‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 110 sur 298 · PREMIÈRE PARTiE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTiE. NOTICE III

tort? Chacun va répondre en souriant : < Si c'est un > crime , le nombre des coupables est bien immense , et » on ne trouvera guères d'innocents qu'à l'Académie frun- » çaise qui voit des charmes dans la pauvreté, si l'on en » croit aux discours prononcés dans la séance du 25 » août 1818. » Est-il certain, d'autre part, que le fou ait pleinement raison d'aimer les richesses? Non, sous le rapport des moyens odieux qu'il faut employer pour les acquérir. Il y a donc dans l'un et l'autre cas, mélange de sagesse et de folie , complication de principes contradictoires et impossibles à concilier dans l'état actuel , car on en viendrait à conclure qu'il faut des richesses , mais qu'il faudrait y parvenir par d'autres voies que celles du vice , qui en Civilisation est le seul chemin de la fortune.

Les débats sur ce sujet amèneront donc tous les opinants à désirer un ordre de choses qui conduise à la richesse par la pratique de la justice et de la vérité : c'est demander l'anéantissement de la Civilisation et de la Barbarie , leur remplacement par l'état sociétaire , où on arrive à la richesse par la vérité. Il sera louable alors d'aimer la richesse et la vérité à la fois; les deux impulsions seront en essor combiné et en ralliement. L'Attraction ne sera plus contrariée par la raison ; l'homme sera en paix avec la nature et avec lui-même. Il y aura unité d'action entre les passions et la sagesse, qui aujourd'hui sont en pleine duplicité d'action; car, quel que soit le système social, il est toujours impossible en Civilisation de concilier la saine raison et l'Attraction.

Aussi nos moralistes actuels, qui sont des louvoyeurs, des caméléons httéraires , ont-ils adopté des doctrines lâches, des capitulations et subterfuges qui ne sont que l'amour des richesses un peu fardé de verbiages sur la.

modération; témoin le sage de Delille, cet homme des champs, ou plutôt homme des châteaux , qui cultive uno sagesse dont la pratique exige au petit pied cent mille ècus de rente. S'il faut aimer une pareille sagesse, il faut donc aimer cent mille écus de rente : plaisante modéraration ! Ainsi tous les systèmes de morale sont des cercles vicieux, depuis le tonneau de Diogène jusqu'à la modération du sage de Delille : tous n'aboutissent qu'à la déraison (298) , et on ne peut attendre de sagesse que d'un ordre de choses qui conciliera l'essor de l'Attraction et la pratique de la vérité.

Et si l'on considère que Dieu seul a le pouvoir d'atteindre un but si louable, puisque lui seul peut imprimer Attraction pour tel ordre qu'il lui plaît, lui seul est distributeur universel de l'Attraction, comment peut-on douter qu'il n'ait mis à profit cette brillante faculté, pour nous donner un code social adapté aux vœux de l'Attraction?

En récapitulant ses propriétés merveilleuses , la garantie septuple qu'elle fournit à Dieu et à l'Homme pour établir l'accord des passions avec la raison , réaliser les vœux présumables du Créateur et les vœux connus des créatures, comment penser que Dieu, à moins d'être le plus malveillant de tous les êtres, ait pu songer à préférer la contrainte, qui même sous le titre de morale n'est toujours qu'oppression, ressort indigne d'un maître magnanime qui peut se faire obéir et aimer, en imprimant Attraction pour les actes qu'il exige de nous?

J'ai observé que , ne pouvant opter qu'entre deux ressorts , Contrainte ou Attraction , il dérogerait par le choix de la contrainte à ses caractères essentiels, l^*". économie de ressorts , 2^. justice distribulive. Il dérogerait de même au 5®., l'universalité de providence, puisqu'il

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