ÉPILOGUE. 28'f
Politique. Rome et Byzance, autrefois Capitales du plus grand Empire, sont devenues deux métropoles de ridicules ; au Capitole, les temples des Césars sont envahis par les dieux de l'obscure Judée; au Bosphore, les basiliques de la chrétienté sont souillées par les dieux de l'ignorance. Ici Jésus s'élève sur le piédestal de Jupiter, là Mahomet se place à l'autel de Jésus. Rome et Byzance, la Nature vous conserva pour vous dévouer au mépris des Nations que vous aviez enchaînées ; vous êtes devenues deux arènes de mascarades politiques, deux boîtes de Pandore qui ont répandu à l'Orient le vandalisme et la peste, à l'Occident la superstition et ses fureurs ! La Nature insulte par votre avilissement au grand Empire qu'elle a détruit ; vous êtes deux momies conservées pour orner son char de triomphe et pour donner aux capitales modernes un avant-goût du sort préparé aux monuments et aux travaux de la Civilisation!
Il semble que la Nature se plaise à élever cette odieuse Société pour le plaisir de l'abattre, pour lui prouver, par une chute cent fois réitérée, l'absurdité des sciences qui la dirigent. Image du criminel Sisyphe qui gravit vers un rocher et qui retombe au moment d'y atteindre, la Civilisation semble condamnée à gravir vers le bien-être idéal, et retomber dès qu'elle entrevoit le terme de ses maux. Les réformes les plus sagement méditées n'aboutissent qu'à verser des flots de sang. Cependant les siècles s'écoulent, et les Peuples gémissent dans les tourments, en attendant que de nouvelles Révolutions replongent dans le néant nos Empires chancelants , et destinés à s'entre-détruire tant qu'ils se confieront à la Philosophie, à une science ennemie de la Politique unitaire, à une science qui n'est qu'un masque d'intrigue, et ne sert qu'à attiser les ferments de révolution à mesure que le temps les fait éclore.
A la honte de nos lumières, on voit se multiplier chaque jour les germes de désorganisation qui menacent nos frêles Sociétés, Hier, des querelles scolastiques sur 'l'égalité renversaient les trônes, les autels et les lois de la propriété : l'Europe marchait à la Barbarie ; demain la Nature inventera contre nous d'autres armes, et la Civilisation mise à de nouvelles épreuves succombera encore. On la voit friser la mort à chaque siècle : elle était à l'agonie quand les Turcs assiégeaient Vienne, elle eût été perdue si les Turcs eussent adopté la tactique européenne. De nos jours elle a été à deux doigts de sa ruine : la guerre de la Révolution pouvait
amener l'envahissement et le démembrement de la France; après quoi l'Autriche et la Russie se seraient partagé l'Europe ; et dans leurs débats postérieurs, la Russie (qui a des moyens inconnus de tout le monde et d'elle-même) aurait pu écraser l'Autriche et la Civilisation. Le sort de cette criminelle Société est de briller pendant quelques siècles pour s'éclipser bientôt , de renaître pour tomber encore. Si l'Ordre civilisé pouvait faire le bonheur des humains, Dieu s'intéresserait à sa conservation, il aurait pris des mesures pour l'asseoir inébranlablement. Pourquoi donc permet-il que vos Sociétés, après avoir duré quelques instants, soient ensevelies dans les Révolutions? C'est pour confondre vos savants qui fondent les théories sociales sur leur caprice, tandis que Dieu, moins orgueilleux que les philosophes, ne règle point sur sa seule volonté les lois de l'univers, et se concilie dans toutes ses œuvres avec l'arbitre éternel de la justice, avec les Mathématiques dont la véracité est indépendante de lui, et dont pourtant il suit rigoureusement les lois.
Cessez donc de vous étonner si vos Sociétés se détruisent entre elles, et n'espérez rien de stable sous des lois qui viendront de l'homme seul , sous des sciences ennemies de l'esprit divin qui tend à établir l'Unité sur le Globe comme au Firmament. Un monde privé de Chef unitaire, de Gouvernement central, ne ressemble-t-il pas à un univers qui n'aurait point de Dieu pour le diriger, où les astres graviteraient sans ordre fixe, et s'entre-choqueraient à perpétuité, comme vos Nations diverses qui ne présentent aux yeux du Sage qu'une arène de bêtes féroces acharnées à se déchirer, à détruire mutuellement leur ouvrage ?
Quand vous vous êtes apitoyés sur la chute successive de vos Sociétés, vous ignoriez qu'elles fussent opposées aux vues de Dieu ; aujourd'hui que la découverte de ses Plans vous est annoncée, n'êtes-vous pas dès ce moment désabusés sur l'excellence de la Civilisation? ne reconnaissez- vous pas qu'elle a usé la patience humaine, qu'il faut un nouvel Ordre Social pour nous conduire au bonheur; qu'il faut, pour se rallier aux vues de Dieu, chercher un Ordre Social applicable à la Terre entière, et non pas à un coin de terre qu'occupent les Civilisés ; qu'il faut enfin étudier les
TICES SOCIAUX DU GENRE HUMAIN, ET NON PAS CEUX DE LA CIVILI- SATION, QUI N'EST qu'une PARCELLE DU GENRE HUMAIN ?
Posons sur cette base la thèse de l'infirmité politique du globe.