PREMIÈRE PARTIE. ^OTICE III
le sort des globes rebelles et obstinés à vivre sous les lois des hommes.
Il ne conviendrait pas à la dignité de l'Être suprême de tirer Une vengeance directe des globes ou individus rebelles; il n'existerait plus alors de libre arbitre. Comment serait-on libre d'opter entre la loi divine ou association industrielle, et la loi philosophique ou morcellement industriel , si Dieu usait de sa puissance pour punir les globes rebelles, par châtiment direct? 11 n'y a plus liberté d'opinion , là où il y a certitude de punition si l'on opte : Dieu, pour nous laisser le libre arbitre, n'a eu d'autre parti que de se désister de sa faculté de punir activement, et n'infliger qu'une peine passive, celle du désir ou impulsion; peine équitable en ce qu'elle se proportionne dans tous les cas à la résistance du rebelle , et qu'elle n'entremet aucun châtiment spécial, aucun effet de colère divine.
La ténacité de l'Attraction, la permanence de ses impulsions, est un mal léger au premier moment. On peut essayer quelques jours de se vaincre soi-même, de mépriser les richesses perfides, et se consoler par la lecture de Sénèque lorsqu'on manque du nécessaire. On réussirait peut-être à s'étourdir sur les privations, si on ne voyait pas l'objet désiré , si les richesses perfides n'étaient pas étalées partout aux yeux du malheureux pressé par le besoin. On voit toujours, même au village, un petit nombre de riches dont l'aspect irrite les désirs de la multitude, et la réduit au sort de Tantale. Ainsi l'Attraction dégénère en supplice par des privations longtemps prolongées , et ce mal-être n'est point vengeance directe de la part de Dieu; car les globes sont toujours libres de venir à résipiscence , de quitter les bannières de la phi-
losophie, (lu travail morcelé et de la pauvreté, pour se rallier à la richesse, à la vérité, en organisant l'étal sociétaire. Du moment où les nations sentent leur malheur et savent disserter sur les désordres du monde social, elles possèdent déjà la grande industrie qui est le ressort du lien sociétaire ; et rien ne les empêche de s'élever à la destinée heureuse, pourvu qu'elles reconnaissent la nécessité d'une intervention sociale de Dieu et qu'elles déterminent son code sociétaire. Ce n'est donc pas Dieu qui diffère l'avènement au bonheur; ce sont les hommes qui s'en privent à plaisir, en niant la nécessité d'une intervention divine en mécanique sociale et d'une révélation de code industriel.
Remarquons que le martyre d'Attraction pèse sur les riches comme sur les pauvres, et qu'on voit dans la classe riche dont le bonheur est envié , une foule de gens rongés d'ennui et dévorés de désirs. Ecoutons sur ce sujet madame de Maintenon : i Que ne puis-je vous faire voir
> l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à » remplir leur journée! L'obsession où ils sont de cette
> multitude de valets dont ils ne peuvent se passer; l'in- » quiétude qui les porte à changer de lieu sans en trouver » un qui leur plaise; l'ennui qui les suit jusques sur le
> trône! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse
> dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et " qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y » succomber! (secours bien faible s'il la conduit à mourir » d'ennui. ) J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs,
> j'ai été aimée partout dans un âge plus avancé ; j'ai passé * des années dans le commerce de l'esprit, je suis venue à « la faveur, et je vous proteste que tous les états laissent
> un vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie