LIVRE I. SECTION II
sommation, enrichir les marchands aux dépens de la masse et de la richesse réelle.
On calculera, en Harmonie, que les changements de mode, les qualités défectueuses et la confection imparfaite, causeraient une perte annuelle de 500 fr. par individu, parce que le plus pauvre des Harmoniens a une garde- robe en vêtements de toute saison, et fait usage habituel de meubles, harnais et fourniments de travail ou de plaisir, qui sont de fine qualité. Or, si l'esprit mercantile régnait en Harmonie, et produisait comme aujourd'hui les fabrications imparfaites, la consommation accrue en moyen terme de 500 fr. par individu entraînerait une perte annuelle de trois mille milliards de francs , à tabler sur six milliards d'habitants pour le globe au complet. Ladite perte, au bout d'un siècle, enlèverait donc aux Harmoniens trois cent mille milliards.
On ne calcule pas de la sorte en civilisation, parce que cette société , en industrie comme en tout , est sujette à la duplicité ou guerre interne. Son industrie est une véritable guerre civile du producteur contre l'oisif, qui s'efforce de le pousser à la déperdition, et du commerçant contre le corps social, qu'il excite aux duperies. La science qui applaudit à ce conflit ressemble à un maître insensé qui exciterait ses domestiques à briser beaucoup de vaisselle et de meubles, pour le bien des fabricants. Tout n'est que démence politique, tant que l'intérêt de l'individu ne se trouve pas combiné avec celui de la masse, selon le mode indiqué (509), et • la Postienne de cette 2me. section.
Pour résumer sur la politique alimentaire de l'Harmonie, disons qu'elle est bi-composée, fondant l'approvisionnement sur quadruple source. Car elle puise en double
source dans sa propre zone, et en simple dans les deux autres.
Appliquons le principe à la France : pour avoir double source alimentaire en zone tempérée , il faudrait , puisque son misérable peuple ne vit pas de viande et n'en mange qu'une fois l'an, le jour du mardi gras, qu'elle eût au moins une branche de subsistance en concurrence avec les graminées. On a senti le besoin de ce régime composé, el on s'est flatté d'y atteindre par la pomme de terre; mais les Français ne savent ni cultiver, ni recueillir, ni préparer, ni conserver ce légume, qui serait vraiment une seconde base de subsistance , et élèverait le système politique alimentaire au mode composé en zone tempérée. Quant à présent , il est simple , ne roulant que sur le pain en France, que sur le riz en Chine. L'Allemagne opère plus sensément, nourrissant son peuple de viande et de légumes autant que de pain. Au reste, il n'y a dans le régime actuel aucun équilibre calculé; tout y est effet de hasard.
Le régime en Harmonie sera bi-composé interne dans la zone même , c'est-à-dire qu'il y aura double source en règne animal , par les graminées et légumes, et double source en règne végétal par les quadrupèdes el volatiles, avec distribution telle, que la rareté accidentelle d'un des quatre aliments soit compensée à propos par l'aflluencc des trois autres.
Pour élever le régime au bi-composé externe, il faudra puiser dans la zone lorride au moins deux aliments de base, dont l'un sera le sucre, et autant dans la zone fraîche. Quelles substances extraira-t-on de celle-ci? Je l'ignore. Peut-être sera-t-elle, après la restauration climatérique , le grand magasin de ce pain tant révéré des