‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 91 sur 201 · VI DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

VI DU LIBRE ARBITRE

condamne la Société civilisée au rôle de servitude permanente , quelque forme qu'elle puisse donner à ses codes et institutions, en pays populeux, l'exception ne portant que sur pays neufs.

L'asservissement du Civilisé, même dans les républiques où il est souvent bien plus esclave que sous un roi, témoin les oligarchies de Venise, Berne etFribourg; cet asservissement, dis-je, est si bien constaté que toute preuve à cet égard serait superflue; mais il reste à l'orgueil quelque retranchement où il fait résistance, et à défaut de libertés politiques et matérielles, il se targue de quelques libertés spirituelles et notamment du Libre Arbitre , que chacun s'accorde à admettre , pour obvier aux croyances de prédestination et de fatalisme qui , faisant de l'homme un automate, élèvent le crime au niveau de la vertu. Je ne prétends pas traiter ces abstruses questions, mais seulement la partie qui est relative à TAttraction.

Lorsque le roi Louis XVI , bloqué aux Tuileries par les conventionnels, était obligé de signer tous les décrets qu'on lui proposait, une gravure le représenta enfermé dans une prison et passant sa main à travers les barreaux pour écrire : Je suis libre.

Telle est l'indépendance dont nous jouissons en Civilisation sur l'exercice de nos passions : nous sommes libres de souffrir, mais non pas libres de nous plaindre. L'animal a, non-seulement le droit de jouir sans qu'on lui intente un procès de larcin ou d'adultère, mais il a le droit de se plaindre si on l'empêche de jouir. Un chien renfermé a le droit de hurler dans sa cage; un conscrit n'a pas le même privilège , et il faut qu'arraché par les sbires à sa famille et a ses habitudes, il s'écrie comme Louis XVI : Je

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