‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 296 sur 298 · LIVRE I. SECTION II. o8f · texte numérisé non relu

LIVRE I. SECTION II. o8f

Ainsi, l'élat actuel ou morcellemeni présente à l'homme une amorce positive et négative pour le mal. De là vient que personne n'agit en citoyen pour le bien de la masse ; personne n'est digne du nom de citoyen. L'homme qui s'en arroge le titre n'est qu'un égoïste renforcé, qui se croit autorisé à toutes les friponneries, à tous les crimes, parce qu'il travaille pour sa femme et ses enfants.

Je le répète ; c'est l'état des choses qu'il faut accuser, l'ordre vicieux qui présente à chacun l'appât positif et négatif à trahir les intérêts de la masse : on ne peut incriminer ici que la civilisation , et non pas les individus.

Posons abstractivemenl la thèse du vrai civisme, ensuite nous la traiterons concrétivement. On est si fort ami des abstractions, dans notre siècle; donnons donc une page au goût du siècle , aux calculs abstraits.

Supposons une île du contenu de 100,000 familles, où chacun des 100,000 chefs se décide, soit par raison, soit par inspiration divine, à opérer pour la masse, lui sacrifier ses intérêts personnels, et user des plus grands ménagements pour les forêts, pâturages , pêches et chasses.

Chacun, en épargnant un brochet ou une caille qu'il aurait pu prendre , a travaillé pour le bien de 99999 autres familles ; mais en revanche les 99999 autres ont travaillé à l'unanimité pour la sienne. Jusque-là, nulle perte pour aucune , et compensation réciproque. Chacun a épargné pour la masse, en raison de ce que la masse a épargné pour lui.

Mais bientôt le bénéfice deviendra immense par l'abondance de poisson et de gibier, par le bon état des forêts et des pâturages; l'île s'élèvera rapidement à la richesse, d'où elle aurait déchu avec la même rapidité, si chacun eût agi selon la méthode égoïste ou civihsée, en ne spé-

culant que pour sa seule famille, ruinant les chasses, rivières, forêts et pacages.

Objectera-t-on qu'une fois cette richesse créée, tout sera envahi par quelques privilégiés qui ne réduiront pas moins le peuple à la misère? Sans doute cela aurait lieu en civilisation ; c'est pourquoi le civilisé est dupe lorsqu'il fait le bien de la masse, et l'égoïste seul est sensé dans l'état actuel , où toute philanthropie est illusoire , absurde en pratique.

Mais nous spéculons sur l'état sociétaire, où le riche gagnant en proportion du bien-être des classes moyenne et pauvre, sera intéressé à les soutenir, les favoriser, et vice versa.

Posons ici le problème abstraclivement. Dissertons sur les conditions; elles ont été indiquées, e7i italique, au dernier paragraphe du 6®. chapitre (378).

Il est évident que cette philanthropie générale et réciproque exige trois dispositions inconnues parmi nous.

l». Le minimum gradué , l'absence de besoin et l'incurie pour l'avenir : si un père voit sa famille nécessiteuse, ou s'il craint pour le lendemain, il ne consultera plus les intérêts de la masse. < Yenlre affamé n'a point d'oreilles. >

2°. La répartition proportionnelle aux trois facultés, capital , travail et talent. Comment un villageois ménagera-t-il les intérêts d'une masse qui ne lui répartirait pas cquitablement un lot du bénéfice général qu'aura produit le concours de tous au bien commun?

30. L'exploitation combinée ou sociétaire: sans celte combinaison il ne peut exister nul concours des individus pour le bien général : on ne voit naître qu'un concert do malfaisance et d'égoïsme; les passions n'entraînent l'in-

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