‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 56 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. MEDIANTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. MEDIANTE

d''Iena , s'irritait au bruit du canon , voulait charger , et disait à TEtnpereur , en aidant ! le cri e'iait honorable et digne de jeunes Français. Bonaparte les gourmanda , disant : u Quels sont ces étourdis qui ■n osent crier en ayant? ils n'ont point de barbe au menton : qu'ils 7) attendent les ordres de celui qui a commande' dans quarante T) batailles, vt

J'en dis autant aux novices qui veulent re'gcnter le pilote: à les en croire, c'e'tait assez de quelques pages d'introduction; les voilà sufli.samment pre'pare's et aussi experts que l'auteur même ; ils ont dérobé sa science en lisant le titre ou la table des chapitres ; ils décideront qu'il faut sans délai passer au traiié positif 5 que la partie négative (Prolégomènes) est un hors-d'œuvrc, une superfétation ; l'introduction suffisait à des esprits philosophiques , nourris de perfectibilités. Voilà les Français : ils connaissent une science nouvelle avant de l'avoir étudiée \ ce sont eux qui doivent l'enseigner à l'auteur même.

J'attends ces docteurs aux chapitres 8 et 9 (Phases de Civilisalion, Caractères du Commerce); là, ils pourront juger de leur insuffisance.

Quelle différence de ces disciples modernes avec ceux de l'antiquité ! Arislote , avant de se croire un maître , assista vingt ans aux leçons de Platon. Et vous , lecteurs impatients , tous écoliers, tous imberbes sur le calcul de l'Association et des destinées; vous qui avez besoin d'être dégrossis et préparés par un ample volume de théorie négative , ou déblai de préjugés^ vous voudriez, dès le premier jour, trancher sur une science qui m'a coûté vingt-deux ans de recherches ! Quelle est donc celte philosophie moderne qui inspire aux novices tant de présomption , tandis que l'ancienne les formait à la modestie, et que les disciples de Pylhagore se soumettaient à des épreuves de plusieurs années avant d'élre admis à l'initialion !

Si je déférais au vœu des impatients, ils seraient arrêtés à chaque pas dans l'étude de l'Attraction, où il est d'autant plus facile de s'égarer, qu'elle semble au premier abord une amuselte plutôt qu'une théorie sérieuse. Le préjugé leur suggérerait à toutinstanl des arguments saugrenus, dont un sera relaté et réfuté à l'appendice du chapitre 9*.

Pour prévenir ces divagations , il faut (82) dissiper les fausses lumières, et amener le lecteur à rougir de sa crédulité aux doctrines civilisées.

Je vais, dès le chapitre suivant, jeter le gant à la plus accréditée , celle du libre commerce, et prouver qu'elle devait exciter la risée

de quiconque aurait eu de saines idées sur les contre-poids politiques , les garanties sociales et l'équilibre industriel.

Pre'alablemcnt, j'ai dû remontrer ici les pusillanimes elles présomptueux, classes qu'on peut accoler , car les extrêmes se touchent. Si ces caractères dominent en France, ils ne dominent pas entons pays ; or , j'écris pour les Européens , et non pour les seuls Français.

Je dois donc adopter un plan européen^ et rigoureusement méthodique, une instruction composée ^ c'est-à-dire négative en prolégomènes avant d'être positive en traité-

Ceux qui ne souscriraient pas à cet enseignement composé, doivent fermer le livre : je ne quête pas les suffrages de la multitude-, je me borne à chercher, parmi quatre mille candidats , un homme plus clairvoyant que son siècle: ce n'est pas chez le commun des lecteurs qu'on trouvera des âmes grandioses, capables de pressentir l'existence du code passionnel divin , et de se soumettre aux études nécessaires à l'initiation : une telle sagesse ne se rencontrera que chez les âmes de forte trempe , chez un petit nombre d'élus -, c'est à eux que s'adresse la i'". partie des prolégomènes, dédiée aux penseurs. La a*., moins scientifique, traitant d'intérêt et de plaisir, sera mieux adaptée au goût de la multitude.

Continuons, dans celle-ci, l'attaque du simplisme., véritable épidémie qui a gangrené tous les savants et les conquérants de la Civilisation : il a fait manquer à INewton la découverte du système de la nature, et à Bonaparte la conquête du monde. Si l'un, dans ses calculs , avait joint l'Attraction passionnelle à la matérielle -, si l'autre avait joint la conquête passionnelle à la matérielle, tous deux seraient arrivés au but (142), aux issues de Civilisation. Mais quand les savants mêmes n'ont jamais spéculé qu'en mode simple, comment les conquérants auraient-ils imaginé de s'élever plus haut !*

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