‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 52 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. i

nous disent que l'industrieux n'est pas libre, puisqu'il ne travaille que par crainte de la famine et du gibet, et qu'il se soulève du moment où l'autorité paraît faiblir. Il fallait donc , pour se rallier à la vérité, confesser que la Civilisation n'est pas compatible avec la liberté des industrieux, pas même avec la moindre des trois libertés (155), et qu'elle place le peuple à l'antipode des droits de souveraineté , dont on lui fait ironiquement la concession.

8^. 5e rallier à la nature : on nous montre la nature dans l'homme sauvage qui jouit déjà du deuxième degré de liberté (composée divergenie), et de l'exercice des droits naturels en industrie : nous ne pouvons donc nous rallier à la nature que par l'invention d'un mécanisme social qui garantisse à nos industrieux l'équivalent de ces droits, et une dose de liberté au moins égale à celle du Sauvage. On voit que ces conséquences nous conduisent par mille voies différentes à la même conclusion : inventer un régime d'industrie attrayante, un mécanisme opposé à la méthode familiale ou anti-sociétaire, dite Civilisation.

Au surplus, que d'équivoques sur cette idée de ralliement à la nature ! Je pourrais déjà définir neuf natures différentes, par analogie aux neuf périodes du tableau 35; puis des natures mixtes, et aussi différentes des neuf autres, que les mœurs des Otahitiens, période 1 i/2, différaient de celles desÉdéniens ou nature de i^^. échelon, et de celles des Anthropophages ou nature de 2^. échelon, vantée par les orateurs sous le nom de simple nature. Je n'ai garde d'engager le lecteur dans ces définitions fastidieuses de toutes les natures : continuons sur notre sujet.

9<*. Ne pas prendre les préjuges pour des principes; c'est le tort des Philosophes Obscuranls (122), qui nient

l'existence de moyens inconnus, la possibilité de découvrir des mécanismes sociaux autres que la Civilisation, et la nécessité de les inventer si l'on veut procurer à l'homme cette liberté inadmissible dans l'état civilisé 157, où les riches mômes en sont privés, à plus forte raison les pauvres.

10^. Observer les choses qu'on veut connaître, et non pas les imaginer. Au mépris de ce principe , ils n'ont ni observé, ni classé les trois modes de liberté 154 et les droits naturels au'travail (164). Ils ont imaginé en compensation une liberté dérisoire , un droit de souveraineté accordé à gens qui n'ont ni pain, ni vêtements : risum teneatis.

11^. Ne pas prendre pour raisonnement F abus des mots. Peut-on en faire un abus plus indécent que de nous vanter les libertés des peuples, dans cette Civilisation qui, sous tous les régimes, sous les clubistes mêmes, s'étaye d'une milice terrifiée par les châtiments, et employée à museler le peuple affamé? On ne voit dans ce mécanisme qu'une contrainte composée, c'est-à-dire contrainte du soldat qui à son tour contraint le peuple.

Nos sophistes découvrent dans ce ricochet d'oppression une souveraineté du peuple. Après un tel abus de mots, n'est-on pas bien fondé à leur donner le surnom d'cnfileurs de mots, bâtissant sur quelques verbiages des constitutions libérales dont les ressorts nominaux sont la liberté , l'égalité , la fraternité , et dont les ressorts effectifs sont la contrainte, les sbires et les gibets? Voilà sur ce qui touche à la liberté un plaisant abus de mots pris pour des raisonnements.

120. Oublier ce qu'on a appris et refaire l'entendement humain. Je viens de prouver qu'on ne saurait mieux faire

que d'oublier tout ce qui nous a été enseigné sur la liberté et les droits imaginaires de l'homme; qu'il faut enfin appliquer l'esprit humain à l'étude des droits réels, ou droits au travail ; et de la liberté réelle , ou composée convergente (156).

Au reste, j'invite Condillac , auteur de ce docte précepte, à le faire goûter, s'il se peut, aux Philosophes Obscurants, qui, en nous promettant les libertés et les perfectibdités , ne nous donnent que les sept fléaux lymbiques sous toutes les constitutions.

X Y Croire que tout est lié dans le système de l'univers : quel lien peut-on voir, sous le rapport delà liberté, entre les parties de cet Univers où l'homme est le plus esclave de tous les êtres? tandis qu'on voit des sociétés pleinement libres, parmi les insectes comme parmi les astres, celles de l'homme, au contraire, ont si peu de liberté, que le peuple civilisé et barbare n'a pas la faculté de rétrograder et de reformer la horde sauvage qui est vœu de tous les salariés.

Sous le rapport des droits , quel lien , quel rapport peut-on voir entre l'homme et l'animal? Celui-ci bien vêtu, bien armé , a le droit de prendre sa subsistance où il la trouve; tandis que l'homme réduit à la famine, et voyant tous les biens étalés sous ses yeux , n'est pas même autorisé à réclamer le premier de ses droits , le droit au travail dont il obtiendrait une chétive subsistance ; et pourtant depuis 3000 ans il compose des théories sur la liberté.

!>N A. Spéculer sur l'unité de système : spéculons donc sur un régime qui puisse opérer la fusion de nos quatre sociétés , leur assurer la liberté , et le droit au travail dont jouissent les Sauvages. Quelle unité peut-on voir

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parmi le genre humain , tant qu'il forme quatre sociétés inconcilialiles , et dont la seule libre est en même temps la seule qui soit en opposition avec la destinée , ou industrie agricole et manufacturière ?

J'ai achevé la revue des douze principes. Il m'a paru à propos de les reproduire et les appliquer à un problème très-remarquable, en ce qu'il a occupé les controversistes de tous les siècles. On vient de voir qu'en se ralliant à chacun de ces douze préceptes, on serait entré dans les véritables routes de la liberté combinée avec l'industrie; car tous militent pour la recherche d'une société industrielle autre que les trois actuellement existantes.

Conformément à la règle indiquée (note 148) , j'ai dû multiplier ici les redites et prouver, douze fois de suite , que la liberté et la Civilisation sont incompatibles; que les droits de l'homme concédés par nos sophistes sont dérisoires, tant qu'on ne nous assure pas le principal , le droit au travail, comprenant (164) les quatre droits cardinaux encore méconnus après tant de siècles d'ergolisme sur les droits de l'homme (0.

Doit-on s'étonner, maintenant, que l'esprit humain soit en arrière de découvertes, quand on le voit négliger à plaisir toutes les règles qu'il s'est prescrites à luimême? S'étonnera-t-on que, sur la liberté comme sur tout ce qui touche au bonheur social , il soit resté dans une complète ignorance ?

(i) Je n'ignore pas qu'il est impossible d'admettre en Civilisation l'exercice de ces quatre droits; mais on pouvait au moins les reconnaître, poser en principe la nécessite d'un équivalent consenti individuellement, et en conclure à la recherche d'une socie'le' autre que la Civilisation, qui ne peut ni accorder les droits naturels, ni fournir au pauvre un équivalent (169).

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