zoïle Mongin (101).
Cela ne suffisait pas au comité ; il fallait , par voie d'un autre journal , étouffer Vidée de lecture et d'examen que celui-ci avait pu faire naître. On fit choix de la Revue Encyclopédique. On y inséra (mai 1823) un article trèsinsidieux, signé FÉrry, dans lequel on déclare cet OU" vrage obscur; on s%efforce de le travestir, en me présentant non comme inventeur , mais comme littérateur ignorant sur la physique et Vhistoire romaine. 700 pages de détails sur la méthode sociétaire des séries passionnelles ne sem-
23î LE COMITÉ DIRECTEUR.
blent pas à M. Ferry dignes d'attention: il n'en dit mot , et ne voit que Caton et le mont Hœmus !!!
Le bon apôtre en a bien tout compris ; mais il a vu dès T avant-propos , dès Vintroduction , que si ma théorie d'industrie sociétaire est juste et praticable, les 400,000 tomes qui vantent V industrie morcelée ou civilisation, sont anéantis , et que si cette théorie était connue , la philosophie serait convaincue d'impéritie ou de trahison. Il crie à V obscurité t parce qu'il craint que le public , en lisant <se livre , ne voie trop clair dans les menées des faux savants.
Est-ce par effet du hasard que la Revue Encyclopédique, €& la même page , à V article \vart qui suit le mien , défiance les zoïles en disant: « 77 existe une ligue conserva- «> trice des routines, ennemie déclarée des vérités nouvelles. » C'est de cette ligue que Vinoculation et la vaccine ont * triomphé si difficilement: ce fut elle qui emprisonna Gali- « lée, défendit de croire aux antipodes, etc. Sa résistance se » fait sentir partout où quelque chose d'utile est entrepris: w la ligue n'élève sa voix qu'en faveur de l'ignorance et des » préjugés. » (N'a-t-elle pas proscrit la pomme de terre, qui a son apparition fut , comme le café , mise au rang des poisons , dïffame'e comme la -vaccine ?)
N'est-ce point une ruse de la part de la Revue , que de dénoncer ainsi le vandalisme du comité directeur dont elle vient de se faire l'organe 9 En parlant de moi elle suit les trois règles de la critique arbitraire ( voyez-les , 44 , en tableau ) ; puis à l'article suivant {traité de M. Yvart sur les jachères) , elle suit les trois règles de la saine critique (44) ; elle venge M. Yvart des préventions , envisage ies faits, raisonne sur le fond , gourmande ceux qui ne -voient que les formes, que l'homme, et non les choses.
La Revue a donc deux poids et deux mesures ! et c'est à moi qu'elle fait l'application du faux poids : merci de la préférence. Elle avait pris des engagements tout autres , lorsqu'elle vit s'élever en mars un redoutable concurrent, le Bulletin universel : alors elle déclara qu'elle annoncerait très-exactement les découvertes. Pour mon compte , je suis
fondé à dire que lorsqu'on nest pas de ses protèges , elle s'efforce de les travestir et les cacher, au lieu de les annoncer. Je suis persuadé que la majorité de ses collaborateurs n adhère point à cette méchanceté , à ce vandalisme , et je pense aussi que V estimable directeur du journal s'y est prêté avec peine; mais le comité philosophique a tant de moyens de forcer la main aux journalistes !
Analysons cet article de M. Ferry , où? ai dès les premières lignes reconnu le comité qui se croit bien masqué. Il dit n'avoir pas pu comprendre mes signes : on n'en a aucun besoin; je les ai placés pour servir quand la théorie des signes aura été donnée dans les tomes suivants. Et par exemple ici, aux articles Préambule et Conclusions , qu'importe que ces deux mots soient précédés des signes ^1 et K ? Cela n'altère aucunement le sens des titres.
Quant aux mots nouveaux , des femmes qui ne savent ni grec ni latin les ont compris; et des savants prétendront qu'ils sont arrêtés par quelques mots composés , comme gastrosophie ou sagesse de la gourmandise, mot formé de gastronomie et philosophie ! S'il existait réellement dans mon livre des difficultés de nomenclature , j aurais donné un vocabulaire. Voyez à ce sujet le commentaire placé à V avant-propos (I, 99) , et ici le paragraphe (84).
M. Ferry nous apprend qu'il y a deux Caton , comme si on Vignorait : mais n'y a-t-il pas aussi deux Brulus, deux Corneille, deux Bacon? Et pourtant on dit Brutus tout court, sans distinction, Corneille tout court : j'ai suivi Vus âge. S'il tient si fort aux distinctions, pourquoi les nèglige-t-il enparlant du mont ITœmus9 II ignore donc que toute chaîne faisant face au nord a deux températures; et qu'aux Alpes , les vallées de Lombardie offrent un climat fort différent de celui des vallées de Suisse : il en est ainsi du mont Hœmus. Mais M. Ferry ne voulait que ravaler ma théorie des climatures composées ( II, 84) , la donner pour obscure. Un autre journaliste , celui du Miroir, a trouvé cette théorie fort juste: d'où M. Ferry peut conclure qu'on n'est pas admissible à décréditer un livre sous prétexte qiion ne l'a
pas compris : les zoîles auraient trop beau jeu si cette rai' son était recevable.
Mais à quoi bon ses balivernes sur Caton et le mont Hœmus, dans un article où il s'agissait de rendre compte du régime sociétaire distribué par sérias contrastées? au moins de l'annoncer, s'il ne le comprenait pas? Quoi! dans un moment où les Anglais font des efforts pénibles , affectent des villages entiers à des recherches sur unprocédé sociétaire f la Revue Encyclopédique, au lieu de leur en faire savoir la découverte , s'entremet pour la leur cacher/ Les Anglais seront bien servis, s'ils n'ont d'autre voie que la Revue pour être informés des découvertes qui se font en France , et dont ils ont souvent tiré parti les premiers , comme ils feront de celle-ci, en dépit de quelques perroquets (*) scientifiques , âmes damnées du comité et débitant la leçon qu'il leur a soufflée.
(*) Les Perroquets, par addition à la Note ^. J'explique ici l'analogie du perroquet, emblème des faux savants, des gens habiles à manier la parole, et en abuser en discours et en écrits. Tout est magnifique dans leur plumage littéraire. On n'y trouve que perfectibilités perfectibles, vertus civiques , amour du commerce, balance, contre-poids , garantie, équilibre , et bonheur suprême assuré au peuple si l'on veut mettre les philosophes à la tête du gouvernement. La nature a dû donner un superbe plumage à l'oiseau emblématique de ces hâbleurs ; il étonne, comme nos sophistes, par son habileté à manier la parole; mais c'est l 'oiseau le plus perfide par ses morsures.
Comme il n'y a qu'astuce et pièges dans leurs discours, la nature en dépeint la fausseté dans certains perroquets , par la double couleur du bec montrant une mandibule blanche, symbole de la pureté qu'affectent ces beaux parleurs. Le bec présente un énorme crochet, image de la rapacité de tous ces êtres à parole fleurie , démagogues , gens de loi , sophistes, etc., gens qui par le verbiage s'accrochent à tout, comme le perroquet par son bec.
Leur éloquence ne tend qu'à la rapine; elle ne couvre que pièges et noirceurs, figurés par la langue noire du perroquet. Il est inutile et immageable, en symbole de l'inutilité de leur bel esprit. Il est bateleur comme eux , habile à faire cent minauderies et se retourner en tout sens; image des caméléons littéraires, il harasse, il étourdit par son