‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 109 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III

esprits; c'est la rétrogradation ou tort de revenir aux sophismes rebattus, et rentrer dans les controverses, quand ils ont reconnu qu'il faudrait des théories neuves, des découvertes en destinée. Tous ces écrivains, après de sages aperçus, ne savent que semer le découragement, terrifier leurs lecteurs, au lieu de les exciter à poursuivre, par de nouvelles méthodes , les secrets que la nature a jusqu'ici refusés aux méthodes actuelles.

Ce vice qui paralyse le génie depuis plusieurs mille ans, n'a jamais été plus dominant que dans notre siècle.

Nous venons d'analyser dans le martyre d'Attraction , la propriété de punition indirecte, combinée avec l'impulsion , et sans châtiment spécial, sans effet de vengeance active qui dégraderait la Divinité. C'est la 6®. économie que Dieu trouve dans l'emploi de l'Attraction. Passons à la dernière.

70. Ralliement de la saine raison avec la nature ; e'esl-à-dire garantie d'avènement aux vœux de la nature, aux richesses et aux plaisirs, par la pratique de la justice et de la vérité, qui sont vœu de la saine raison et ne peuvent régner que dans l'Association.

C'est peut-être la plus belle propriété de l'Association, que celle de concilier la raison et la nature , et mettre d'accord toutes les classes incompatibles dans l'état actuel; jeunes et vieux, riches et pauvres, maîtres et valets, vicieux et vertueux : elle concilie tous les caractères , en combinant toujours les deux essors contradictoires en Civilisation, en accordant toujours la raison avec la nature ou Attraction. Donnons-en un exemple qui servira de thèse sur la nécessité de recourir à l'ordre sociétaire pour accorder la nature avec la saine raison.

Je tire cet exemple de l'amour des richesses qui est la

passion la plus générale. Observons le cercle vicieux dans les opinions contradictoires sur ce sujet.

Le sage en Civilisation veut qu'on méprise les richesses et les plaisirs, qu'on les dédaigne pour chercher l'auguste vérité : quelques-uns vont jusqu'à vouloir (14i), qu'on jette les richesses dans le sein des mers. Le fou ne veut pas qu'on néglige d'acquérir des richesses, encore moins qu'on jette l'or et l'argent dans les mers; il opine à conserver ces vils métaux , pour se procurer les besoins et les agréments de la vie; enfin il veut qu'on préfère les charmes réels de la fortune, aux charmes douteux de la vérité et des subtilités morales.

Lequel, du sage ou du fou, est dans l'erreur? Tous deux ont tort en Civilisation. En effet :

Le sage qui manque les voies d'enrichissement , n'obtient d'ordinaire que le mépris général, et n'a nulle influence pour faire adopter ses vues, quelque louables qu'elles soient. Le sage indigent compromet la sagesse même; il la décrédite, l'expose à la risée dans un monde purement mercantile , qui estime tout au poids de l'or. La sagesse est comparable à un beau vaisseau qui, malgré la perfection de structure , d'agrès et de marche , ne peut pas s'équilibrer par lui-même , ni se soutenir seul contre l'essor des vagues et des vents ; il faut l'étayer d'un lest ou contre-poids, et ce lest, en Civilisation, c'est la fortune, le vil métal qu'on nomme argent.

Il faut, comme Sénèque, se nantir de iOO millions pour prêcher avec succès l'amour de la pauvreté; une fois pourvu de cette somme, le philosophe sera un sage, quelques principes qu'il professe.

Un sage sans fortune est donc absurde en Civilisation : quant au fou qui aime les richesses , esl-il certain qu'il ait

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