‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 259 sur 298 · LIVRE I. SECTION II · texte numérisé non relu

LIVRE I. SECTION II

D'ordinaire les groupes et Séries élisent, pour chefs de parade, les plus riches sectaires; et pour chefs de direction, les plus instruits. Or, il est d'usage que les chefs d'apparat traitent , chacun une fois par an , les inférieurs de leur Série ou de leur groupe, et flattent celui qui sert les rivalités par ses lumières.

D'autre part, les pauvres, en affaires de parti, s'attachent fortement à un chef opulent qui apprécie leur travail , leur influence , et qui s'unit cabalistiquement avec eux. De là vient que le vieillard aujourd'hui le plus pauvre et le plus dédaigné, est en Harmonie trèsrecherché des riches , parce qu'il a nécessairement acquis une grande expérience dans toutes les Séries qu'il a fréquentées pendant sa jeunesse. II devient précieux à tous les chefs opulents de ces Séries ; ils voient en lui le soutien de leurs cabales émulatives.

D'ailleurs , Phébon n'est pas pauvre s'il est avancé en ûge; car il peut se classer au chœur 15 des Vénérables, qui a droit à un service de 2^. classe , et jouit d'autres avantages. Or, dès que le pauvre n'a rien à demander, la défiance du riche est dissipée ; d'autant mieux que l'éducation d'Harmonie donne au pauvre des manières aussi polies que celles du riche. Dès lors il ne reste plus, entre ces deux classes , aucun de ces nombreux motifs d'antipathie qui aujourd'hui obligent le riche à se tenir sans cesse en garde contre l'indigent.

Si la vieillesse pauvre a tant de moyens d'intimité avec la classe riche , il en est bien davantage pour la jeunesse pauvre : on en jugera aux chapitres spéciaux. Je n'ai envisagé ici que le problème le plus diflîcile , celui d'union entre les deux classes extrêmes, sous le rapport de l'intérêt qui , aujourd'hui , établit entre ces deux classes une

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guerre de fait, par les tentatives continuelles du pauvre pour spolier individuellement le riche , et du riche pour spolier collectivement les pauvres.

Dans les chapitres suivants , où je traiterai du faste des Séries, de l'élégance de leurs ateliers et autres appâts attrayants pour les riches, on comprendra mieux encore que l'homme riche prenne parti dans une quarantaine de sectes agricoles et manufacturières qui s'empresseront de l'amorcer, en lui offrant la partie la plus attrayante du travail.

D'ailleurs , l'attraction qui est bizarrement distribuée par la nature , entraînera peut-être 3Iondor aux fonctions les plus rebutantes. Ce n'est pas un travail bien séduisant que celui de serrurier; cependant le Roi Louis XVI en faisait sa récréation favorite.

Ainsi, parmi les enfants élevés dans l'Harmonie, on verra souvent les plus riches se passionner pourles travaux qui nous semblent grossiers, et qui ne le seront plus dans les brillants ateliers de ce nouvel ordre ; car, dit un adage, t il n'est point de sot métier; il n'est que de sottes gens. >

Admettons provisoirement cette convenance industrielle des diverses classes harmoniennes ; elle sera étayée plus loin de cent démonstrations : raisonnons sur cette hypothèse.

Le peuple d'Harmonie qui verra sans cesse le riche se mêler à ses groupes, à ses sectes, et qui d'ailleurs sera bien pourvu du nécessaire , bien assuré de rétribution et avancement proportionnel à son travail; ce peuple, qui aura de nombreuses perspectives de fortune dont je parlerai plus loin, perdra entièrement sa malveillance contre les riches : il se façonnera subitement à leurs mœurs polies , et prendra en quelques mois les manières que

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