DU LIBRE ARBITRE. TII
suis libre : je me pâme d'amour pour la personne sacrée de Bonaparte; je jouis de mon libre arbitre, etc., etc.
Tels sont les arrêts de la philosophie et de la théologie $ on ne les amènera pas à confesser que le Civilisé soit un vil esclave , bafoué dans ses vertus malheureuses , exalté dans ses crimes heureux : c'est, disent-elles, un être qui a le libre arbitre d'opter entre le bien et le mal. Entretemps, on prend de bonnes mesures pour qu'il n'hésite pas sur l'option.
S'il est une question à laquelle on doive appliquer le précepte de Bacon, € refaire l'entendement humain et ou- » blier tout ce que Ton a appris , » c'est bien celle du Libre Arbitre. 11 faut toute l'effronterie de nos sophistes pour prétendre que l'homme est libre d'opter entre le bien et le mal quand on lui persuade que, s'il opte pour ce qu'on appelle mal , il sera torturé en ce monde par les bourreaux ou sicaires de la philosophie ; en l'autre monde par les démons ou sicaires de la théologie. L'animal même, quoique dépourvu de raison, n'oserait pas en pareille chance opter pour le prétendu mal.
Placez un chien affamé près d'un pâté, son premier soin sera de commettre le mal , voler et manger l'objet convoité; mais faites-lui voir le fouet suspendu sur sa tête, le pauvre animal s'éloignera et semblera vous dire : Si j'étais libre, je mangerais le pâle , mais tu me rouerais de coups 5 j'aime mieux souffrir la faim.
Tel est le Libre Arbitre dont jouit l'homme civilisé et barbare : il est libre d'opter pour le plus ou le moins de privations et de supplices, et non pour le bien-être dont il voit les éléments autour de lui. S'il répugne à être pendu, il peut opter pour le petit inconvénient de se laisser mourir de faim , selon les principes de la perfectibilité