‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 251 sur 298 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'Association industrielle est donc faculté de l'homme : jusqu'à quel degré peut-elle être poussée en agriculture, manufacture et commerce, mais surtout en régime domeslique , où l'incohérence des ménages cau5e des déperditions et frais si incalculables?

Des observations précédentes, il est aisé de conclure i\\ie l'Association n'est profitable qu'à l'appui du grand nombre, sauf la condition de fidélité de gestion et véracité en relations; d'où il suit que, si Dieu a fait une théorie de lien sociétaire, il n'a dû l'adapter qu'à de grandes masses, organisées de manière à trouver dans leur union des garanties de gestion fidèle et de vérité pratique.

Cette clause de fid'cle gestion peut nous sembler un obstacle insurmontable; et sans doute il le serait dans un ordre social comme le nôtre, où tout invite à la friponnerie, et où l'on est raillé pour avoir fidèlement géré; mais il faut croire (et c'est un principe des philosophes mêmes (II, 152) que la nature n'est pas bornée aux moyens à nous connus. La sagesse divine peut donc avoir cent moyens de résoudre tel problème insoluble pour la raison civilisée; et l'on verra, liv. 2"., au traité des Séries pass., que cette fidélité absolue de gestion dont l'idée nous fait crier à l'impossible, devient la chose la plus facile et la miens garantie , dès que les volontés divines sont connues et que les Séries pass., sont organisées.

Il règne sur cette recherche des voies divines , un concours de préventions injurieuses à la Providence : les uns , par superstition , croient qu'elle nous a condamnés aux privations en cette vie; les autres, par philosophie, croient qu'elle nous a destinés à un bonheur médiocre; de là vient que les deux partis se sont accordés à repousser l'idée d'un code sociétaire dont les résultats seraient vraiment dignes de Dieu, c'est-àdire immenses en générosité et en magnificence , comme les aperçus que donne l'hypothèse d'Association.

L'orgueil philosophique s'oppose à pareille étude; admettre que l'Association soit possible et qu'il faille en rechercher les méthodes , c'est admettre que la civilisation ne soit qu'une subversion sociale, et que ses 400,000 tomes de philosophie soient des théories d'ordre subversif. Elles seraient suspectées du moment où on apercevrait quelque moyen d'arriver à l'Association ; de là vient que les savants en repoussent l'étude, avec d'autant plus d'obstination, qu'ils y voient double inconvénient pour eux ; le danger de ne pas réussir et de consumer inutilement leurs veilles sur un problème épineux, puis le danger de décréditer leurs théories de morcellement industriel ou état civilisé et barbare.

D'autre part , la religion se trouve en collusion involontaire avec les philosophes ; elle prêche avec raison qu'il faut se contenter de peu dans létat actuel, et dédaigner les biens de ce monde, puisque nécessaire-

o08 CITRA-PAUSE.

Hieut les 9/iOes. des civilisés en doivent être privés. Le sacerdoce ignore que cette pauvreté est limitée aux quatre sociétés lyrabiques (II, 53); et les regardant comme destin irrévocable et maltieur sans remède , il opine dans le sens delà philosophie, à se contenter de peu, négUgerles perspectives d'immense fortune, de bonheur général, et par contre-coup négliger les calculs sur l'Association. Cependant le sacerdoce , loin de Ja proscrire spécialement , comme ont fait les philosophes , a au contraire «xcité les hommes à tout ce qui pouvait favoriser les réunions. Il n'est pas moins certain que l'un et l'autre, par des voies opposées, ont entravé cette étude, avec cette différence, que le sacerdoce ne l'a poinl fait par système ni par intrigue littéraire, mais seulement dans l'intention de consoler les humains d'un mal-étre auquel il ne voyait pas do remède.

Signalons sur cette matière les deux erreurs les plus plausibles et Il ncon séquence de ceux qui les ont accréditées; ce sont : L'induction tirée du peiit obstacle au grand; L'éblouissement par contraste du mal au bien.

lei. Tort. L'Induction du i)ctit nombre au grand : il est sans doute bien impossible d'associer 2 , 5 , 4 ménages , et même 1 0 à 42 ; on a conclu de là qu'il serait d'autant plus impossible d'en associer 2 ou 500.

Les modernes, dans cette opinion, sont comparables aux navigateurs timides, cités au 11*^. tome, et qui, avant Christophe Colomb , n'osaient s'avancer qu'à 200, 500, 400 lieues dans l'Atlantique : chacun d'eux revenait effrayé, déclarant que cette mer était un abîme sans fin, et que c'était folie de s'y aventurer. Qu'un plus hardi eût poussé à 600 et 800 lieues sans trouver l'Amérique, chacun aurait décidé de plus belle que l'hypothèse d'un nouveau continent était ridicule. Enfin, si un vaisseau plus téméraire eût poussé à 1 000 et 1 200 lieues , il serait de même revenu sans succès , et chacun aurait d'autant mieux classé la recherche au rang des folies ; cependant, pour réussir, il suffisait de persister et s'avancer jusqu'à 1800 lieues.

Telle était la méthode à suivre dans les études sur l'Association. Il ne fallait d'autre effort de génie que d'aller en avant , ne pas se décourager pour un échec sur de petites épreuves, ne pas conclure du petit au grand, mais poursuivre en graduant les essais. Si l'on échouait sur 4 familles , il fallait spéculer sur 8; échouant sur 8, spéculer sur 16; échouant sur 16. essayer sur 52, puis sur 64, puis sur 100. Arrivé à ce point, on aurait réussi, sauf la découverte du procédé de Série passionnelle et courtes séances, qui est aisé à trouver, dès que les essais portent sur 530 à ■400 personnes. Pour peu qu'on eût tenté ces essais pendant un demisiècle , sur 60 , 80 , 1 00 familles , on serait nécessairement parvenu à la découverte du mécanisme sériaire, qui sera décrit dans cet ouvrage.

Page 1