LIVRE I. SECTION I
but que de remplir sa pauvre marmite philosophique , en disant des plus détestables choux : Plût à Dieu qu'on en eût toujours !
ll^. Point d'intrigue en papillonne (409); car en mangeant sa piètre soupe de choux, bien durcis faute d'arrosage, il ne pourra pas varier sur les espèces, ni savourer pendant le cours de l'année, cent sortes de choux , tant de son canton que des cantons voisins; variétés qui seraient chaque jour une amorce de plus pour le cultivateur.
C'est assez démontrer que , dans nos cultures et ateliers civilisés et notre vie champêtre, tout s'éloigne du bon et du beau, relégués jusqu'à présent dans les rôves poétiques. Encore les poêles sont-ils, dans leurs fictions mêmes, en contradiction avec la nature sociétaire : ils nous peignent Daphnis et Chloé tenant des houlettes près de leurs tendres agneaux. Rien dans ces tableaux ne s'accorde avec la nature; car, en Harmonie, période 8^. (II, 33), les bergers et bergères conduisant un immense troupeau sont montés sur de beaux chevaux , et entourés d'une « douzaine » de chiens qui font exécuter les mouvements ordonnés : les troupeaux d'Harmonie sont toujours très-nombreux, leurs bergers sont relayés de deux en deux heures, comme nos sentinelles, et assemblés par couples ou quadrilles à cheval. Pendant cette station , ils n'ont ni houlettes, ni rubans roses, ni rien des fades usages que leur prête la poésie civilisée. Dans ces fictions comme partout , elle n'a pas plus de notion sur le beao agricole que l'Économisme n'en a sur le bon.
L'union du beau et du bon en agriculture dépend de l'amalgame des trois ordres [champêtres matériels] : ils ne sont pas même connus des agronomes civilisés ,
qui n'en savent employer que les trois caricatures ; sayoir :
lo. En massif, les amas de forôls ou de champs: leurs guérets sottement prônés par les poètes offrent l'aspect le plus insipide et le plus monotone; tandis que les forêts [jamais éclaircies] sont un chaos de masses informes et peu productives, en ce que leur confusion intercepte le jeu des rayons solaires.
2^. En ambigu, les cultures entremêlées, qui ne servent qu'à favoriser le vol , exciter les procès sans exciter l'émulation, et provoquer tous les inconvénients des propriétés morcelées.
5<*. En engrenage, la confusion ou dissémination, comme celle d'une hourgade où l'on ne cultive, en 30 jardins, que trois sortes d'un légume; tandis qu'une Phalange , avec 50 potagers seulement, en cultiverait 300 variétés.
Ainsi, la méthode civilisée donne complètement dans les trois excès opposés à l'alliance du heau et du bon. Toute concentrée ou toute morcelée, voilà la culture civilisée : il semble qu'elle prenne pour modèles ses procureurs, qui tantôt écrivent en lettres d'un pouce de haut quand ils travaillent à la toise, et qui l'instant d'après écrivent en pieds de mouche, quand on ne paie que l'exploit et non les pages. Ce double excès est inséparable de l'état subversif (II, 53, périodes lymbiques).
Résumant sur le bon et le beau, o'.ijets de nos illusions poétiques, morales et politiques, j'oI)serve que nous commettons sur ce point trois erreurs : la mesquinerie, le faux emploi et la duplicité d'aclion.
10. La mesquinerie. Nos poêt(;s, nos chantres d'imagination , ne savent pas imaginer le quart du bien que la
nature nous destine dans l'état sociétaire. Les bergers d'opéra et les jardins d'Armide ne sont que des avortons en luxe champêtre : toujours des bosquets de roses et des nymphes parées en guirlandes de roses ! un tel luxe est inapplicable aux champs comme aux palais : c'est un rêve d'imagination déréglée. Quant au bonheur pastoral des églogues et des idylles, c'est une mesquinerie dont les poètes rougiront lorsqu'ils auront vu un canton d'Harmonie agricole.
2**. Le faux emploi. Ils veulent concilier le beau et le bon avec la civilisation, qui ne peut admettre ni l'un ni l'autre. Aussi voit-on que la vertu ou vérité, qui est le beau moral, y est impraticable , parce qu'elle ne peut pas conduire à la fortune , qui est le bon matériel.
3<*. Duplicité d'action. Nos romanciers et moralistes veulent sans cesse isoler le beau et le bon : les romanciers nous font aimer le beau ou luxe , aux dépens du bon qui est le travail productif; les moralistes nous excitent à préférer le bon , la simplicité champêtre , fort éloignée des vues de la nature qui veut marier le grand luxe avec le travail agricole. Tel est le génie civilisé ; il ne sait que faire discorder les éléments du bonheur social.
Que d'erreurs chez ces savants qui veulent nous enseigner les roules du bien, et dont aucun n'a eu assez de génie pour reconnaître que ni le bon ni le beau ne sont compatibles avec la civilisation, et que, loin de chercher à introduire le bien dans cette société , vrai cloaque de vices [et d'oppression], il n'est d'opinion sage que celle de sortir de la civilisation pour entrer dans les voies du bien social !
Sortir de la civilisation \ ... soTl'ir des perfectibilités perfectibles qu'on nomme (II, 120) :
1 Indigence, 2 Fourberie , 3 Oppression, 4 Carnage, 5 Excès climatériques, 6 Maladies provoquées , 7 Cercle vicieux.
Y Egoïsme générai , \ Duplicité d'action.
L'idée de sortir de ces neuf perfectibilités soulève tous les partisans des 400,000 tomes philosophiques. Je les renvoie à la distinction de leurs sectes en Expectanis et Obscurants (II, 120). Ils ont l'option entre ces deux rôles; qu'ils y réfléchissent à deux fois, avant de risquer un mauvais choix.
Fis I)E LA PREMIÈRE SECTIÛ>(.
INTRIGUES ET PRÉJUGÉS DES MODERNES, CONTRE l'Étude de l'association.