‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 29 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. ISOTlCE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. ISOTlCE I

(liants, vagabonds et gens sans aveu. Voilà le bonheur de la région qui pressure les autres par des monopoles et privilèges commerciaux.

Dans cet état d'infirmité politique, peut-on croire quil y ait quelque chose de fait, quand tout reste à faire sur le problème de l'Indigence comme sur tous les autres (51), et quand on laisse en arrière des sciences intactes, coninic l'Association domestique, l'Attraction passionnelle, et tant d'autres branches d'études qui pourraient bien être le point où gît le remède ?

S**. Consulter l'expe'rience et la prendre pour guide. Elfe dépose que la Civilisation éprouvée en tout sens depuis trois mille ans , n'aboutit qu'à reproduire les mêmes abus sous diverses formes. 11 n'y a donc de salut ù espérer que dans l'issue de la Civilisation, dans la recherche d'une société moins vicieuse. Et si le genre humain en a parcouru déjà cinq , savoir : l^e. Eden ou Primitive; 2®. Sauvagerie; 3^. Patriarcat; 4^. Barbarie; 5e. Civilisation , il est à présumer ( il faut le redire cent fois), qu'il en peut découvrir et parcourir une 6^., une Je. , une 8^. , dont il fallait proposer et tenter la recherche ; devoir que n'a jamais rempli la Philosophie qui, au contraire, a vanté les mœurs infâmes des civilisés, comme terme ultérieur des destins sociaux.

3®. Aller du connu à l'inconnu par analogie. Le connu nous apprend que Dieu fait des codes sociaux pour des créatures supérieures à nous, comme les astres; qu'il en fait pour des êtres inférieurs à nous, comme les insectes, abeilles, guêpes, etc. : d'où l'on peut inférer, par analogie, qu'il a faitun code social pour l'Homme, créature moyenne entre les astres et les insectes, et que les besoins sociaux de l'humanité ne peuvent pas avoir été oubliés par un

iô2 rnOLLGOîîKNES.

Créateur qui a pourvu aux besoins sociaux des insectes subordonnés à l'Homme. Dans le cas où Dieu y aurait manqué , sa providence ne serait que partielle et non pas universelle. Mais s'il y a pourvu, c'est notre raison qui est en défaut d'investigation, et qui devait, pour découvrir le code social divin, aller du connu a l'inconnu, et chercher ce code industriel dans l'étude de l'Attraction, seul interprèle connu et permanent entre Dieu et les créatures.

40, Procéder par analyse et synthèse. Eh! sur quel sujet? L'analogie nous dit que c'est sur l'Attraction passionnelle , qui seule révèle des lois d'harmonie sociale aux astres comme aux insectes. L'Attraction est donc , selon l'analogie , l'interprète choisi pour révéler aux hommes une loi sociale divine; et ils doivent procéder au calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle, pour en déduire le régime d'harmonie sociale auquel Dieu veut les conduire. L'observance de ce principe aurait conduit à analyser les douze passions, au lieu de perdre le temps à les décrier avant de connaître leur but. De l'analyse on aurait passé à la synthèse, qui aurait enseigné le mécanisme des Séries contrastées , rtvalisées , engrenées, vœu commun de toutes les passions.

5^. Ne pas croire la Nature bornée aux moyens à nous connus. Il fallait donc se garder de croire que le génie social de Dieu fût borné à quatre sociétés mensongères et sanguinaires que nous voyons sur la terre, ni qu'il manquât de moyens inconnus, pour opérer tels effets qui nous semblent impossibles, comme l'Association industrielle des masses d'inégaux, d'où naîtraient de si énormes bénéfices; association dont la théorie enfin découverte, confond celte philosophie qui crie à l'impossibilité, dès^

premikrr partie, notice I. 155

qu'elle échoue avec les moyens connus. Elle sème le découragement, malgré l'avis des hommes sages qui veulent qu'on cherche et qu'on espère Vinvention des moyens inconnus; témoin De Laplace, qui confesse l'insulTisance des lumières actuelles , en disant : a s'il existe des vérités » qui nous paraissent détachées les unes des autres , c'est » que nous ignorons le lien qui les réunit dans un tout. » Voilà un des Nestors de la science qui se range dans la classe des Expectants : ce lien qui réunit l'ensemble du système de la nature, va nous être connu : on trouvera sur ce sujet , des détails dans la grande note B , qui traite de l'Analogie universelle et du lien unitaire de l'Univers.

6^. Simplifier les ressorts dans toute mécanique matérielle ou sociale. De là résultait la nécessité de s'exercer sur le problème de l'Association domestique et industrielle qui élèverait souvent l'économie de bras et de matières aux neuf dixièmes, et qui donnerait pareille économie sur divers objets de consommation outrée, notamment sur le combustible devenu si précieux.

Au mépris de ce principe, l'ordre civilisé, loin de simplifier, complique toutes les relations au plus haut degré ; soit en régime domestique, où la réunion est la plus petite possible ; soit en régime commercial , où la fourberie élève le nombre d'agents parasites et les fraudes au plus haut degré ; soit en régime administratif, où l'on peut défier d'élever plus haut la complication judiciaire , fiscale, etc.

70. Se rallier à la vérité expérimentale , n'admettre que la vérité confirmée par l'expérience. En vertu de ce principe la Philosophie devait proscrire le régime civilisé, où tout n'est que fausseté , notamment dans les branches les plus protégées , comme le système commercial , on

n'y trouve que fourberie et triomphe de la fraude. Au lieu de fléchir devant celte hydre de mensonge, la Philosophie devait en faire l'objet de ses attaques , et chercher à déterminer un régime de commerce véridique, et sul)ordonné solidairement à la pratique de la vérité. Sans doute on n'y aurait pas réussi en spéculant sur les moyens connus; mais on verra dans cet ouvrage, qu'il existait pour atteindre à ce but, des moyens inconnus, et pourtant très-faciles à mettre en pratique. Leur découverte et leur introduction auraient conduit à la période sociale n». 6, Garantisme , qui est une des belles issues de Civilisation, et qui achemine rapidement à la période 7^., dite Association simple ou hongrée.

8o. 5e ralliera la nature, c'est-à-dire spéculer sur les moyens de procurer à l'homme industrieux les biens et droits dont jouit le Sauvage, qui est l'homme le plus rapproché de la nature. Ces droits sont au nombre de sept, dont nous traiterons au chapitre suivant : on ne peut pas même accorder aux civilisés le premier des sept droits qui est le droit de chasse. En moins de trois ans ils anéantiraient le giLier, et par suite les insectes pulluleraient à un point effrayant.

11 en est des six autres droits naturels comme du premier ; on ne peut en accorder aucun aux civilisés : il fallait donc, pour se rallier à la nature, déterminer ces sept droits, et déterminer en même temps un nouveau mécanisme social qui pût en garantir la jouissance aux nations industrieuses, ou tout au moins celle des quatre droits industriels, chasse , pêche, cueillette , pâture.

9^. Garder que les erreurs devenues des préjuges, ne soient prises pour des piincipes. Telle est la bévue sur laquelle reposent tous les systèmes philosophiques : leurs

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principes ne sont fondés que sur des erreurs devenues préjugés ; témoin l'erreur qui suppose la Providence limitée èl non universelle. De cette erreur naît un préjugé qui nous persuade que Dieu n'a pas songé à faire des lois sociales pour les humains comme pour les astres et les insectes ; ce préjugé, né chez les peuplades ignorantes, a acquis force de principe chez les peuples savants, dont tous les systèmes sociaux reposent sur la même erreur, sur l'hypothèse d'une Providence incomplète, partielle , insuffisante en législation industrielle, etc. , etc., et se reposant de cette fonction sur la raison humaine.

Si on veut substituera ces préjugés un principe sensé, il faut rétablir la hiérarchie des rangs ; accorder à Dieu le premier rang en direction du mouvement, et déterminer la raison humaine à se contenter du deuxième rang, en vertu de quoi elle doit se reconnaître subordonnée à Dieu; et au lieu de faire des lois, au lieu d'envahir le plus noble des attributs de Dieu, elle doit modestement se livrer à la recherche des lois sociales qu'a dû faire un Créateur dont la Providence est universelle.

iQo. Observer les choses que nous vouloîis connaître, et non pas les imaginer. Ce qu'il nous importe le plus de connaître, c'est l'Homme, ses passions, leur but, leur destinée sociale. Tant que nous voudrons imaginer celte destinée , nous ne la connaîtrons jamais : il faut, selon ce précepte de Condillac, la découvrir par observation, par analogie, et non par imagination.

Or, en observant analogiquement la iNature , nous voyons que toute harmonie sociale, depuis celle des planètes et étoiles fixes jusqu'à celle des abeilles et des castors, est révélée et dirigée par attraction : d'où il faut conclure que si l'Homme est destiné ù l'harmonie sociale^

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c'est dans t'élude de l'AUraclion qu'il doit chercher hê règles de celle harmonie, pour les suhsliluer aux systèmes iy imagination composés par la Philosophie ; systèmes qui, en se refusant à ohserver la nature humaine par analyse de l'AUraclion, et étudier le hut social de l'Homme par synthèse de rAllraclion, n'ont répandu sur celte étude que l'épaisse niiit dont se plaint Voltaire , n'ont su qu'empirer la maladie de langueur dont se plaint Montesquieu, que prolonger le régime civilisé et barbare qui, en comprimant l'attraclion, dénature l'Homme , l'enlève à sa destinée sociétaire , en fait un monstre dégoûtant de fourberie et de crimes , et réduit les observateurs sincères, comme J.-J. Rousseau, à s'écrier : c ce » ne sont pas là des hommes; il y a quelque bouleverse- » ment dont nous ne savons pas pénétrer la cause. *

Ho. Éviter de prendre pour raisonnement l'abus des mots qu'on n'entend pas. On ne sait trop quels sont les mots dont nos sophistes entendent le sens ; témoin le mot Nature , auquel ils n'ont jamais rien compris, puisqu'ils ne veulent pas admettre dans la nature de l'Homme le seul ressort qui la dirige, l' Attraction dont ils refusent obstinément de faire aucune étude, quoiqu'ils se vantent d'étudier l'Homme.

On trouverait même déraison dans tous les sens qu'ils donnent aux mois controversés ; entre autres les mots unité , vérité , vertu, liberté , droits de l'homme , dont on ne déduit que des principes erronés et des abus de mots. On vante à un indigent le beau nom d'Homme Libre, les droits imprescriptibles du citoyen ; et il n'a ni la liberté de travailler et prendre part aux fonctions qu'on lui a enseignées , ni le droit de requérir l'admission à ce travail d'où dépend sa subsistance. Quand il est dépourvu de

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