‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 257 sur 298 · LIVRE 1. SECTION II · texte numérisé non relu

LIVRE 1. SECTION II

Le peuple a donc dès la l""®. année un petit capital à placer, ne fût-ce qu'un 100®. d'action. Dès lors il est intéressé dans la 2®. classe de dividendes, et on verra plus loin qu'il est, pour les enfants mêmes, des chances d'intérêt dans le S®, dividende affecté au talent. Le système d'Harmonie serait imparfait et mal lié , s'il ne s'attachait pas à intéresser chaque sociétaire par les trois ressorts , capital, travail et talent. La bienveillance ne serait pas générale et réciproque , si le mécanisme péchait sur l'un de ces trois liens.

On sait quel est , sur les industrieux, l'effet de l'association et de la propriété. Tel paraît fainéant quand ii travaille à gages, pour le compte d'autrui; mais du moment où une association de commerce lui a inoculé l'esprit de propriété et de participation, il devient un prodige de diligence, et on dit de lui: Ce n'est plus le même homme; on ne le reconnaît plus. Pourquoi? C'est qu'il est devenu propriétaire composé. Son émulation est d'autant plus précieuse, qu'il opère pour une masse d'associés et non pour lui seul , comme le petit cultivateur tant vanté par la morale , et qui n'est autre chose qu'un égoïste : la pauvre morale qui a partout la main malheureuse, ne sait prôner que les sources de vice. Il fallait bien qu'elle finît par vanter le commerce libre, ou domaine du mensonge.

L'influence émulative de l'Association, déjà remarquable dans l'état actuel, sera bien autrement puissante dans l'Harmonie, où elle sera soutenue de toutes les affections les plus nobles , ainsi qu'on le verra plus loin. Mais pour me prêter à l'esprit dominant des civilisés, au simplisme ou manie des ressorts simples, je n'envisage, dans ce prélude , l'émulation du pauvre que sous le rap-

port de l'intérêt pécuniaire, sans parler des ressort» nobles, comme l'amitié, la gloire, le patriotisme, etc., qui interviennent en tout sens dans le mécanisme industriel des Séries pass.

Il faut aimer le travail, disent nos sages : eh! comment faire? qu'a-t-il d'aimable en civilisation, pour les 9/10" . des êtres à qui il ne procure que de l'ennui sans bénéfice? Aussi est-il généralement répugné des riches, qui n'en exercent que la partie lucrative et commode, que la direction. Comment le faire aimer du pauvre, quand on ne sait pas le rendre aimable au riche, par l'élégance des ateliers , la division des fonctions, la politesse et la loyauté de^ coopérateurs? Toutes ces conditions, impraticables en civilisation, ne peuvent exister que dans les Séries passionnelles.

Outre les inconvénients attachés aux travaux civilisés, comme la malpropreté de certains ateliers, la grossièreté des paysans, la complication, le larcin, l'isolement, l'ennui, le risque de perte, etc., il en est un bien plus grand; c'est la nécessité de surveiller toutes les branches, et souvent les toutes exercer. Tel homme riche aimerait assez à cultiver fleurs et fruits ; mais il n'a pas le courage de faire venir les graines et plantes, il craint d'être dupe des marchands, et il ne l'éviterait pas. Il est découragé par l'insouciance d'un fils et d'un gendre, qui laisseront après lui dépérir ses cultures ; il n'est entouré que d'ouvriers maladroits, insouciants, fripons, haineux; de Yoisins railleurs et ignares qui ridiculisent son travail; d'enfants qui viennent ravager méchamment le parterre; de femmes qui le dévastent plus sottement encore; car elles ne connaissent rien aux fleurs, et croient faire trop d'honneur au fleuriste en coupant et sabrant ses carreaux,

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