‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 108 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III

> de connaître autre chose , parce qu'en tout cela rien ne

> satisfait entièrement. »

Si l'on est dévoré d'ennui quand on est parvenu au faite des grandeurs, qu'est-ce dans le cas où l'ambition est frustrée? On en voit périr de chagrin à la suite d'un échec. Le savant chimiste Fourcroy mourut, dit-on, de regret, en voyant donner à M. de Fontanes la place de chef de l'Université. Sir Samuel Romilly tomba dans le désespoir et se suicida dans un accès de fièvre, après avoir manqué la place de chancelier donnée à M. Abbot. Examinez vingt pères de famille pris au hasard, on en voit dix-neuf pour qui le besoin de fortune est un supplice perpétuel. Il en est de même des femmes qui ont passé l'âge de plaire et n'ont plus de passion suffisante à les occuper. On voit régner partout le martyre d'Attraction, jusques dans les classes les plus obscures. Tel paysan sèche de dépit pour avoir manqué une ferme qu'a obtenue son voisin; telle demoiselle dépérit et meurt à la suite d'un mariage rompu. On ne voit partout que ces privations désespérantes, qui n'ont pas lieu dans l'état sociétaire, parce qu'il est disposé de manière à ménager à chaque passion, quantité d'essors qui font diversion l'un à l'autre, avec variété de succès et de plaisirs si bien entrelacés, que les revers peuvent tout au plus causer quelques instants de tristesse promptement dissipée.

Tel est l'effet de l'équilibre passionnel , où l'homme ne peut atteindre qu'autant que ses douze passions sont développées par Séries contrastées, rivalisées, engrenées. Hors de ce mécanisme, nos âmes, dit fort bien Maintenon, ne trouvent, même au faîte des grandeurs, qu'un vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie de connaître autre chose.

296 PROLÉGOMÈKES;

Tous les observateurs de l'homme ont déploré ce martyre d'Attraction, atra cura, qui règne principalement chez les savants, tous confus du vide que leur laisse la science. Je transcris à ce sujet la plainte de l'un d'entre eux, N. , qui proclame le besoin d'un autre étal social adapté au vœu des passions. € Qu'est-ce que nous crie

> cette avidité d'acquérir des connaissances, sinon qu'il » y a eu autrefois en l'homme un véritable bonheur . dont » il ne reste maintenant que la marque et la trace toute » vide, qu'il essaie de remplir de tout ce qui l'environne, >• en cherchant dans les choses absentes le secours qu'il » n'obtient pas des présentes, et que les unes et les autres » sont incapables de lui donner, parce que ce gouffre

> infini ne peut être rempli que par un objet infini et » immuable. > C'est-à-dire par l'état de destinée ou harmonie sociétaire, qui est infini en jouissances variées sans cesse.

L'opinion précitée est plus exacte que son auteur même ne l'a pensé : mais pour en sentir la justesse, il faudra avoir lu le traité des Séries pass. et les immenses ressources qu'elles fournissent pour remplir ce vide, pour combler ces vastes désirs par une variété de biens supérieure encore à nos vœux, que la Civilisation transforme en martyre d'Attraction, faute de moyens pour les satisfaire.

Ces écrivains, et surtout les femmes, ont souvent des inspirations fort justes sur ce qui touche aux destinées : telles sont les opinions du philosophe N. (nom oublié), que je viens de citer avec Maintenon; tel est aussi l'avis de plusieurs grands hommes cités au l^*". chapitre. Mais chez tous, le mauvais esprit l'emporte sur le bon ; et s'il leur survient une idée juste , elle est toujours étouffée du plus au moins, par un travers commun h tous les beaux

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