‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 138 sur 298 · OCTAVE DES SOUVERAINETÉS D'HARMONIE · texte numérisé non relu

OCTAVE DES SOUVERAINETÉS D'HARMONIE

Tiltilaires enviroQ

Unarqiies

ou Barons. .

régissant Phalanges

Du.irques

ou Vicomtes.

5 ou 4

Triarqijcs

ou Comtes. .

Tétrarques

ou Marquis.

Pentanjiics

ou Ducs. . .

Hexatqiies

ou Caciques.

Hcptai(iiics Octarqiics

ou Rois. . .

ou Soudans.

Enne'arques

ou Califes. .

Dccarques

ou Empereurs

Onzarques

ou Césars. . .

Doiizarqucs

ou Augustes. .

OlWNIAnQCE

?tota. Au dessus de 10, les noms grecs sont peu connus. J'ai préféré Donzarqucs, nom français, à Dodécarques; ceci sauf rectification.

J'ai, selon mon usage, cav6 au plus bas, et compté seulement 144 empires de 9^. degré comme la France, au lieu de 200 que donne au compas la mesure lopograpliique , plus les glacials et ensablés.

Vérifions l'estimation sur un seul article, sur le 9®. litre, celui des Ennéarques ou Califes, dont le terrain estimé à 51 millions (1500 par phalanges), ne supposerait qu'une population de 4,^01,000,000. Elle s'élèvera au njoins à 5 milliards; et comme divers Ennéarques auront un empire borné à 20 millions au lieu de 31, l'Italie et l'Angleterre qui sont ennéarchats, ne pouvant pas excéder ce nombre, il est évident que la masse des Ennéarques ou Califes s'élèvera au moins à 200 au lieu de 144. J'ai donc cave au plus bas, sauf pour les deux grades suprêmes 12 et ><), dont le nombre sera exactement de trois et un.

Les titulaires existants et légitimes n'absorberont pas le quart des sceptres à distribuer. En effet, les trois plus forts, qui sont lés souverains de Chine, Russie et Angleterre-Bengale, ne peuvent prétendre, môme en exagérant leurs droits, que les lots suivants:

Chine, 6 califats et 1 empire et demi.

Russie, 4 califats et 1 empire.

Angleterre , o califats et 1 empire.

Aucun autre prince du globe n'a droit à un empire, et on ne trouve, après les trois ci-dessus, qu'environ 12 titulaires à un califat de 9^. degré.

11 restera donc à distribuer en 9®. degré, environ cent vingt califats égaux à la France, et proportionnôment dans les autres degrés. Quelle garantie d'un beau sceptre héréditaire pour ceux qui auront efficacement coopéré à ja fondation du canton d'épreuve !

Les objections qu'on élèvera sur cet aperçu, seraient trop irrégulières et trop peu fondées, pour qu'il convienne de les réfuter avant qu'elles me soient connues : il en est une , pourtant , que je ne dois pas différer à examiner.

On demandera comment pourront s'accorder ces filières de souverains de divers degrés dans un même empire? Le Roi de France, qui sera alors Calife, aurait donc dans son empire même, des Soudans ou Octarques à Paris, Bordeaux, Lyon et Nantes; puis des Ileptarques ou Rois, au nombre d'une quinzaine, pour les divisions moins étendues; puis des Caciques! Eh, qu'importent les litres? ne peut-on pas les commuer en ceux de préfets et gouverneurs? je les ai assortis aux divisions. Il est évident que le titre de Roi, donné aux monarques de 1 ,300 mille habitants, en Wurtemberg et Saxe, devient insuffisant pour un monarque de 50 millions de Français. L'Harmonie n'admettra pas ces irrégularités, et les souverains prendront des noms analogues aux degrés.

Du reste, ne nous attachons ici qu'aux fonctions : le traité des Séries passionnelles prouvera qu'en Harmonie la parfaite graduation et la multiplicité des fonctions contribuent à l'accord général, et à l'enrichissement des souverains et des peuples. Dès lors, qu'importera au souverain de France d'avoir sous lui quatre Soudans et douze Rois; qu'importera au souverain de Chine d'avoir sous lui six Califes, une vingtaine de Soudans et une soixantaine de Rois, puisque ces souverainetés progressives, loin d'être, comme aujourd'hui, un sujet d'ombrage et de commotions politiques, deviendront, dans le nouvel ordre, des ressorts nécessaires à l'unité, à la stabilité ?

Je n'ignore pas qu'en Civilisation il ne convient nulle-

ment à un monarque d'avoir en sous-ordre des subalternes puissants, qui aspireraient à l'indépendance : mais, autres temps autres mœurs : la discorde et la fausseté étant l'essence de nos sociétés, chaque autorité, chaque fonctionnaire y cherche à s'affranchir du supérieur : dans l'état sociétaire, les divers agents s'aiment et se soutiennent par utilité réciproque, et sont aussi indispensables les uns aux autres, que le bras l'est aux doigts. Ils ne peuvent pas plus songer à s'isoler du supérieur, que nous ne songerions à nous couper un doigt pour le rendre indépendant du bras. Ils sont entre eux comme une chaîne de postes, dont chacun est indispensable à la sûreté de ses deux voisins et de la ligne entière.

Il restera à expliquer comment l'hérédité en lignée, privilège qui aujourd'hui est la source de tant de jalousies parmi les grands, deviendra pour eux une garantie des intérêts respectifs. C'est sur quoi je m'engage à satisfaire amplement, au traité des Séries passionnelles, section dés équilibres cardinaux, article famiilisme, ainsi que sur d'autres questions, comme celle des arrondissements et rectifications de frontières, donnant à chaque souverain , en provinces compensées, un bénéfice de 3 pour 2, qu'il n'obtiendrait pas en vingt ans de guerre.

Prévenons, à cette occasion, les ergoteurs impatients, rapportant tout à leurs habitudes civilisées, que jamais ils ne porteraient un jugement exact sur l'Harmonie, tant qu'ils s'obstineraient à établir des parallèles entre l'état faux ou civilisé , et l'état vrai (0 ou sociétaire.

(i) On ne peut les comparer qu'en conlraric'te' et non en contraste ; car le contraste suppose accord des extrêmes. Voyez la note 329 , sur les dualités et duplicite's.

Dans ses débuts, la hiérarchie sphérique ne se hâtera point de distribuer les souverainetés vacantes en divers degrés ; mais n'en concédât-elle que le huitième, nombre de rigueur, exception obligée, c'en sera plus que n'en pourront occuper les sujets à récompenser; d'autant mieux qu'on n'admettra pas les titres équivoques, les MOUCHES DU COCHE, Ics liâblcurs qui viendront, après coup, prouver à force de belles paroles, qu'ils ont tout fait pour accélérer l'essai de l'Association, et que c'est à eux seuls qu'on doit cette épreuve, à laquelle ils n'auront contribué qu'en verbiages tardifs et inutiles.

On n'abusera pas sur ce point la hiérarchie sphérique ; et ceux qui prétendront aux récompenses de souveraineté, sont prévenus qu'il faudra s'être prononcé bien franchement ; que tout procédé de louvoyeur, de caméléon , ne sera qu'un gage d'exclusion, lors même qu'il aura été soutenu de bonnes intentions cachées. Qu'arriverait-il si on admettait au concours les louvoyeurs? Le nombre en serait si grand, que cent mille sceptres ne suffiraient pas à les satisfaire, tant cette classe d'intrigants est innombrable : ils doivent donc se tenir pour bien avertis, qu'il faudra, soit en actions, soit en écrits, s'être déclaré avec franchise pour la nécessité d'Association et la prompte épreuve. A défaut, le caméléonisme ne deviendrait, au lieu d'un brevet de sceptre, qu'un titre à la risée. Qu'on se le tienne bien pour dit , et qu'on n'espère pas employer avec succès, dans cette affaire, les procédés ambigus dont la réussite n'est infaillible qu'en Civilisation,

J'ai terminé sur l'exposé du 2™^. moyen. J'ai dû , en raison de son importance, m'étendre en détails ; j'admets que les pygmées, les êtres qui ne savent pas même prendre le compas et mesurer la surface du globe, consi-

INTERMÈDE. 38i

dèrent comme exagération celle annonce de 200 empires égaux à la France. Redisons-leur qu'il ne s'agil point ici de convaincre la masse des ignorants, des présomptueux, mais seulement le très-petit nombre d'hommeS judicieux, qui prennent la précaution de vérifier avant de juger.

J'ai intitulé ce 2"^e^ moyen, composé et même bi-composé, parce qu'il satisfait cumulativement les intérêts divers; tandis que le i^"". moyen ne sert que la classe des hommes à talent. Nous pouvons distinguer ici quatre ordres de personnages fort hétérogènes, et tous d'accord à convoiter les prix de souveraineté; ce sont :

Les princes friislre's de sceplrc.

Rangs supeVicnrs. , ^ . . , ,

Les ministres et les grands.

„ • r. • ( Les savants , letlrc's et artistes,

liangs inicneiirs. < ^ i ■ • •

( Les hommes opulents et actionnaires.

r^ Les citoyens honorables, mais sans fortune.

Tout individu de ces divers ordres peut prétendre à de grands ou menus prix de souveraineté, s'il concourt {/c tous ses moyens à la fondation du canton d'épreuve. Or, quel est le sens de cette clause, concourir de tous ses moyens? Elle n'implique pas d'engagements aventureux : elle suppose les démarches possibles et approuvées par la prudence.

Ainsi un homme qui possède cent raille écus , peut , sans imprudence, hasarder une action de mille écus dans une entreprise purement agricole et exempte de risque.

Un bel esprit sans fortune peut, sans se compromettre, hasarder un écrit donnant franchement l'impulsion , et arguant des erreurs de 25 siècles , pour en induire qu'il ne peut pas arriver pis.

Un ministre peut, sans rien donner au hasard, adresser ù son souverain une invitation d'essai, motivée sur la

seule chance des économies palpables que garantit l'Association, entre autres sur l'épargne du combustible, devenue si urgente , si impérieuse.

Un prince peut, sans aucun risque, engager à crédit, à prix de bail et de fermage, un grand domaine qui deviendrait local d'essai, de bâtisse et de plantation pour les entrepreneurs et souscripteurs actionnaires.

X Enfin un homme sans fortune peut, dans sa sphère bourgeoise, exciter des souscripteurs, concourir activement et notoirement selon ses faibles moyens.

Tous ces individus auront, en divers sens, prêté un secours efficace; et pourvu que leur franche intervention soit constatée, ils auront un titre suffisant aux récompenses de souveraineté, qui sont de tous degrés et assorties à toutes les ambitions. N'oblînt-on qu'un Pentarchat ou principauté héréditaire d'environ 1 44 Phalanges ou 200 mille habitants, ce sera l'équivalent des états de IVassau, Weimar, Gotha, Brunswick, avec l'avantage de possession garantie et transmissible à perpétuité, en lignée légitime, pendant les 70 mille ans de durée assignée à la carrière d'harmonie.

Je l'ai dit plus haut: ni les favoris de fortune colossale, depuis Mécène jusqu'à Godoï, ni les ministres célèbres, tels que Sully et Pitl, n'ont obtenu pareil prix, qui aujourd'hui peut devenir le lot de tout homme sans fortune. Le nombre approximalifdesPentarchats, porté au tableau pour 20,700, sera réellement de 25 mille au moins. Or , il n'est pas sur le globe 5 mille titulaires de Pentarchats, même en y admettant les chefs des hordes principales et les brigandeaux d'Afrique , fiers du titre de grands sorciers et grands voleurs; il restera donc 20 mille Pentarchats à distribuer; et en supposant qu'on ne dispose

provisoirement que d'un huilième, on pourra allouer aux coopérateurs subalternes 2,500 principautés héréditaires, bien rentées, bien garanties, et égales en surface aui étals de Nassau, Brunswick, Weimar, Gotha, Saltzbourg , Luxembourg , ou tout au moins à l'état de Lucques.

Ainsi les menus ambitieux, qui n'oseraient pas spéculer sur de grandes acquisitions, peuvent se fixer aux souverainetés d'ordre moyen; Hcptarchals, Hexarchats , Pentarchals , ou aux inférieures : quant aux ambitieux de nature insatiable, quel vaste vaste champ leur est ouvert ! L'Omniarchat, le sceptre héréditaire d'unité universelle, si digne de tenter le plus puissant souverain , peut devenir le lot d'un simple particulier ; car celui qui aura été fondateur de fait , chef notoire et pivot de l'entreprise d'épreuve , sera par acclamation promu au rang d'Omniarque du globe. Combien d'individus peuvent prétendre à cette palme, puisqu'il suffira , pour l'obtenir, d'être fondateur avéré du canton d'épreuve ; canton qu'il suffira d'organiser en mode simple ou hongre, borné à 80 familles, soit 400 habitants des trois sexes !

Et lors même que deux et trois fondateurs ou coopérateurs d'égal mérite entreraient en concurrence, n'auront-ils pas, dans les sceptres de 12^. et ll^. degré, une proie cent fois colossale? J'ai remarqué qu'il n'est pas un seul titulaire pour les trois Douzarchats, et qu'on ne voit que trois titulaires pour les Onzarchals, dont le nombre pourra s'élever à 15 ou 1G. Que de chances pour les hautes ambitions, et plus encore pour les petites, qui ne convoiteront que les magnatures héréditaires de bas degré, comme un Triarchat ou souveraineté d'environ une douzaine de cantons!

Cet appât des prix de souveraineté est si supérieur à celui des prix de talent énoncés au i^*". moyen; il est d'ailleurs si facile à obtenir et si bien adapté à tous les degrés d'an^ibition, que j'ai dû le considérer comme levier principal auquel doit se coordonner le plan de l'intermède. Nous y reviendrons en Ullicnnc; il suffit ici d'avoir présenté ces prix comme voie de scduclion composée , voie de fortune et de grandeur, voie applicable non-seulement à toutes les classes d'ambitieux, mais aux femmes ainsi qu'aux hommes, puisqu'en Harmonie il n'est pas un seul de ces degrés de souveraineté qui n'ait sa titulaire féminine comme son titulaire masculin , sauf la différence d'émoluments moins copieux et de fonctions moins étendues.

Toutefois, évitons d'entretenir les femmes de cette chance de grandeurs futures ; car elles sont si rapetissées par l'éducation civilisée, qu'on leur devient suspect en leur annonçant un ordre social où leur sexe ne sera pas borné à l'influence trés-passagère de ses charmes; un ordre où elles pourront, à l'appui d'un mérite constaté, s'ouvrir toutes les carrières et participer aux dignités de tous les degrés.

Avant de conclure sur l'influence que doit exercer ce brillant ressort des prix de souveraineté, il faut entretenir les savants et artistes des erreurs où les a entraînés une ambition modérée, une résignation abjecte au dénuement où les réduit la Civilisation. Cet examen fournira les deux movens négatifs où je traiterai de la fausse politique des savants, et de la conlre-politiquc non moins fausse des grands qui redoutent l'ambition secrète des corporations savantes.

Compromis et froissés par ces défiances , les sophistes

doivent chercher une voie pour rentrer en grâce avec les souverains. Je vais la leur indiquer, mais aux dépens de leur dernière chimère, qui est le faux libéralisme,

3niev-^ame.

LES DEUX LIBBBiUSUES.

Des moyens positifs que je viens d'exposer, nous pouvons déduire les principes du vrai libéralisme dont on n'a aucune connaissance : je n'en traiterai qu'à l'extroduclion ; il est à propos de préparer les voies.

Le faux libéralisme est un des égarements les plus récents de l'esprit humain. Son examen longtemps différé va servir de réplique aux reproches d'illusion et d'exagé- . ration sur les deux tableaux de récompenses. Je réponds aux sceptiques par l'analyse de leurs propres illusions décorées de titres spécieux : ces prétentions vont se trouver, selon l'usage, bien en défaut dans la chimère la plus en vogue, dans l'esprit libéral actuel, qui n'est qu'un égoïsmc travesti et maladroitement fardé.

On trouve partout , dans les cours et les assemblées législatives, des coteries qui veulent, selon l'usage, s'emparer de l'influence, diriger l'opinion, se partager les ministères et autres fonctions. D'ordinaire, ces partis prennent des noms insignifiants, comme Guelphes et Gibelins, Rose blanche et Rose rouge, Montagne et Marais; quelquefois même ces noms sont très-exactement appliqués, comme opposition en Angleterre, ligueurs sous Henri IV; mais ici le nom de libéralisme est aussi impropre que le serait le nom de chimisme pour le parti Il 17

rival, dit uHra; s'il se parait de ce litre, on pourrait lui dire : vous ne vous occupez pas de chimie , mais d'affaires de parti : quelques-uns de vous peuvent être chimistes, mais l'objet de vos comités et de vos ligues n'est point l'étude de la chimie ni le progrès de cette science.

Tel est le vice où tombe Y opposition française, en donnant à son esprit de corps le nom de libéralisme. Expliquons le sens de ce mot , et les conséquences de sa fausse application.

La libéralité est un caractère. Le nom de libéral peut convenir à un homme riche, bienfaisant, généreux; et le nom de libéraux, à une société d'hommes opulents, qui répandraient beaucoup d'aumônes, feraient des constructions et fondations utiles à la classe indigente. Mais le mot de libéralisme n'est applicable qu'à une théorie sur l'emploi général de l'esprit libéral , sur son extension à des mesures qui puissent embrasser la masse du peuple.

Or, que veut celte masse? Elle veut ,

Le plein exercice des douze passions, 516 ; Les sept droits naturels et le minimum, 187, 169. Ces deux volontés sont la même, en différentes expressions.

Pour être libéral envers la masse du peuple, il faudrait lui garantir ces divers biens ; et le libéralisme est la théorie qui les lui garantira en tout ou en partie.

Le libéralisme comprend donc deux sciences encore inconnues.

1°. Celle de l'Association, qui garantit le plein exercice des facultés précitées.

20. Celle du Garantisme {Q^. période), qui ne procure que le demi-exercice de ces facultés.

Et comme nos partis politiques, nommés Libéraux ou

TNTERWfeDE. 387

Ultras, Ligueurs ou Frondeurs, n'ont jamais eu la moindre idée d'aucune étude ni opération relative à ces garanties, aucun d'eux n'a droit à s'attribuer l'esprit de libéralisme, qui suppose une tendance à l'établissement de ces garanties.

On ne vit jamais abus de mots plus étrange, et par suite abus de choses. Un parti politique prendre le nom d'une science qui n'est pas encore née, et dont i! empêche l'étude, en la confondant avec les cabales d'ambition!

Il résulte de cet abus de mots , que les deux sciences dont se compose le libéralisme, sont décrédilées de fait, avant même d'être connues , et qu'elles sont obligées aujourd'hui de déguiser leur nom, parce que le libéralisme ne présente que le sens d'intrigue démocratique , tendance à envahir les fonctions administratives, sous l'apparence d'un beau zélé pour le peuple , à qui cet envahissement ne garantirait aucun des droits qu'il réclame, pas même le plus urgent de tous , le minimum proportionnel (chapitre YI).

En déclinant les prétentions des soi-disant libéraux, je leur jette le gant d'autant plus franchement, que je les considère tous comme mes partisans secrets. Ils pourront s'offenser de quelques doutes sur leur philanlropie ; mais la bonne nature l'emportera; et comme ils sont, pour la plupart, très-ambitieux, ils seront, plus que toute autre classe, disposés à réfléchir sur la vaste carrière d'ambition que je viens d'ouvrir au 2^. moyen, et qui est pour tous les partis sans distinction.

Pourquoi les modernes, si pourvus de lumières en certains genres, n'ont-ils fait aucun pas dans la science urgente, celle d'associer les industrieux? C'est qu'ils

n'onl jamais connu les voies à suivre en garantie sociale, où l'on doit prendre pour règle,

D'enrichir toutes les classes de citoyens, sans en appauvrir ni spolier aucune.

De procéder par les réformes industrielles, sans s'occuper de la politique administrative.

Telle est la marche suivie dans les deux moyens positifs que je viens d'exposer : ils enrichissent les hommes étalent, sans spolier personne; et loin de contrecarrer l'administration , loin de provoquer des suppressions ou destitutions de fonctionnaires , ils posent en principe la nécessité d'augmenter le nombre des fonctionnaires et dignitaires, qui, ruineux aujourd'hui, deviennent utiles dans l'Association, où le travail étant attrayant, exerce attraction sur eux comme sur tout le monde.

Quel accueil pourrait espérer la théorie sociétaire , si elle débutait comme celles de nos prétendus libéraux, qui ne savent qu'appauvrir les savants et harceler l'autorité, àous prétexte de sauver le peuple ? Bien loin d'effaroucher les grands, cette théorie ne les aborde que le rameau d'or à la main. Elle dit à un ministre : < Que désires-tu? des richesses, des grandeurs? Tu n'es qu'au 2=. rang, soumis aux intrigues de cour, qui peuvent à chaque instant te faire chanceler : veux-tu devenir plus grand que ceux que tu sers? veux-tu un trône plus beau que celui de France ou d'Angleterre , le trône du monde [Omniarchat), ou d'un tiers du monde [Douzarchat)'} Veux-tu seulement un empire égal à la France? Veux-tu, en acceptant cette bonne fortune , jouir du témoignage de la conscience, faire à la fois le bien de ton souverain et de son peuple, libérer ta nation de sa dette publique? > (Introduction. ) »

Ainsi s'exprime et opère le vrai libéralisme; il donne à tous, sans rien ravir à aucun; méthode opposée au plan d'abaisser les grands sous prétexte d'enrichir le peuple, qui, en définitive, a toujours, comme l'âne de la fable, deux bâts à porter sous tous les régimes civilisés.

Les illibéraux sont plus francs; ils avouent qu'ils veulent s'emparer de tous les privilèges, et pressurer les industrieux autant que possible. Je me garderai bien de faire l'apologie de leur cupidité; mais je remarquerai, à ce sujet, qu'en voulant la réprimer, on n'a su se rallier à aucun des deux principes qu'il eût fallu suivre : je les ai exposés plus haut.

« Eh! quel moyen de les suivre, va-t-on me dire? Il » faudrait posséder comme vous un faisceau de sceptres » impériaux à distribuer, un assortiment d'empires à » proposer aux amateurs. > Passons sur ces badinages, qui bientôt seront pour les plaisants un sujet de profond dépit : je les attends au dénouement très-prochain. Jusque-là, insistons sur les principes du vrai libéralisme, si peu connus :

Enrichir tout le monde, sans spolier personne ;

Réformer le système industriel sans déplacer aucun fonctionnaire administratif, sans s'ingérer en aucune manière dans les opérations de l'autorité établie.

Ces deux principes sont tout à point l'opposé du système de nos soi-disant libéraux, qui, loin de savoir enrichir le peuple, ne savent pas s'enrichir eux-mêmes, et ne tendent à la fortune que par des voies qui portent ombrage à l'autorité.

L'absence du véritable esprit libéral entrave les découvertes en politique sociale; le faux libéralisme enracine

390 PnOLÉGOMÈNES.

les neuf fléaux lyijibiques 51 ; il consacre l'égoïsme et la duplicilé d'action : je le démontre.

Y Egoïsme. Jugeons-en par le plus fameux patron des libéraux, Caton, vertueux républicain, dont l'opinion entrait en balance avec celle des Dieux mêmes :

Victrix causa Diis placiiit, sed victa Catoni.

Or, qu'était-ce que les vertus de Caton? En voici un sommaire , un petit tableau, fait pour servir de modèle.

Caton prêtait son argent à la petite Journée; c'était l'usurier le plus dévergondé qu'il y eût dans Rome. L'usure y était, au temps de Caton, vertu endémique chez tous les amis de la patrie.

Caton faisait, de ses nombreux esclaves, une maison de prostitution; il leur permettait, à prix convenu , des accointances quelconques, soit entre eux, soit avec le public, le tout pour le triomphe de la saine morale.

Caton applaudissait aux jeunes gens qu'il voyait fréquenter les maisons de fliles de joie; il déclarait ces jeunes gens amis de la république et des bonnes mœurs ; et vraiment ces jeunes gens étaient amis de la c/wse publique, res publica.

Calon , en vrai ami de la chose publique, prêtait sa femme aux protégés, notamment à Hortensius, avocat célèbre et très-influent dans le sénat, mais avocat trèsdispendieux , car il avait exigé de Verres un fameux sphinx d'argent. Ledit Hortensius rendait des services à Caton, qui, pour la balance du commerce, chargeait sa femme de solder le compte; paiement économique et vraiment républicain !

Enfln Caton, digne émule de certains modernes, avait toujours , dans les débats politiques, le refrain des Robes-

pierre et des Maral, lagdillotine: supplicium sumendum . C'était la conclusion habituelle du sévère Calon, non moins altéré de vin que de sang, car il était d'habitude ivre chaque soir; aussi J.-B. Rousseau nous dit-il, pour l'achever de peindre :

La vertu du vieux Catori , Chez les Romains tant prône'e , Etait souvent, nous dit-on, De Falcrne enluminée.

Caton était donc le plus éhonté des égoïstes, et pourtant Caton est le héros de vertu sociale; c'est le modèle des sentiments patriotiques. Autant en serait des Solon, des Lycurgue, et de tous les fameux libéraux, si j'essayais de disséquer leurs vertus , dont je fais grâce aux lecteurs, afin de n'humilier ni libéraux, ni autres, et m'en tenir à mon plan, qui est de ne heurter ni encenser aucun parti.

J'aime les libéraux; je préfère leur société à celle de leurs antagonistes; je suis, comme eux, ennemi du despotisme qui ne peut plaire qu'à ceux qui l'exercent; mais je souris de pitié quand ils exposent leurs moyens, tous tendant à perpétuer l'égoïsme dont je viens de peindre un héros, et la duplicité d' action , autre vice de leur système. Je me réserve d'en donner la preuve positive à l'extroduction : nous n'en sommes ici qu'aux préludes en négatif, et je passe au 2^. vice.

\ Duplicité d'action. Les aveugles-nés seraient moins aveugles que nos libéraux sur ce qui touche à la duplicité. Sans recourir aux leçons de l'histoire, aux agitateurs d'Athènes et de Rome , ne sulfit-il pas des événements récents pour démontrer que le libéralisme est une armée à double ligne , dont la l^^^. se compose d'honnêtes gens, bien intentionnés , rêveurs d'équilibre et de constitution.

Après eux viennent , en 2^. ligne , les démagogues , troupe de garnements qui, en cas de victoire, s'empareront du butin et immoleront les libéraux mêmes, ainsi qu'on l'a vu en 1794.

Le libéralisme est donc un parti d'enfants perdus , mis en avant par les démagogues: ceux-ci, après une victoire , savent prouver qu'ils sont les vrais patriotes , et que le côté libéral est traître à la patrie. Pour faire face à ces intrigants, les libéraux n'ont d'autre ressource que de saisir le rôle du ministère qu'ils ont renversé, de rétablir le despotisme et l'oligarchie, afin de comprimer les agitateurs.

Il n'est donc pas de ressort plus illusoire que ce faux libéralisme, qui tend à déposséder les titulaires, pour établir ensuite, ou l'oligarchie inquisitoriale , ou la démagogie et l'anarchie qui mènent au despotisme militaire. C'est pourtant sur cet échafaudage de duplicité et de cercle vicieux, qu'est fondée la science de nos régénérateurs.

D'où vient cette aberration? De ce qu'ils ne connaissent pas les deux principes du vrai libéralisme, 588, principes dont l'observance aurait conduit depuis longtemps à la découverte des garanties sociales. Bien loin d'y tendre en aucun sens, on n'est parvenu qu'à envenimer les défiances, et établir entre l'autorité et le mot de libéralisme une antipathie très-fâcheuse.

Parmi les duplicités d'action qui naissent du faux libéralisme, j'en pourrais citer de bien déplorables, entre autres celle dont aujourd'hui la nation grecque est victime. Les gouvernements, alarmés par le penchant connu des libéraux à changer le ministère et les autorités , ont proscrit tout ce qui porte une couleur de libéralisme, et

les malheureux Hétéristes ont été , par suite de cette défiance , abandonnés à la hache des Turcs. La politique en est venue au point de favoriser le mahométisme et le judaïsme , aux dépens du christianisme , tant est grande la défiance qu'inspirent les libéraux, par leur manie de contrecarrer les autorités, dont un politique judicieux ne doit jamais s'occuper, puisque la source du bien social réside exclusivement dans les améliorations industrielles, qu'aucun gouvernement ne songe à entraver. La fondation d'une Phalange sociétaire serait protégée par les inquisiteurs de Goa, comme par les Certes. Tout gouvernement sait bien discerner ses amis et ses ennemis.

Provisoirement, pourquoi devons - nous augurer la faveur des cours et des grands? C'est que l'Association, au lieu de harceler le ministère et traverser ses plans , selon la coutume des libéraux , débute au contraire par lui garantir des postes bien supérieurs aux dignités actuelles, s'il adopte seulement une opinion neutre, expectante et conditionnelle , comme celle-ci : t On ne risque rien d'essayer le mode sociétaire sur un hameau, ne fûtce que par espoir des économies matérielles, surtout en combustible. >

Retranché dans ce langage de prudence , un ministre réfléchira aux suites de l'opération ; il pèsera la chance de distribution de sceptres qui aura heu à la fondation de l'harmonie. Des esprits frivoles, des politiques à courte vue, en gloseront ; je ne daigne pas les désabuser, puisque je ne veux persuader que le très-petit nombre, ma théorie n'ayant nul besoin de l'opinion générale, mais seulement du suffrage de quelques hommes exempts des petitesses de leur siècle. Je récuse tous ceux qui ne sauraient pas reconnaître,

< Qu'il n'y a ni libéralisme, ni liberté, sans le minimum » proportionnel, dont les trois conditions énoncées 172, > 173 et 187, devaient être boussole de l'esprit libéral , » qui n'en a tenu aucun cas. »

11 restera donc à indiquer aux faux libéraux , quelles Yoies ils auraient dû suivre pour acheminer par degrés à l'ètablissennent du minimum, en observant les règles cidessus établies :

Enrichir toutes les classes de citoyens, sauf les fripons:

Se concilier avec tout gouvernement, fût-ce l'inquisition :

Éviter en tout sens l'égoïsme et la duplicité d'action.

J'expliquerai , à l'extroduction , comment on aurait pu spéculer pour atteindre ces divers buts, sans effort de génie, sans invention du mécanisme sociétaire.

Ce serait intenter à l'esprit humain une mauvaise querelle, que de poser en principe qu'il est coupable pour n'avoir pas su inventer l'Association. Chacun est toujours en droit de répondre que la nature ne lui a pas donné le génie inventif : mais chacun pouvait opérer sur les procédés connus en civilisation ; et c'est sur leurs emplois possibles, sur les modifications négligées, que j'incriminerai les faux libéraux , qui ont manqué par cette faute l'entrée en garanlisme.

Rentrant dans le sujet de cet enlr'acte, je vais prouver que loin d'être généreux pour la masse du peuple , ils ne le sont pas pour eux-mêmes; qu'en tous pays ils sont ennemis de leur propre corporation , et bassement prosternés devant la politique qui les trahit comme ils se trahissent entre eux.

Celte discussion sera le sujet des 5®. et i^. moyens. J'ai pris l'engagement de convertir, dans le cours de cet

Intermède, les plus engoués de la Civilisation : il est entendu que je ne prétends étendre la conversion qu'à l/S®. ou iflO^., puisque je n'ai nul besoin d'en désabuser un plus grand nombre.

J'ai mis en jeu la gloire et la fortune dans les deux premiers moyens ; employons les deux derniers à stimuler l'amour-propre des individus , et l'honneur de la corporation entière, humiliée en tout sens par la politique et l'opinion.

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