‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 127 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. PIVOT DIRECT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. PIVOT DIRECT

ce plaisir , ce bien-ôlre du corps parcourant un espace immense avec plus de rapidité que l'hirondelle , et se détachant de la terre sans intervention d'ailes : c'est une faculté dont jouissent constamment , dans l'autre vie , les ûmes des défunts pourvues de corps aromaux ; c'est dans ce plaisir, inconnu pour nous , que consiste le bonheur û'exùter et jouir à chaque instant, par le seul avantage de se mouvoir sans fouler la terre, sans forcer de jambes, sans s'aider d'un porteur.

Nous ne connaissons en ce genre que trois légères transitions : l^. la voiture suspendue qui est un mouvement fort agréable aux enfants; ils s'en font une fête, surtout dans le bas âge. 2». L'équilibre du patin en dehors. 3**. L'escarpolette, mouvement suave, qui évite la secousse : il nous rapproche bien davantage du mouvement habituel des ultra-mondains, qui est celui d'un aigle planant. Cette seule différence de leur mouvement au nôtre , leur procure le plaisir d'exister ; plaisir très^inconnu de nous , qui tombons dans le calme et l'ennui , dés que nous manquons de fonction attrayante et de distraction. Nous n'avons que le contre-plaisir du mouvement ; c'est le repos ou coucher.

Je pourrais décrire beaucoup d'autres jouissances des défunts, qu'il faut nommer vivants ultra-mondains , gens plus vivants que nous. Il sera démontré que nous sommes des tortues, comparativement à notre sort en l'autre vie. Cela n'empêche pas que les ultra-mondains ne soient en état de malheur relatif, par la privation d'une infinité de biens dont ils jouiraient , si l'Harmonie sociétaire était établie; privation d'autant plus sensible pour eux, qu'ils voient notre globe en état d'organiser l'Harmonie dont il jouirait comme eux.

Étayons ce tableau de quelque preuve tirée des doctrines mêmes des philosophes : ils ont pour principe, « que tout est lié dans le système de la nature, et qu'il y a » unité entre ses parties, 158. » Selon ce théorème, les âmes doivent être alliées à la matière , en l'autre vie comme en celle-ci. Qu'ils nous expliquent donc les jouissances matérielles des âmes dans l'autre vie , où elles ne peuvent pas avoir des corps de terre comme les nôtres. Si elles avaient de tels corps , on les verrait attachées à la surface du globe ; elles ne pourraient ni parcourir l'Air et l'Ether , ni circuler rapidement dans l'intérieur du globe , où elles ont maintes fonctions à exercer, grâce à leurs corps aromaux et subtils, qui pénètrent l'enveloppe de roche ou cuir de la sphère , plus facilement qu'une flèche ne^'end les airs.

Nonobstant cette prééminence de facultés, lésâmes des défunts (je ne parle pas de celles qui sont en station mondaine et en métempsycose , où elles redeviennent âmes de mondains, en corps terre-aqueux; je ne traite que des ultra-mondaines à corps aromal ) ; ces âmes , disje, attendent la découverte et l'établissement de l'Harmonie, bien plus impatiemment que nous qui ne la connaissons pas, et qui ignorons les privations qu'on essuie dans l'autre monde, par absence d'Harmonie sociétaire en celui-ci.

Le meilleur service à rendre aux défunts comme aux vivants, est donc d'établir sans délai l'Harmonie sociétaire; après quoi, l'âme d'un Roi, l'âme de César, sera beaucoup plus heureuse en renaissant dans le corps dumoindre des humains , qu'elle ne l'a été dans le corps de César même, qui, après une carrière pénible et agitée , où il ne trouvait que le vide sur le trône du monde , a fait une fin

Page 1