FIN DE LA QCATRIÈHE NOTICE
SECONDE i'ARTir. CIS-AMBULE. 47
CIS-ÀMBVLE.
Les Melons jamais trompeurs, ou les prodiges de Gastronomie composée sériaire.
Donnons quclqu'article à chacune des classes de lecteurs. Il eu est qui aiment les démonstrations amusantes et alliées à Iciu's plaisirs favoris; de ce nombre sont les gastronomes : j'essaie, dans cette mé- (liaute, leur conversion. Je les suppose déjà émus des tabkau\ du raffinement que les Séries pass. introduisent dans la bonne chère. Je vais donner ici à la gourmandise des couleurs plus nobles , et la présenter comme auxiliaire principal des vues économiques de la Prov idence , pourvu toutefois que cette passion se développe eu Séries de Groupes.
Un petit d'bat gastronomique va Jious prouver qu'en s'initiant à la théorie des Séries pass. , on acquiert le don d'exphquer toutes les bizarreries apparentes de la nature, et d'enlever tous les voiles d'airain. C'est le melon qui va nous servir d'interprète.
Chacun connaît le dictum, que les melons sont aussi difficiles à connaître que les femmes et les amis. Ce serait un vrai prodige qu'un moyen de n'être jamais dupé surce fruit qui désoriente les juges les plus experts. On se demande souvent pourquoi la nature n'y a pas attaché quelque signe certain de qualité et de maturité ; serait-ce intention de se jouer de l'homme? Je vais expliquer cette énigme, et montrer dans le régime sociétaire une garantie pour ne jamais commettre aucune erreur sur le choix des melons.
Ce serait un faible avantage, s'il ne conduisait à de plus précieux : mais si la méthode qui évitera toute duperie sur les melons peut en préserver dans cent relations plus importantes, il devient très-curieui d'apprendre comment on peut introduire dans la distribution des melons ce discernement, cet à-propos que l'ordre civilisé ne sait établir ni dans les petites choses ni dans les grandes.
Il n'est pas de fruit qui convienne plus généralement à tous les goûts quele melon de haute qualité, comme les musqués de Perse, d'Astracan, de Basse-Provence, etc. Hommes, femmes et enfants, les animaux mêmes , depuis le cheval jusqu'au chat, sont friands du melon , qui , par cette raison , est fruit de haute harmonie et d'affinité unitaire.
Cependant ce végétal si éminemment destiné à l'homme et à ses animaux domestiques est le plus trompeur, quant aux apparences ; il «emble que la nature l'ait créé pour persifïler l'espèce humaine. Quelque coin qu'on apporte au choix du melon, sans cesse on y est dupé,
4B CIS-LÉGOMÈN£S.
surtout en pays froid; et les tables relentisseiit de jérémiades sur le désagrément d'avoir amplement payé un bon melon et de ne rencontrer qu'une courge.
On prend cependant, pour l'achat de ce fruit, des précautions extraordinaires : on en exclut les femmes, comme incompétenteset profanes en gastronomie; et dans tous pa>s, ce n'est point la ménagère, c'est le mari qui est chargé de l'achat du melon. Malgré tant de soins, la bévue est si fréquente, qu'on plaisante celui qui porte un melon, tant il est connu que les acheteurs les plus exercés trouvent souvent à décompteiquand on en vient à l'ouverture.
Quelle était donc l'intention de la nature, quand elle revêtit ce fruit d'une envelopj)e éuigmatique et faite pour mystifier les dineurs civilisés? A-t-elle ^oulu berner ces légions de fourbes; les payer en leur monnaie qui est la fausseté? Oui : mais cette ironie calculée se rattache à des dispositions de justice dis'.ributive , impraticable en civilisation.
Dans l'ordre sociétaire, le choix du melon est aussi exempt d'erreur que si on l'achetait à la coupe. Expliquons le mystère.
Toute Phalange agricole établit dans ses distributions de comestibles 7 classes, qui sont,
l'^.La commande, environ 50 indiv.
2». Les malades et patriai'ches, env. 50 j
5<=. La Ife. classe, env. <00 '
i^. La 2'*. classe, env. .500
5*. La 5"=. classe, env. 900
G". Les enfants de 2à 4 1^2 env. 100 7e. Le caravenserai, nombre illimité.
31 Un lot d'animaux contenant les mets grossiers et les rebuts.
Examinons comment aucune de ces classes ne peut être dupée ni >.ur le melon ni sur d'autres comestibles.
Chaque jour les groupes de melonistes, c'est-à-dire les cultivateurs et distribntem-s de melons achetés ou recueillis, dispose la quantité nécessau-e à la consommation journalière.
Quelques moments avant le repas de chacune des classes, on procède a la sonde et dégustation des melons du jour : on commence parle lot estimé superflu, et destiné aux compagnies de commande et de l>r. classe, aux malades et patriarches (').
(") i\otf(. La f'. classe, quoique la plus riche, est la \"^. attablée, contre l'usage civilisé qui, par des travaux sédentaires et une vie apathique , ôte l'appétit aux gens riches, ou leur en laisse à peine pour un dîné à la nuit tombante. Le contraire a lieu en Harmonie, où les riches, par une vie plus active encore que celle des pauvres , jouissent d'un appétit florissant à leurs cinq repas, et ne sa(Commoderaicut j)uileraent d'un diné qui prendrait la placedu soupe, selon lusagede Paris.
SECONDE pXIrtie. CIS-AMBCLE. 49
Sur ces melons sondés et choisis parmi les meilleurs en apparence , on sépare tout linférieur pour les tables de 2*. classe, qui, payant moins, doivent avoir la moyenne qualité. On sonde ensuite une masse de melons estimés 2«. classe , dont on n'admet que la portion précieuse pour cire jointe aux résidus de U«. classe. Ensuite pour les S", tables de 900 personnes, dont le repas est plus tardif, on sonde la masse entière des melons àconsoramer, et dont le choix est adjoint aux résidus de 2e. classe. Ainsi tous les melons servis aux tables de divers degrés sont non-seulement bien appropriés au degré, mais revêtus d'un signe indicatif de leurs quaUtés ; de sorte que, loin d'avoir aucune erreur à redouter, on voit par signes indicatifs la valeur réelle de chacun des melons placés au buffet.
Achevons sur les convenances générales de cetle répartition. Les pièces trop menues , le fretin de très-bonne qualité, qui ne serait pas présentable aux compagnies de Ire. classe, convient à merveille pour les enfants de ladite classe. Après tous les choix terminés, îl se trouve quelques melons gâtés ou inférieurs, qui sont répartis aux chevaux, vaches', moutons ou autres animaux, ainsi que les croûtes de divers degrés. Vient ensuite la distributicm des restes de tranche, négligés quoique bons: ils sont distribués d'abord aux chats, puis aux volailles et poissons en engrais. Les restes de sorte inférieure se partagent entre les animaux de moindre valeur comme les pourceaux.
Ainsi pas un homme, pas un chat , ne peut être dupe sur le melon , fruit si perfide pour les civilisés , parce qu'ils ne règlent par l'ordre distributif selon la méthode sériaire voulue par Dieu; méthode avec laquelle il a fait coïncider toutes les dispositions de la nature. Il est fort juste que les civilisés, dans ces détails distributifs, soient dupes de leur morcellement social ou régime familial; et Dieu exerce une ironie aussi fine que judicieuse, en créant certains produits énigmatiques en qualité, comme le melon, fait pour mystifier innocemment les banquets rebelles aux méthodes divines, sans pouvoir tromper en aucun sens les gastronomes qui se rangeront au régime divin ou sociétaire.
Je ne prétends pas dire que Dieu ait crée le melon exclusivement pour cette facétie ; mais elle fait partie des nombreux emplois de ce fruit. L'ironie n'est jamais négligée dans les calculs de la nature; on en verra la preuve à l'article Pivot inveuse, pollen du lijs. Le melon a parmi ses propriétés celle de l'irouie harmonique, indépendamment d'autres plus importantes et dont il n'est pas temps de faire mention.
Il suffirait de cette description des emplois combinés du melon, pomnous désabuser sur tant de bizarreries apparentes de la nature. Il n'y a de bizarre que la civilisation , qui n'a rien de compatible avec les vues de la Divinité , ni avec le système distributif réglé antérieurement à la création , et adapté à l'état sociétaire ou régime des Séries pass. contrastées , rivalisées , engrenées.
lu. 5
50 cis-légomèm;s.
1 1 est , je le sens, bien humiliant de se rendre à pareille opinion, quand on a amoncelé 400,000 tomes pour prouver que la civilisation est le l)u! de Dieu, et voilà pourquoi les Buffoii, les Sénéque et autres beauv esprits, aiment mieux prétendre que la nature s'est trompée en créant les passions et les régnes, que de mettre en question si les passions et les règnes n'ont pas une autre destination, et par quels mo\ens on pourrait déterminer cette destinée inconnue, donl toute la création mater. ei i)ass. nous fait soupçonner l'existence, par son inconvenance ave« Tordre civilisé el barbare.
Obligé de reproduire sous différentes faces la véritf' fondamentale , que ni l'homme, ni les produits de divers règnes ne sont jaits pour fit (iiilisation . i'ai recours, dans cet article, aux dissertations familières, comme l'induction tirée des emplois du melon dans l'état sociétaire. Je pourrais l'appuyer d'autres exemples de même genre , fournis par ce» I)roduits qui paraissent faits, comme le melon, pour persifïler l'horamp. ne persiffleut que la civilisation inhabile ;i les employer.
Tern)inons en observant que, dans l'ordre civilisé où le travail est répugnant, où le peuple est trop pauvre pour participer à la consommation des mets précieux, et où le gastronome n'est point cultivatem-, sa gourmandise manque de lien c/iiwtavecla culture; elle n'est que sensualité simple et ignoble , comme toutes celles qui n'atteignent pas au mécanisme compose , ou influence de production et consommation agissant sur le même individu.
Je reprendrai cet argument au trans-amhuk oii la gastronomie, qui n'est examinée ici qu'en emploi compose , sera traitée en hi-composit siu* un autre sujet. 11 suffit, pour • le moment, " d'avoir démontré sur cette bagatelle gastronomique l'inconvenance de l'ordre civilisé avc! les dispositions de la nature, la connexion essentielle des passions et des règnes avec les séries de groupes industriels dont nous allons traiter, et l'imiwssibilité d'expliquer autrement que par la destination sociétaire : toutes les bizarreries apparentes de la création telle que la rébellion d'un couple de porteurs magnifiques, le z'ehre et le qitagga, plus précieux que l'iine et le cheval, et qui, indomptables pour les civilisés et barbares , deviendront des montures aussi dociles que précieuses pour leiat sociétaire. La nature, en nous refusant la possession de ces superbes quadrupèdes, nous raille plus amèrement encore que dans l«s {)icges du melon.
3nier-€iminaiv(5,
Fausseté des amours civilisés; faussement du système social par celui des amours.
Répliques négatives à la critique.
PRiE. — Y pensez-vous, de choisir pareil sujet? écrire sur l'amour? il vous faudrait la plume des Tibulle et des Parny : on exige tant de finesse, de légèreté!
Vraiment! N'exigera-t-on pas aussi, selon Diderot, la plume trempée dans l'arc-nn-ciel , et la poussière des ailes du papillon? C'est en nous payant de ces fadaises, que les sophistes nous donnent le change sur leur impéritie en calculs de politique amoureuse ou mineure, et nous occupent exclusivement de politique ambitieuse ou majeure, qu'ils ont traitée si habilement, surtout dans cette génération.
Sans recourir ni à l'arc-en-ciel , ni aux papillons, je vais présenter l'amour sous un point de vue plus digne d'intéresser les gens de bien ; je vais leur démontrer qu'une erreur commise en théorie d'amour suffît seule à renverser tout l'échafaudage de la politique et de la morale civilisées.
Elles ont organisé le régime des amours en contrainte générale, et par suite en fausseté générale ; car '\\ y a fausseté partout où il y a régime coërcitif. La prohibition et la contrebande sont inséparables en amour comme en marchandise. Or, si vous opposez à l'amour des lois pro-
52 CIS-LÉGOMÈNES.
hibilivcs, soyez certain qu'il ripostera par la contrebande générale.
De là résulte déjà que toutes les relations de famille sont viciées; que le père est trompé par sa femme et sa fille intéressées à lui déguiser leurs amours , et rétives à ses impulsions de fidélité, de mariage ou autres. Il est trompé , de plus , sur l'origine de ses propres enfants ; et c'est la plus odieuse de toutes les perfidies sociales, quoique sujet de plaisanterie. [Kean, Beaumarchais, Joconde.]
Cependant nos équilibristes veulent fonder le bonheur public et privé sur le bon ordre des familles. Nous aurons donc à examiner comment la fausseté des amours jette le désordre dans les familles, et par suite, dans tout le système social. Ce sera une thèse graduée, s'élevant de la partie au tout.
Elle m'a paru nécessaire, en réponse aux critiques prématurées qu'excitera la 4^. Notice, liv. 2®. Chacun s'insurgera à l'idée d'une liberté de choix laissée aux jeunes filles , malgré l'observation faite que ce régime ne devra s'établir qu'au bout de deux générations, et qu'il sera pondéré de manière à faire le bonheur des pères comme des enfants.
Il convient de modérer ces impatients, par une réplique négative, par un tableau des désordres qu'engendre leur méthode , produisant tous les effets contraires aux biens qu'elle promet. C'est l'usage de la philosophie: manquerait-elle à le suivre en régime d'amour, comme en toute branche de mécanique sociale?
Toutefois, si les sophistes ont pour la vérité le zèle dont ils font étalage , ne doivent-ils pas applaudir à l'idée de la faire dominer dans les amours , d'où elle est si bien
bannie qu'ils n'ont jamais songé aux moyens de l'y introduire; tant la difficulté leur a paru insurmontable.
Cet obstacle, comme tant d'autres, tombe devant les Séries passionnelles : mais fixons-nous à l'objet de cet Intermède, qui est purement négatif, n'ayant d'autre but que de constater le mal actuel, et amortir la fougue des sophistes qui s'écrient < que tout est perdu, si on s'é- » carte de leurs méthodes coërcilives et fautrices de la > dissimulation et de la perfidie, sous le masque d'appui " de la vérité. »
C'est au sujet le plus frivole en apparence , aux amours, que va se rattacher le plus grave des problèmes, celui du règne de la vérité : préalablement, donnons, sur l'emploi de la vérité , une boussole fixe , comme j'en « donnerai » sur l'estimation du bonheur, au « 7^. » chapitre des « Cis- " légomènes.
Nous allons passer, dès le livre suivant, au calcul le plus effrayant pour la politique humaine , celui des équilibres PASSIONNELS. Qucllo Serait notre déconvenue, en pareille étude, si nous n'avions pas de boussoles théoriques et pratiques sur l'emploi de cette vérité , gage de tout équilibre, en matériel et en passionnel !
Quant à présent, quelle vérité trouver dans les deux branches principales du passionnel , dans les relations d'amour et d'ambition? Ce sont des abîmes de fausseté. On ne s'en est guère inquiété quant à l'amour, qu'on a cru hors du domaine de la politique sociale, et bon seulement à occuper Colin et Colette.
Loin de là : cette passion nous présentera des problèmes d'équilibre plus difficiles encore que ceux d'ambition, parce qu'en mécanique passionnelle ainsi qu'en musique, l'ordre mineure moins d'accords que le majeur.
Si CIS-LÉGOMÈNES.
Cependant que deviendrait le calcul de l'Attraction ou Harmonie spontanée, s'il ne s'étendait pas à l'amour comme à l'ambition, et si on ne parvenait pas à établir en amour la pleine dominance de la vérité? Ce sera le plus compliqué de tous les équilibres, le plus étendu en ramifications et ressorts. 11 faut donc y disposer de loin les esprits; tel est l'objet de ces Inter-liminaires, affectés à quelques analyses de nos ridicules sociaux en mode mineur, des bévues du régime civilisé en relations d'amour et de famille.
CJS. — Théorème de l'emploi intégral de la Vérité, de sa connexion en modes majeur et mineur.
Tilrc bien glacial, début bien pédantesque dans un intermède consacré à l'amour! Qu'on se rassure; les roses pourront se trouver à la suite des épines, et il me serait facile de semer de fleurs le chemin de cette nouvelle doctrine ; mais il est force de débuter sur le ton sévère en attaquant des illusions scientifiques ; la prétention de créer un bonheur public et privé, isolé de la vérité et des garanties.
Je consens, puisqu'on l'exige, à donner quelques pages aux détails amusants; qu'on me permette un article préalable sur la violation des principes. Je serai bref sur ce sujet.
Signalons d'abord l'aveuglement de ceux qui prétendent introduire la vérité dans le monde social, sans y comprendre les relations d'amour. Ils semblent ignorer que l'amour étant une des quatre passions cardinales, et l'une des plus puissantes, il suffit que celle-là soit faussée, pour fausser par contact le mécanisme des trois autres,
c'est-à-dire tout le système social ; il est compris implicitement dans les quatre passions cardinales:
Ordi'e MAJEUR, Ambition, Amitié; Ordre mineur, Amour, Famillisme.
Car on voit dans toute relation sociale quelqu'une de ces 4 passions coïncider avec l'exercice des 8 autres. Il sufiirait donc, pour généraliser la vérité, de l'établir dans le jeu de ces 4 passions.
Le régime civilisé opère comme un ministre qui , voulant former un cordon contre la peste et devant bloquer une frontière de 80 lieues, ne placerait les troupes que sur une longueur de 60 lieues, et laisserait ouvert un quart de la frontière, 20 lieues, en libre passage aux pestiférés. Cette disposition serait digne de risée, et n'opposerait à la contagion qu'une barrière illusoire.
Te! est le fait de notre politique : elle ouvre à la fausseté plein accès dans la passion de l'amour, qui régit au moins le quart des relations sociales. Une fois introduite sur ce point , la fausseté gagne nécessairement les rel.itions de famille , et bientôt tout le système, comme ferait une contagion à qui on ouvrirait le quart de la frontière infectée.
Je € tracerai » le plan d'une éducation qui , dès l'entrée en puberté , ferme les voies à la fausseté des amours, en laissant aux penchants contrastés un essor suffisant, et assurant des récompenses de divers degrés à ceux qui se distingueront dans l'une et l'autre carrière, soit dans la virginité prolongée, soit dans l'exercice décent des amours précoces et fidèles.
J'ai prévu que ces coutumes, décrites en 4®. Notice, section 4, livre 2, paraîtraient choquantes et inadmissibles. Je prendrai l'engagement de réfuter les objections
56 CIS-LÉGOHÈNES.
d'incompalibililé avec nos principes sociaux, et de donner sur ce point les éclaircissements les plus satisfaisants.
Provisoirement j'ai eu recours à un moyen dilatoire, à l'hypothèse d'un tableau des mœurs et usages de la planète Ilerschel, en premiers amours. Ce n'était point une ticlion : ces coutumes sont réellement celles de toute planète cardinale où les passions sont en plein équilibre en 8^. période sociale, II , 33.
Sur notre planète relardée et arrêtée en 4^. et 5^. périodes, l'amour, comme les autres passions, n'engendre qu'égoïsme et duplicité. Ces résultats sont-ils le vœu de la politique, de la morale et de la religion? Non, sans doute, puisqu'elles s'en indignent sans cesse, adressant à ce sujet les reproches les plus amers aux nations civilisées, que Jésus-Christ appelle race de vipères. C'est vraiment leur nom.
Il y a donc erreur sur le choix des coutumes applicables à la vérité, et notamment sur celles qui régissent l'amour dans les divers âges. Nos coutumes sont visiblement en état de guerre avec nos principes.
Si l'on désire le règne de la vérité , si on la veut en réalité et non en rêve, il faudra donc s'étayer de mœurs fort opposées aux nôtres, et modifier en plein les relations cardinales; celles d'amour et de famillisme, aussi bien que celles d'ambition et d'amitié.
Le siècle transigerait aisément sur ce qui touche aux relations majeures, ambition, amitié. On convient sans peine que tout est faux dans les relations d'intérêt , qu'elles auraient besoin d'une réforme complète. Mais on prétend améliorer les mœurs en laissant à la contagion, moitié du domaine social , toutes les relations mineures d'amour et de famillisme.
SECONDE PARTIE. JNTtR-LlMlNAIRES. o7
Débrouillons ce chaos de préventions qui régnent au sujet de la vérité active, c'est-à-dire vérité praticable, compatible avec l'attraction, avec l'intérêt et le plaisir. Ce sont les grands maîtres du monde ; ils le seront toujours , môme en Harmonie. Si donc la vérité , après 3,000 ans de bannissement, veut passer du dernier rang au premier; si elle veut saisir le gouvernail du navire social , il faut qu'elle avise enfin aux moyens de se concilier avec l'intérêt et le plaisir; de s'appliquer intégralement à l'ensemble des relations : car il est certain que si on laisse une branche du système social ouverte à la fausseté , ce sera imiter le général qui laisserait une partie du cordon ouverte aux pestiférés. Ainsi opère la Civilisation.
Beau sujet de réflexions pour nos conlroversistes qui avaient oublié de porter en compte l'amour , dans leurs spéculations de vérité et de régénération. Je vais leur décrire les effets de cette omission , et les disposer à comprendre que vouloir à demi le règne de la vérité; admettre un partage entre elle et le mensonge; céder au mensonge tout le domaine des amours, et par suite beaucoup d'autres , c'est consacrer le triomphe absolu de la fausseté : aussi envahit-elle en entier tout le système civilisé.
Voilà de graves principes à propos de cet amour qu'on ne croyait bon qu'à occuper les romanciers : ainsi l'avaient persuadé nos subtils politiques , pour se dispenser de recherches sur le plus épineux des problèmes, celui du règne de la vérité en amours. Cependant, où sera l'unité d'action en mécanique sociale , si on admet que la fausseté doive dominer dans l'ordre mineur, dans les relations d'amour, et par suite dans celles de famillism/.» ?
o8 CIS-LÉGOMfer<ES.
On n'admet point la fausseté, répliquent-ils; on défend l'adultère en mariage , et la fornication hors de mariage: puissant moyen, quand il est prouvé par le fait que les amours illicites sont sept fois plus nombreux que les conjugaux! On défend aussi de préférer les richesses à la vérité : le beau succès qu'ont obtenu toutes ces prohibitions morales !
Résumons et déterminons les boussoles en fait de vérité sociale ou praticable.
Boussole concrète ou pratique: elle est dans l'emploi des Séries pass.; hors de ce mécanisme, tout est faux. De là vient que l'ordre civilisé est aussi faux en relations majeures, astuces d'ambition, amitiés trompeuses, etc., qu'en relations mineures, amours illicites et vénaux, familles discordantes et paternité incertaine.
Boussole abstraite ou théorique : elle est dans l'unité ET l'i>tégralité de système , qui exigent que toute mesure tendant à l'établissement de la vérité soit applicable aux relations majeures et mineures. H y a duplicité d'action, si on ne spécule que sur un seul des deux ordres, si on veut établir la vérité dans les relations sociales d'intérêt, sans l'établir dans celles d'amour. Cette prétention simpliste engendre la fausseté générale : il faut y substituer le système composé, une théorie applicable simultanément aux relations d'intérêt et d'amour.
La vérité une fois compatible avec l'ambition et l'amour s'étendra par suite aux relations d'amitié et de famille ; car il est , parmi les quatre passions cardinales , deux reclrices qui dirigent les deux autres,
Rectrices. Régies.
Hijper -majeure , l' ambition ; Hypo-maj. , l'amitié; Hyper -mineure , l'amoue. Hypo-min. , LE famillisme.
Voilà, en théorie abstraite de vérité, le principe auquel devait se rallier la science ; unité d'action et intégralité d'emploi. Si tout est lié dans le système de la nature , comme le disent nos oracles civilisés, ils doivent en conclure que tout est lié dans le système des passions, et que les relations d'amour doivent être comprises dans un système de vérité sociale. Or, comment y établir la vérité sans la liberté.
Mais cette liberté en amour n'est pas compatible avec l'ordre civilisé et barbare : qu'en conclure, sinon que , pour arriver à la liberté et la vérité, il faut découvrir une société autre que l'état civilisé et barbare, et que, pour la découvrir , il faut la chercher ?
Ainsi la boussole abstraite , règle d'unité et d'intégralité de système que tout savant pouvait déterminer et proposer, aurait bien vile conduit à inventer la boussole concrète; car, en cherchant un état social différent du civilisé ou morcelé, on se serait nécessairement occupé du sociétaire , dont l'étude aurait acheminé au calcul des Séries pass.
La philosophie n'a pas daigné spéculer sur l'unité et l'intégralité en majeur et mineur. Toute préoccupée de chimères en liberté majeure ou licence ambitieuse , elle n'a point songé aux libertés mineures ou amoureuses. Elle a déclaré l'ordre mineur bon dans son organisation actuelle. Sanctionnant ainsi la fausseté et la contrainte dans une moitié du mécanisme social , elle a dû s'attendre ù voir la fausseté et la contrainte dominer dans l'autre moitié , dans l'ordre majeur , où il ne peut exister ni liberté ni vérité en Civilisation.
J'ai constaté l'absence de principes dans les théories actuelles sur l'amour ; c'était la première réponse à faire
00 cis-lég05iè7;es.
aux délracteurs qui criliqueronl mes disposilions sur l'âge de puberté, 4®. Notice, « Livre 2, » où l'on verra plein essor assuré à la liberté et à la vérilé. Quel en sera l'effet? C'est de quoi je traiterai au Livre 4. Continuons à modérer les critiques par l'analyse des résultats de leur ouvrage. Disséquons ce beau système de contrainte et fausseté en amour, et voyons s'il serait possible à l'esprit humain d'en imaginer un plus stupide.
CITER. — État de la Vérité sociale en relations mineures d'amour et de famillisme.
La question doit être envisagée en sens politique , moral et religieux, selon l'engagement pris de satisfaire à la fois les trois autorités.
L'examen des convenances religieuses est placé à la fin de l'article , vu la nécessité de traiter le fond avant la forme : or , le fond comprend les débats du ressort de la politique et de la morale.
Au reste, les trois intérêts se compliqueront plus ou moins dans le cours de la discussion. L'on se rappellera que sous le nom de vérité sociale , je désigne la vérilé praticable et pratiquée, les réalités, et non les illusions.
1^. 1. — Politique. Son but est de fonder le bonheur domestique sur les bonnes mœurs et l'union des familles, et par conséquent sur la pratique de la vérité ; car l'emploi des astuces, des perfidies, ne peut engendrer que la discorde.
En principe général, on ne peut pas introduire la vérilé dans les relations de famille , si elle ne règne pas en relations d'amour : analysons dans les unes et les autres l'état de la vérité.
SECONDE PARTIE. INTER-LIMINAIRES. Gl
Déjà j'ai démontré , au Trans-Lude , que la politique établit quadruplicité d'action dans le système d'éducation, branche primordiale du famillisme.
La politique d'amour est de môme faussée dans tout son système , et organisée en quadruplicité d'action et de conflit que je vais analyser.
Quadrille du conflit erotique.
K Sérails composés.
i. Amours vénaux ; 3. Mœurs du petit monde ; 2. Amours secrets ; 4. Mœurs dugrand monde. X Amours comprimés ou légaux.
L'examen détaillé de ces vices va prouver la justesse du principe : f que le bonheur domestique ou familial est » inséparable de la vérité en régime d'amours : que si la » politique manque l'équilibre en relations d'amour , elle » le manque par contre-coup en relations de famille; et » que si la fausseté règne dans les amours, elle doit régner » par suite dans le mécanisme domestique ou familial. > Procédons à l'examen des faussetés et conflits du régime d'amours civilisés.
K Sérails composés. Il existe de véritables sérails dans tous les pays civilisés oii règne l'esclavage. Les Colons se font un sérail de leurs Négresses ; les graves Hollandais ont à Batavia des sérails de trois couleurs, assortis en femmes blanches, mulâtresses et noires. C'est un engrenage en coutumes barbares, un caractère de transition; j'ai dû le noter du signe K.
Les sérails existent, quoiqu'en petit nombre, dans les pays exempts d'esclavage. On en a vu, à Versailles, un sous le nom de Parc aux Cerfs. Combien de maisons affublées d'un masque décent et d'un titre pompeux ont été
de jolis sérails , ouverts en secret à quelque haut et puissant seigneur! Au reste, un civilisé opulent n'a-t-il pas pleine licence de se former, soit dans son domestique, soit ailleurs, un petit sérail, mettre en campagne des matrones intelligentes, qui savent bien lui procurer femmes et filles de haut parage, la nombreuse famille
d'ÂRGENCOtR?
Jusqu'ici l'abus n'est que simple, qu'imitation des coutumes larbares que proscrivent la religion et la morale. Mais l'ordre civilisé, je l'ai fait remarquer plus d'une fois, a la propriété d'élever au mode composé tout vice que la barbarie exerce au mode simple. Celle-ci ne connaît que le sérail fixe et forcé : la civilisation en établit de pareils , comme on vient de le voir ; en outre , elle y ajoute le sérail vague ou libre.
Qu'est-ce que le sérail vague? C'est l'apanage de tous les jeunes gens bien favorisés de la nature, et un peu de la fortune. Comment le sérail vague est-il organisé? On peut s'en informer vers le chevalier Joconde, qui vient sur les ihôùtres nous faire le récit de son genre de vie er^ S'^i ail vague.
Sans nie piquer d'être fidèle. Cotait plutùt de la prudence;
Je courais d'amour en amour. Car des femmes, en vérité.
Je n'aimais jamais qu'une belle; Je connais la légèreté,
Je ne l'aimais guère qu'un joiir. Et je ne les quittais d'avance ,
Ce n'était pas de l'incoastauce; Que pour n'eu pas être quitté.
Joconde en avait donc 060 par an ! Réduisons et abonnons pour une cinquantaine. C'est à peu près le train de vie de la plupart des jeunes gens riches; du moins de la classe nombreuse dont les caractères inclinent au genre volage. On verra, au traité des caractères, que celle classe est en majorité des 3/4; et ce qui le prouve, c'est
que Joconde est fort applaudi des femmes confime des hommes, quand il fait trophée de pareilles mœurs.
« Applaudi! Eh, de quelle classe? dira-t-on, d'une » tourbe de débauchés qui fréquentent les spectacles? » Mais, si d'autres ne les imitent pas, c'est souvent parce qu'ils ne peuvent pas. La crainte des maladies siphyllitiques en ramème quelques-uns à la constance ; l'intérêt , l'esprit de corps, le titre de caractère, en contiennent d'autres; mais supposez la bride lâchée, les humains abandonnés à la bonne nature, vous en verrez le plus grand nombre imiter Salomon et Joconde. Quoi de plus moral que les Hollandais, dans leur pays? Voyez ces mêmes hommes à Batavia.
Quoi qu'il en soit , l'analyse dépose que les civilisés élèvent au mode composé le vice deplurigamie, qui n'est que simple chez les Barbares; ceux-ci n'ayant que des sérails fixes , tandis que les civilisés en ont de fixes et de vagues. Tout jeune citadin un peu avantagé de la nature et de la fortune sait se former un sérail vague, assorti en femmes de tous rangs, et sans être comme les Barbares , astreint à faire les frais de leur entretien. Loin de li'i, il en est bon nombre qui grugent et spolient les femmes.
J'ai parlé du vice de transition; examinons plus brièvement les vices du quadrille de conflit.
lo. Les amours vénaux. Il en est de beaucoup d'espèces : la vénalité en amoiîr ne se borne pas aux filles du bazar. Combien d'hommes et femmes de haut parage sont enclins à ce genre de corruption ! Sanchez est d'avis qu'une femme a le droit de se vêtir d'un fichu clair quand elle va solliciter un procès: dans ce cas, la solliciteuse et le juge qui s'y laisse prendre ne sont-ils pas deux cham-
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pions d'amour vénal? On pourrait leur accoler beaucoup d'autres classes et des plus huppées ; mais soyons discrets en parlant de la bonne compagnie.
Quant au peuple, sa vénalité en amour n'est pas un mystère : on en connaît même les tarifs, comme ceux des prix courants de la bourse : et faut-il s'en étonner, quand en voit des tarifs établis sur des vertus de plus fort calibre , comme celles des représentants d'une nation ? Walpole ne disait-il pas qu'il avait dans son portefeuille le tarif de toutes les probités du parlement d'Angleterre?
Sous le règne de telles mœurs, comment la politique , la morale et la religion atteindront-elles à leur but, au bonheur domestique fondé sur la fidélité conjugale des épouses, la continence des filles, et le règne de l'auguste vérité dans les relations domestiques?
20. Les amours secrets. C'est encore une kyrielle des plus volumineuses. J'en abandonne le conipte aux statisticiens; ils en rempliront pour la seule ville de Paris dix tomes aussi épais que l'almanach royal. Tout ce manège pourtant est violation des lois morales, civiles et religieuses : quelle insubordination dans ce monde galant, quelle rébellion à la morale douce et pure! et comment, à l'aspect de tant d'infractions notoires ou secrètes, peuton tarder à reconnaître
Ou que le régime des amours est organisé à contrasens des convenances de la vérité et de la morale ;
Ou que si un tel régime est inséparable de la civifisation, cette société est l'antipode de la morale et de la vérité?
50. Les mœurs du petit monde , et surtout de la catégorie nommée petites bourgeoises, boutiquières, griseltes, etc. Elles sont, avant le mariage, une classe de
femmes enlièrcmenl libres , surtout dans les grandes villes. Elles ont des amants afïichôs , à la barbe de père et mère ; elles en ont à rechange en toute occasion, tant connus qu'inconnus ; enfin elles jouissent à profusion de ce qui est refusé aux demoiselles d'un rang supérieur. Elles passent leur jeunesse à voltiger d'homme en homme. Vraies jocondixes , elles n'en sont que plus intelligentes au travail, et plus habiles à empaumer quelqu'innocenl, qui les épouse quand elles sont sur le retour.
Celte classe est par le fait émancipée, aussi bien que s'il existait pleine liberté en amour. Et pourtant ladite classe, ouvertement dégagée du frein des lois civiles, religieuses et morales, forme moitié de la population féminine des grandes villes , où les saines doctrines de la morale douce et pure sont prodiguées au peuple.
En fait de petit monde, je m'abstiens de citer les soubrettes et chambrières, qui sont censées n'avoir pas connaissance des lois de continence; du moins agissent-elles comme si elles n'en avaient jamais ouï parler, bien qu'elles soient , comme les pelitesbourgeoises , assidues au prône, où on leur enseigne ces préceptes. Que penser, après cela , des mesures prises par la politique, la religion et la morale, pour mettre un frein aux amours? Ne doit-on pas soupçonner un trio d'erreurs dans les trois systèmes répressifs?
40. Les mœurs du grand monde, ou classe des gens comme il faut, qui se dispensent des lois morales, tout en les protégeant comme bonnes à contenir le petit peuple. Chez des gens comme il faut, le mari a ses maîtresses connues, et la dame ses amants connus. Cela concourt à l'harmonie du ménage. C'est ce qu'on appelle savoir vivre.
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Un petit inconvénient de ces mœurs dites comme il faut est qu'on ne sait trop de quel père sont les enfants: nriais la loi is pater est , etc. , y a pourvu, et ne laisse aucune équivoque, en dépit de certaines ressemblances qui pourraient jeter du louche sur l'origine des tendres enfants.
La médecine vient à l'appui de la loi, en déclarant que ces ressemblances peuvent provenir de regards que la femme enceinte aura jetés sur quelqu'homme dont la physionomie l'aura frappée. A-t-elle regardé un nègre , c'en est assez pour qu'elle accouche d'un mulâtre! Or, si l'affaire ne lient qu'à des regards, un mari aurait bien mauvaise grâce à concevoir des doutes , contre le témoignage de la loi et de la médecine, aussi infaillibles l'une que l'autre.
D'autre part, des voisins et amis bien endoctrinés garantissent au père que cet enfant lui ressemble beaucoup. Les gens qui n'en croient rien se bornent au silence ; dés-lors tout s'accorde à favoriser et légitimer la fraude sur pareil article.
D'ailleurs , n'est-il pas de fort mauvais ton d'être jaloux de sa femme? Si l'on veut mériter le titre de bon mari, il faut avoir une foi vive et croire qu'il ne peut rien se passer entre gens de bonne compagnie. Yoilà le précepte moral , quant au\ bourgeois.
Mais les maris du grand monde y regardent-ils de si près? La plupart ont spéculé sur une dot ou une alliance utile; ils ne sont peut-être pas trompés sur ce point. Souvent encore ils ont une spéculation accessoire et fort commode, qui est d'attirer chez eux, à titre d'amies de madame, force jeunes femmes et demoiselles, les cour-tiser du gré môme de la dame qui ferme les yeux, selon la règle, passe-moi la rhubarbe , je te passe le séné.
Dans le cas de ce concert anli-moral d'une jeune femme et d'un mari rusé qui s'entend avec elle pour faire du mariage un masque d'intrigues , la maison devient une arène de haut tripotage où l'on dirige l'opinion, où l'on fait et défait les réputations. Une telle coterie est en grand crédit; elle exerce le matronage composé, qui est une des belles ordures de civilisation , un des trophées de l'auguste vérité. Ladite maison a plein accès vers les puissances; elle obtient les grâces, les sinécures; elle fait des colonels, de l'aveu même de Bonaparte, qui reprochait à pareilles dames de s'en être vantées. Si elles en faisaient sous lui, sous quel règne n'en feront-elles pas ?
Une matrone simple se fait tancer et rançonner par la police; une matrone composée, opérant sous l'égide du mariage et du mari, marche à la haute fortune , distribue dos sinécures. Tant il est vrai qu'en vice comme en vertu, la nature n'attache le bonheur qu'au mouvement composé.
Ainsi va le monde civilisé , il n'y a que dupes et rieurs. Faites de la morale et du mariage un masque d'orgie , et tout vous réussira. Critiques rebattues, si l'on veut, mais nécessaires dans une réplique aux partisans de la contrainte : il faut les confondre par le tableau des fruits de leur système.
Voilà, en cinq articles, un exposé du rôle que joue l'auguste vérité dans le monde erotique. Voilà le quadrille de conflit bien établi en amour comme on le verra en familUsme , branche de l'éducation, Trans-Lude. Singulier effet des dispositions de cette politique, dont tous les régulateurs prétendent à l'unité d'action , et ne jurent que par l'unité et la vérité. On ne saurait voir la fausseté et la quadruplicité d'action mieux établies dans l'ordre
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mineur : peuvent-elles manquer d'envahir les relations majeures, ambition et amitié?
X II reste à parler du pivot en monde erotique : c'est la classe contenue et légalement vertueuse. II est quelques jeunes personnes si bien surveillées par des pères et maris, qu'elles sont obligées, les unes à la continence, les autres à la fidélité. Leur nombre , bien plus petit qu'il ne paraît, accuse la loi qui rallie si peu de monde à son drapeau, et qui n'a guère de soldats que ceux qu'elle enchaîne. Si l'on distingue la classe des épouses fidèles en libres et forcées, pourrait-on garantir qu'après dix ans de mariage, il en restât
Un millionième de fidèles sponlanëment ; Un centième de fidèles forcement?
[La BBLVÈnE.)
Lorsqu'une législation est parvenue à de tels résultats, on peut la sommer de se juger elle-même. Une loi n'estelle pas une œuvre de démence, quand elle ne compte pas un centième d'observateurs parmi ceux qu'elle doit régir ; quand elle créa parmi les 99100" quatre classes dont chacune opère à contre-sens du vœu de la loi , de la vérité et de l'unité, et ajoute à l'infraction quelque vice choquant, comme vénalité, fraude en lignée, etc., etc. ? Comment se fait-il qu'en voyant de telles bizarreries, un tel conflit de faussetés, la philosophie dite Politique ait lardé 3000 ans à mettre en question , s'il n'y a pas aberration du génie social dans cette législation répressive des amours, si elle est le ressort à employer pour conduire les nations dans les voies de la vérité?
§.2. — 3I0RALE. Examinons si, en spéculant sur le système répressif, la morale aura mieux réussi que la politique à établir le règne de la vérité dans les relations
SECONDE PARTIE INTER-LIMINAIRES. Gî)
mineures. Je les ai analysées politiquement en sens d'amour; nous les envisagerons ici en sens de famillisme.
La morale considérant l'amour comme un léger accessoire , et ne plaçant le bonheur de l'homme que dans les plaisirs de famille, l'union des ménages et les vertus champêtres, il faut, pour abonder dans son sens, traiter spécialement la branche familiale des relations mineures. Distinguons-la en plaisirs conjugaux et plaisirs paternels.
Dans les tableaux que j'en vais donner, on se rappellera que je parle de la classe immensément nombreuse qui n'a que \e nécessaire de fortune. La classe riche n'étant qu'en très-petite exception ne saurait entrer en compte dans les analyses générales, où l'exception, comme partout, confirme la règle.
Ciamine des flisg^râces de Tétat conjag;al.
K Le veuvage. ^ L'orphelinage composé, i. Le malheur hasardé. 7. Le discord en éducation.