‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 137 sur 298 · DEUXIÈME MOYEN POSITIF COMPOSÉ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MOYEN POSITIF COMPOSÉ

Rrcompenses de Souveraineté aux coopcrateurs de la fondation dépreuve.

Je vais mettre en jeu un levier si puissant sur l'esprit ths ambitieux, qu'ils oseront à peine y ajouter foi , tout

en brûlant d'impatience de voir le pronostic réalisé. Ici , les cœurs glacials de nos politiques vont palpiter comme ceux des amoureux de quinze ans.

Quel charme pour un grand , pour un ministre , que l'espoir d'un beau trône, du sceptre d'un grand empire , comme la monarchie héréditaire de France ou d'Autriche ! C'est ce que ne peut ni obtenir, ni prétendre le plus puissant favori. Emm. Godoi , prince de la Paix, avait, dit-on, amoncelé une fortune de 400 millions; il n'obtint pas môme un petit état souverain , comme Wurtemberg ou Bade.

Un ministre aujourd'hui serait coupable de former pareille prétention; car il ne pourrait la satisfaire qu'aux dépens de son souverain, ou par des guerres, des commotions générales dont le dénouement serait bien incertain et la tentative bien désastreuse. Les hommes qui ont longtemps et sagement gouverné, Sully, Richelieu, Colbert, n'ont pas même obtenu quelque principauté héréditaire de médiocre étendue, comme Gotha ou Weimar.

Cependant, un ministre qui voudra scruter et confesser son arrière-pensée, dira qu'il est las de ne commander qu'en sous-ordre; d'avoir encore , tout ministre qu'il est, vingt partisans à ménager, vingt rivaux à déjouer, et qu'il serait fort doux pour lui d'être enfin chef suprême et inamovible d'un bon empire comme la France, ou tout au moins d'une souveraineté moyenne, comme Piémont, Bavière, Portugal,

Pour estimer ce que les grands peuvent aujourd'hui prétendre en ce genre , il faut nous transporter en idée à la 4e. année après l'épreuve de l'Association , soit 1827, selon l'échelle suivante :

An 1822, préparatifs du canton d'essai.

1823, installation; épreuve définitive.

1824, imitation générale par les civilisés. 182o , adhésion des barbares et sauvages.

1826, organisation delà hiérarchie sphérique.

1827, versements d'essaims coloniaux.

Telle est la marche que suivra l'opération; et si on la suppose commencée en 1822, il faudra, dès l'an 1827, aviser à distribuer les souverainetés des régions à coloniser.

L'analyse de cette distribution et des principes qu'on y observera, va garantir aux grands cette bonne fortune que je leur annonce : elle va démontrer que celui d'entre eux qui voudra protéger l'essai de l'Association, peut dès à présent se considérer comme souverain d'un empire bien supérieur à ceux de Chine ou de Russie, et que les agents secondaires qui auront coopéré au succès de l'entreprise, obtiendront, en divers degrés, des sceptres héréditaires dont la hiérarchie sphérique aura une quantité énorme à distribuer, par suite des colonisations attrayantes.

Exposons d'abord le système des colonisations en Harmonie.

Autant il est facile aujourd'hui d'entraîner aux antipodes une foule de misérables à qui on fait espérer de trouver du travail et du pain, autant il serait impossible, dans l'état sociétaire, d'arracher de leurs foyers des familles très-heureuses, vivant dans les délices. Tout harmonien sourirait de pitié à l'idée d'aller chercher fortune au bout du monde : il jouira, sur le sol natal, d'une existence préférable à celle des monarques civilisés : ne serait-ce pas à lui insigne folie , q^ue de se transporter

dans les déserts de la Guyane pour y tenter des défrichements, y lutter contre les moustiques et serpentssonnette, les marécages et la fièvre jaune ?

Cependant, un incident forcera l'émigration; elle sera obligée par le rapide accroissement de population. Les enfants sont si bien soignés dans l'état sociétaire, qu'il n'en meurt pas le dixième de ce qu'en moissonne In misère des petits ménages civilisés. En conséquence, le progrès de la population sera colossal, et on s'apercevra, dès le début de l'Harmonie, qu'il faut aviser aux versements coloniaux; à défaut de quoi les pays déjà au complet, comme la France, ne tarderaient pas à être encombrés; tandis que les sur complet s , comme Lombardie, Naples, Wurtemberg, Silésie, Flandre, Alsace-Bade, Piémont, Normandie, seraient engorgés dès le début, parce que l'Harmonie, dont le mécanisme exige de vastes forêts, prairies, bassins, etc., ne peut pas comporter la mesquine distribution des cultures civilisées, ni l'accumulation des fourmilières de pauvres gens.

On saura en outre (j'en donnerai la preuve), que la population sociétaire ne doit augmenter que pendant un laps d'environ 250 ans, sept générations, non compris la présente, et qu'il faut employer ces sept générations à porter le globe au grand complet, parce que dès la 9^, génération (celle-ci comprise), les femmes deviendront de moins en moins fécondes : l'excès de vigueur les rendra plus aptes au plaisir, mais beaucoup moins à la conception; de sorte qu'à la 9«. génération d'Harmonie, le genre humain ne produira plus que la quantité d'enfants rigoureusement nécessaire à maintenir le complet existant.

On devra donc mettre à profit les huit générations

plantureuses, cl nolammenl les premières , qui seront les plus fécondes; car, à mesure que la race gagnera en vigueur, elle perdra en fécondité. Nous en voyons la preuve de fait chez les femmes civilisées : sur huit stériles, il y en a sept de robustes. Ce sont toujours les plus grandes, les plus fortes, qui sont les plus tardives à enfanter.

Un autre obstacle sera l'excellence de nourriture, qui cause fréquemment la stérilité des femmes. Celles de la campagne, vivant d'un pain grossier, sont toutes fécondes : celles de la ville , qu'il faut , dit Molière , nourrir â'orge mondée et de crème sucrée, passent quelquefois trois ou quatre années de mariage avant de concevoir, et cessent de bonne heure, malgré les secours ofiicieux de bons voisins et amis de la maison , prêtant aide et assislance au mari.

Fondée sur ces considérations, l'Harmonie s'occupera d'emblée à coloniser. D'ailleurs, le méphilisme des régions incultes obligera à spéculer sur une colonisation intégrale, pour garantir l'état sanitaire du monde matériel, et accélérer le raffinage climatérique (note A, 98).

Venons aux moyens d'exécution. D'après le bonheur dont jouiront les harmoniens , ils ne pourront coloniser qu'rn transportant des essaims complets, des Phalanges entières, bien assorties en progression de caractères, de fortunes, d'âges, etc., et aptes à exercer par mécanique de Séries passionnelles. Or, cet assortiment exige environ 1500 personnes pour tenir au complet le clavier général des 810 caractères (538), avec ses suppléants et acolytes; (non compris les deux âges extrêmes, l^r. chœur, bambins, 16®. chœur, patriarches, qui ne sont pas comptés en clavier de caractères).

Pour déterminer un essaim à se transporter aux antipodes, à la Nouvelle-Hollande ou la Nouvelle-Zélande, ou seulement h la Guadeloupe, il faudra lui assurer troift avantages.

lo. L'accroissement subit de fortune. On verra, aa chapitre des colonisations par annuités , que ce transport sera un triplement réel de fortune pour tous les émrgrants.

2<*. TJ installât ion subite et insensible . Pour la garantir, on aura dû préparer à l'essaim un Phalanstère ou grand palais aussi commode que la demeure qu'il aura quittée ; plus, des plantations etétables en bon état, dont l'essaim colonial n'aura qu'à poursuivre la culture.

50. Le transport agréable. Chaque essaim devra partir avec des flottes nombreuses, et trouver en arrivant des armées industrielles dont la présence étant un gage de fêtes habituelles, répandra beaucoup de charme sur les premiers mois de séjour, qui sont les seuls insipides.

Toutes ces précautions, qui seraient impraticables pour un souverain, seront très -faciles à la hiérarchie sphérique, ainsi qu'on en pourra juger aux chapitres spéciaux. Elle seule peut organiserles armées attrayantes extérieures : elle exercera donc la police générale des colonisations; elle jouira, par suite, du droit de distribution des sceptres héréditaires dans les régions à coloniser, où elle fera verser les superflus des huit premières générations. Elle répartira d'abord les essaims par lignes d'intersection sur trois phalanges de front, afin d'éclairer le pays et aglomérer les hordes sauvages. On les disséminera en petit nombre dans chaque essaim, et par douzième au plus, comme 120 sauvages pour ISOO harmoniens : total, 1620 sociétaires.

D'après cet ex.posé , il est évident que la distribution

de souverainetés des pays colonisés devra être faile par la hiérarchie sphérique, aux yeux de qui le principal litre de recommandation sera d'avoir coopéré d'une manière quelconque à la fondation de l'Harmonie, à la délivrance du monde social.

Quels seront les degrés, le nomhre, l'étendue, les bénéfices, les attributions de ces souverainetés? Avant de m'engager dans ces détails (dont je ne prétends pas traiter dans cet intermède), il a convenu de prouver d'abord :

Que la colonisation sociétaire ne peut être opérée que par entremise de la hiérarchie sphérique.

Que la nomination aux sceptres de divers degrés sera dévolue à ladite autorité suprême.

Qu'elle ne pourra préférer que les individus recommandés par coopération active à Tessai de fondation.

C'est une proie bien immense que ces souverainetés à distribuer en Harmonie : je vais en donner le tableau régulier; mais pour y préluder, observons que diverses régions des plus vastes n'ont pas un seul titulaire légitime. L'Australie, encore inculte, peut former, à elle seule, plus de 45 empires égaux à la France. Voilà donc dans cette île déserte un lot de quinze sceptres égaux à celui de France , et dont on pourra jouir titulairement en Europe, avant d'aller en prendre possession. Au reste, dès qu'il y aura seulement cent Phalanges de fondées dans une contrée neuve , le séjour en sera cent fois plus agréable que ne peut l'être en Civilisation celui de Paris ouLondres. L'Australie, dira-t-on, est bien éloignée de nous : mais l'Afrique, l'Amérique, si fréquentées par nos commerçants, sont bien voisines; et un homme qui obtiendra un bel empire sur l'Amazone ouïe Mississipi, n'aura pas grand déplacement à subir pour aller en prendre possession.

Et les titulaires actuels, Espagne, États-Unis, Angleterre ! Ils ne seront titulaires que d'une portion équivalente aux surfaces rnises en culture , sauf l'indemnité de colonisation (0. Ainsi les deux couronnes d'Espagne et Portugal pourraient tout au plus réclamer deux empires dans la Colombie (Amérique mérid.), qui en fournira plus de quarante quand elle sera mise en culture.

Et comme l'état insalubre du globe, la nécessité de prompt raffinage, obligeront à coloniser méthodiquement, les titulaires actuels qui n'auront aucun moyen de procéder à ces colonisations, ni de former des armées attrayantes extérieures, seront obligés de traiter de leurs terrains vacants avec la hiérarchie sphérique. Elle leur assurera d'ailleurs de si grands avantages, qu'aucun d'entre eux ne pourra songer à différer le traité , ni le défrichement colonial qui sera d'urgence pour la restauration des climatures. Tous les Princes, au contraire, chercheront à s'associer actionnairement dans le travail de colonisation générale ; chaque Souverain aimant bien mieux vendre comptant ses déserts et s'y ménager des souverainetés futures, que de spéculer sur les lenteurs du défrichement colonial , qui ne pourra être facile et prompt que sous la direction de la hiérarchie sphérique.

(i) Nous avons foule de piiblicistes , et jamais aucun d'eux n'a donné un plan de droit public sur les émancipations coloniales , indemnite's de colonisation, calcule'es selon l'époque de fondation, les travaux de découverte, les soins d'exploitation, le temps de jouissance, les produits d'impôt , la durée du monopole, etc. etc. Il en est résulté de singulières injustices, dont la principale est que l'Europe a reconnu les droits de l'Espagne qui sont prescrits en toute règle; tandis qu'elle a légitimé l'émancipation des colonies anglaises , à une époque ou la métropole n'était nullement indemnisée. Aussi l'Angleterre obtiendra-t-elle en congrès d'unité sphérique , un dédommagement pour celte lésion.

Estimons, d'après ces aperçus, la masse de souverninetés héréditaires à distribuer, leurs degrés, leur étendue.

Les cultures existantes n'embrassent pas un cinquième des terres, y compris les glaciales, qui seront bientôt dégagées par un événement plus décisif que la culture intégrale composée, note A, 87.

Il reste donc au moins quatre cinquièmes du globe à coloniser et pourvoir de Souverains en Harmonie.

Déduisant quelque chose pour les concessions aux grands titulaires de déserts, on trouve au moins les trois quarts du globe à pourvoir de Souverains en pays colonisés, dont le défrichement s'efTecluera avec rapidité.

Évaluons d'abord le nombre des souverainetés dans chaque degré ; et distrayant un quart pour les titulaires, il restera trois quarts à allouer aux coopérateurs d'Harmonie, qui certes ne seront pas assez nombreux pour un» proie si copieuse.

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