‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 250 sur 298 · REMINISCENCES OBLIGEES DES PREMIERS TOMES · texte numérisé non relu

REMINISCENCES OBLIGEES DES PREMIERS TOMES

Rappelons, dès la première pause, une tbèse qu'on ne doit jamais perdre de vue , et qui sert de réplique à tous les détracteurs ; c'est le devoir dEspLORATiON générale que s'impose la philosophie, devoir qu'elle foule aux pieds comme les onze autres (II, 129). Doit-on s'en étonner ! Le monde policé n'a jamais établi aucune surveillance des sciences , aucune police pom* vérifier si elles remplissent leurs devoirs et y ramener celles qui s'en écartent. Enhardies par cette pleine licence, elles ont dû négliger les recherches difficiles, et se jeter dans la facile carrière de la controverse {Avant-propos).

Aujourd'hui qu'une heureuse découverte vient réparer tous les torts des sophistes, les détracteurs ne manqueront pas de l'attaquer. Il n'est qu'une réponse à leur faire : qu'ils donnent un meilleur traite sur l'Association. Voilà le premier qui ait paru; il tire du néant une science négligée à dessein par des hommes qui reculaient devant le problème ; il donne un procédé d'Association , la Série de groupes contrastes , assujettie à l'essor combiné des trois passions distributircs. Si le procédé est défectueux, ce dont on ne pourra juger qu'après l'épreuve, la science n'est pas pour cela dispensée de trouver mieux.

Ce traité prouve déjà qu'elle n'a point rempli son devoir d'exploration générale; qu'avec ses jongleries d'impossibilité, elle a esquivé les deux études de l'Association et de l'Attraction ; ces deux études n'étaient pourtant pas plus épineuses que d'autres, puisqu'un homme des moins initiés aux sciences traite les deux problèmes et en donne une solution. Jusqu'à ce que l'expérience ait prononcé sur sa méthode, il faut ou en donner une meilleure , ou éprouver la seule qui ait été fournie.

Que l'art d'enrichir les nations, le lien sociétaire, ait été négligé des anciens, cela est d'autant moins étonnant, qu'ils s'occupaient fort peu de richesse nationale, et que la coutume de l'esclavage opposait un obstacle presqu'invincible aux essais d'Association; mais qu'on les ait négligés dans l'âge moderne, qui ne rêve que moyens d'enrichissement, n'accueille que les sectes d'économisme qui le bercent d'illusions de richesse; qu'un tel siècle ait hésité à reconnaître que la principale, la III. 22

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seule voie de richesse collective, serait l'Association domestique agricole, c'est un aveuglement qui tient du prodige.

Il est d'autant plus honteux pour la raison moderne, qu'elle n'a plus l'obstacle d'esclavage du cultivateur; nos savants l'ont trouvé aboli : c'était un préliminaire indispensable aux tentatives de régime sociétaire^ Du moment où le cultivateur est libre et où l'on peut faire des essais d'Associations nombreuses par 300, 1000, 1300, il faut que les tètes économiques soient bien faussées, bien dépourvues de génie inventif ou de bonnes intentions, si elles cherchent des voies de rixrbesse collective ailleurs que dans le lien sociétaire.

Elles se bornent, pour toute réplique, à l'objection suivante : « Ou ■ ne peut pas associer deux ou trois ménages; comment pourrait-on, » sans démence, prétendre à en associer 200 et 500? »

Cette opinion qui parait sensée au premier coup d'œil est le comble de la déraison, et, pour en juger par un seul indice , observons que les grandes économies ne pouvant s'opérer que dans les grandes réunions sociétaires et nullement dans les petites, le Créateur a dû distribuer son plan d'Association pour de nombreux rassemblements , comme 200 ou 500 ménages, et non pas pour deux ou trois familles qui, par exiguité de nombre ou insuffisance d'efforts, n'élèveraient pas le bénéfice d'Association au .50«. de ce qu'il sera dans une grande réunion de 12 à 1.Ï00 personnes 'redite nécessaire).

il faut donc , à moins de supposer Dieu privé de dlseernement, reconnaître en principe que son plan ne peut s'adapter qu'à de grandes réunions, et que si on ne sait aucun moyen d'associer deux ou trois familles, c'est une induction à penser que Dieu, selon le vœu de l'économie et de la raison , n'a composé sa théorie sociétaire que pour le grand nombre (II, 22) et non pour le petit. Cette observation n'a pas été faite par nos timides spéculateurs ; ils se sont laissé rebuter par un obstacle apparent, qui mieux apprécié devait soutenir leur espérance.

Autre indice : l'Association, quoiqu'impossible entre deux ou trois familles, n'est pas pour cela impossible dans d'autres emplois; on la voit «xister dans certaines branches d'industrie commerciale, telles que les compagnies de banque, d'armement, d'assurance et autres entreprises qui réunissent jusqu'à 1000 et 2000 actionnaires. On la voit aussi s'établir dans les maisons de commerce , qui lient en pacte sociétaire dix et vingt co-intéressés , et même davantage; car certains commerçants ou manufacturiers ont des comptoirs dans une douzaine de villes ou ports de mer, et peuvent compter en chefs ou sous-chefs , au moins 50 sociétaires actifs, non compris les associés passifs et accidentels, comme ceux qui n'ont intérêt que sur tel vaisseau ou telle portion de la cargaison.

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