M\EMIÈRE PARTIE. NOTICE III
non la liberté de se livrer à l'Attraction. Nous ne pourrons donc concilier
La libre intervention de Dieu El le libre arbitre de l'Homme , que sous un code adapté aux vœux de l'Attraction collective et individuelle. J'ai démontré que ce code existe; mais comment l'aurait-on découvert, tant qu'on en aurait refusé obstinément la recherche?
4*^. Combinaison de l'utile et de l'agréable, ou bénéfice et charme par entremise de l'Attraction dans les travaux productifs, où elle doit nous entraîner passionnément, comme à tout ce qui est fin de Dieu.
Nous devons , dit la morale , préférer l'utile à l'agréable, ou, s'il faut opter, l'utile est préférable. Mais cette option est contraire à notre destination, qui est composée et non pas simple : elle doit nous procurer l'utile et l'agréable à la fois : nos relations doivent être distribuées de manière que nous obtenions l'utile en ne songeant qu'à l'agréable ; à défaut , notre bonheur serait inférieur à celui des animaux.
Croit-on que la fourmi songe à l'utile quand elle transporte les provisions dans ses magasins? Non, c'est l'instinct seul qui la conduit : elle ne s'occupe que de l'agréable sans songer au lendemain, sans s'embarrasser de spéculations sur l'époque et la durée de l'hiver. Dieu nous doit un régime semblable, où nous puissions vivre pour l'instant présent, et non pour le lendemain qui peut-être ne luira pas pour nous.
Prétention insensée , dira-t-on ! Elle serait vraiment insensée en Civilisation , et cela prouve le besoin d'une société différente, où cette insouciance devienne applicable, où les deux services du présent et de l'avenir
s'exécutent simultanément. Si nous nous privons aujourd'hui pour jouir demain, le bonheur n'est pas intégral et continu. Celte prudence qui se prive pour l'avenir , est une sagesse divergente, une guerre de l'avenir avec le présent. La sagesse dans l'ordre sociétaire devient convergente ; elle n'exige autre chose de l'homme, sinon qu'il se divertisse aujourd'hui sans songer au lendemain, à moins que ce soin n'ait pour lui du charme. Du reste , cette inquiétude lui sera inutile dans l'état sociétaire , puisqu'en croyant n'avoir vaqué qu'à ses plaisirs présents, il aura , comme l'abeille , travaillé pour l'avenir.
C'est trop de merveilles, dira-t-on, et nous ne désirons pas tant de prodiges! Ainsi répondent les prétendus sages : rien de plus erroné que leur modération. Ils ne considèrent pas que notre destin étant composé , si nous n'obtenons pas double prodige en bonheur , nous tomberons dans le double malheur. C'est une alternative qu'il faut souvent rappeler. Le bien et le mal sont toujours en effet dualisés dans la destinée humaine; ou, plus exactement, le bien est toujours dualisé, le mal est toujours duplique (adjectif analogue au substantif duplicité qui suppose fausseté).
A que! sort nous conduisent aujourd'hui nos théories de modération? A la famine composée, ou famine collective cl individuelle; c'esl-à-dire qu'aux époques de disette , la famine directe s'étend sur une contrée entière, et qu'aux jours d'abondance elle pèse encore directement sur la classe pauvre, et indireclemenl sur le cullivateur ; nouveau Tantale, il meurt de faim et de soif au milieu de ses greniers et caves pleines que dédaigne l'acheteur, ou dont on ne lui offre pas de quoi payer les frais de culture (abondance dépressive , 8^. caractère de commerce mensonger 219).
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Cette lésion devient famine indirecte; elle renaît périodiquement, faute d'un système d'approvisionnements de réserve qui, employant le superflu des années fécondes, maintiendrait les denrées à des prix sortables. Une telle précaution est impraticable dans l'état civilisé et barbare, où la guerre, l'impéritie et le gaspillage sont des obstacles invincibles à tout régime d'approvisionnement public.
Eh! comment l'association vaquera-t-elle à ces soins de l'avenir, à ces approvisionnements anticipés, si chacun y prend pour règle de ne s'occuper que du plaisir présent? L'Attraction y pourvoira. Tant de caractères trouvent dans le soin de l'avenir un plaisir présent : ce seront eux qui, dans chaque Série, s'occuperont par attraction des approvisionnements. Par exemple , dans un canton sociétaire, la régence formée de gens graves, d'octogénaires et centenaires , trouve le plaisir présent dans ces actes de précaution; et lorsque, dans une année où surabondent les grains, elle délibère d'en mettre à part une provision de trois ans, fermée en silo; lorsque chacun des Patriarches surveille tour à tour le travail d'enserrer lo grain, le garantir de tout dommage; lorsqu'enfin les vieillards peuvent dire à la phalange , nos greniers sont remplis pour trois ans et disposés en bon ordre, leur plaisir est-il renvoyé à l'avenir, comme la consommation de l'objet amassé? Non certes, car un vieillard jouit joresentement quand il fait, pour des personnes aimées, quelque disposition qui leur garantit un heureux avenir, l.es vieillards trouvent d'ailleurs un charme présent à présider aux réunions des jeunes gens qui enserrent le grain; charme qui n'existerait pas pour des vieillards civilisés, toujours en butte aux railleries et malignités de la jeunesse. L'incompatibilité des âges extrêmes étant une Il i5
dos duplicités les plus habituelles de l'état civilisé , elle figurera dans le grand tableau, avec celle qui nous occupe, scission entre l'utile et l'agréable, et nécessité d'opter entre eux sans pouvoir les concilier.
Il n'y aura sur ce point unité d'action, que dans un état de choses capable de faire cesser ce conflit d'attraction et de raison, et de donner combinément l'utile par Tagréable ; assurer le bien à venir par l'abandon au plaisir présent; problème bien brillant, bien effrayant , et qui est pleinement résolu par le mécanisme des Séries pass. et de l'Attraction industrielle dont elles sont le gage.
Celte théorie une fois découverte, quel cas devonsnous faire de notre sagesse actuelle qui, mettant aux prises l'Attraction et la raison, et voulant sacrifier l'une à l'autre , ne parvient à satisfaire ni l'une ni l'autre (297 ), puisqu'on ne voit en Civilisation aucun résultat de raison, pas même le premier et le plus urgent de tous, qui est l'approvisionnement anticipé ou garantie contre la famine. Sans cette garantie , un corps social éclairé de 40 mille tomes de controverse, a moins de bon sens que la fourmi qu'il foule aux pieds. Or, quand nous arrivons, sous les auspices de ces torrents de lumière, à nous ravaler audessous des plus vils insectes ; quand il est évident que notre raison ne s'est pas élevée, en fait d'approvisionnements, au niveau de l'instinct des fourmis, comment douter qu'il ne nous reste de grands mystères à pénétrer en théorie de sagesse et d'Harmonie sociale, et qu'on ne doive suspecter les savants qui refusent d'aborder Jes études retardées , les sciences vierges dont on peut se promettre la solution de tant de grands problèmes?
5^^. Epargne des voies coercitives , des sbires, gibets, législateurs , philosophes et rouages parasites , que l'état
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civilisé et barbare entremet pour le maintien de l'industrie morcelée et répugnante.
Cet attirail de contrainte serait inutile, du moment où on organiserait un mécanisme d'Attraction industrielle. El peut-on douter que nous n'y soyons destinés? Il suffît pour indice , d'observer que Dieu n'a créé sur la terre aucun moyen de contrainte par autorité divine et supérieure aux forces que peut opposer l'homme. On ne voit sur notre globe ni géants, ni centaures, ni tritons, ni agents capables de dompter les armées humaines, quoiqu'il eût été si facile à Dieu de créer sur les terres et dans les mers des êtres de stature colossale, et aptes à morigéner l'homme en cas de rébellion aux vues de Dieu. Cette lacune dénote que la contrainte n'entre pas dans les plans du Créateur, et qu'un code venant de lui en sera pleinement exempt.
Si Dieu ne possédait pas le levier de l'Attraction, il serait obligé de recourir à la contrainte , créer dans le firmament des planètes colossales qui heurteraient les plus faibles , pour les contenir et les faire cheminer en orbite. Il en serait de même sur la terre, où Dieu serait obligé de créer des hommes d'espèce et de taille monstrueuses, des minotaures, sphinx, géants, briarées, centaures, sirènes , etc. , pour forcer les hommes à exercer l'industrie , et adopter tel régime voulu par Dieu. Il serait également obligé de créer des abeilles gigantesques, pour forcer les moyennes à recueillir le miel; et des castors gigantesques, pour forcer les moyens à construire la digue.
Encore ces espèces colossales pourraient-elles désobéir à Dieu, si elles n'étaient pas elles-mêmes en attraction pour le service qu'il leur assignerait. Dieu serait donc
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obligé à' em\)\oyeTV Attraction avec les uns , et la contrainte avec les autres , et d'opérer sciemment en duplicité de système, quand il peut opérer par voie d'unité, en soumettant les masses à l'Attraction qui, produisant l'obéissance empressée, atfectueuse, devient une chaîne de fleurs pour les créatures.
Comment supposer qu'un Créateur qu'on nous dépeint comme suprême bonté, suprême économie, ait pris plaisir à compliquer le mécanisme social , par les voies coercitives qui obligent à doubler les agents et faire le malheur du grand nombre? Comment ce Dieu à qui on attribue l'unité de système, pourrait-il se priver à plaisir du merveilleux ressort de l'Attraction qui , déjà employé avec plein succès comme agent des harmonies sidérales, doit, selon l'unité, s'appliquer de même à l'harmonie des relations sociales de l'humanilé?
Il résulte de ces indices, que Dieu, dans les lois sociales qu'il nous destine , n'a pu spéculer que sur l'Attraction, puisqu'il ne s'est pas pourvu de moyens coercitifs. D'après cela , comment expliquer l'inconséquence des humains qui veulent, disent-ils, marcher dans les voies de Dieu, et qui, refusant de consulter l'Attraction, son interprète en mécanique sociale, se confient obstinément aune science vague et arbitraire, nommée philosophie; quoique la ténacité des sept fléaux lymbiques leur ait prouvé, depuis 5 mille ans, qu'ils sont à l'opposé des voies de Dieu, et qu'ils ont manqué la théorie des destinées et le code social divin?
6*'. Récompense directe et active des globes dociles, par le charme du régime attrayant, et punition indirecte et passive des rebelles, sans emploi de la violence, par le seul aiguillon du désir, ou martyre d'Attraction , qui est