CHAPITRE VIII
Applicalion au comoicrce simple el mensonger. Rang qu'il occupe dans les qualre phases de Civilisation.
Antienne. Nous avons examiné la plus ancienne des folles controverses , les systèmes de liberté ; traitons maintenant de la plus récente , des systèmes de commerce devenus boussole de la sagesse moderne.
Le régime de libre commerce, ou concurrence mensongère , nous fournira un beau sujet de remontrer la science , qui n'a pas reconnu qu'en commerce comme en toute branche de relations , la liberté pure et simple est un brandon d'anarchie, une source de désordres; que toute liberté doit être étayée de garanties et contre-poids ; enfin, que la liberté doit être composée et non pas simple comme celle des marchands , contre la fausseté de qui le corps social n'a aucune garantie.
Les marchands aujourd'hui sont libres, mais le corps social ne l'est pas dans ses relations avec eux ; car on est forcé à faire des achats; on ne peut pas se passer de subsistances et vêtements, qu'on n'obtient que par achat; on est donc par le fait asservi aux vendeurs, dont il faut essuyer les fourberies.
Un tel mécanisme n'est que liberté simple et non réciproque; la hberté est tout entière du côté des vendeurs , dont le consommateur est dupe et contre qui il n'a aucune garantie. Il fallait découvrir et introduire cette garantie, pour élever le régime commercial à la liberté composée ou réciproque.
Etrange inadvertance ! après cent années de controverse mercantile, on n'a pas encore observé que le com^
merce civilisé est de mode simple et non pas de mode 4;omposé ; qu'il n'assure de liberté et de garantie qu'à une des parties contractantes , qd'au vendeur, et non à l'acheteur.
Cette vérité est aussi neuve que celle qu'énonça Galilée, en déclarant que c'était la terre qui tournait , et non pas le soleil. Mais puisque l'élude du commerce ne date que d'un siècle, doit-on s'étonner de cette erreur, quand on voit , sur tant d'autres controverses , notamment sur celle de liberté, les erreurs durer 25 et 30 siècles?
Consolons d'abord les coupables , les économistes mercantiles , et pallions leurs torts, en rappelant un principe très-connu d'eux : c'est que l'esprit humain assujetti à la marche progressive, ne s'élève que par degrés, et procède du simple au mixte et du mixte au composé.
W n'est donc pas surprenant que la controverse mercantile, qui ne date que d'un siècle, ait perdu ce laps de temps à spéculer sur la méthode simple qui est toujours le premier essor de l'esprit humain. On n'est point blâmable d'être simpliste dans une étude qui n'est qu'à son début. Mais après cent ans d'expérience, est-on excusable de ne pas s'apercevoir qu'on est en fausse route, qu'on a donné dans le mode simple et dépourvu de garantie? un siècle tout bouffi de prétentions en fait de garantie , contrepoids, balance, équilibre, est-il pardonnable de ne pas reconnaître qu'il n'y a pas l'ombre de garantie ni de contre-poids dans le système commercial?
C'est ce que nous allons examiner, en exposant d'abord les indices de culpabilité, tels que rébellion à l'évidence, jonglerie dogmatique, etc.
Lorsqu'une science adopte en principe de n'admettre que la vérité , toute la vérité , rien que la vérité , il est