PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. 19î
s'étendre colossalement par les découvertes de la boussole et des deux Indes, ils se sont enfin déterminés à l'étudier.
La première chose que devaient y remarquer des hommes qui cherchent la vérité, c'est qu'elle est bannie du commerce.
Une autre observation importante que suggérait l'aspect du commerce, est qu'il présente des germes d'association en divers genres.
La politique avait donc double spéculation à asseoir «ur le mécanisme commercial; l'une positive , qui consistait à y développer les germes de l'Association, source de toute économie, et s'évertuer par suite à l'introduire dans l'agriculture ; l'autre négative , qui devait tendre à bannir du mécanisme commercial cette fausseté qu'on y voit généralement régnante, et qui est la plus forte entrave à l'activité des relations.
Les deux problèmes étaient liés et se résolvaient l'un par l'autre ; car on ne peut pas introduire dans le commerce des garanties de vérité sans le secours de l'Association, et on ne peut pas étendre le lien sociétaire sans découvrir les garanties de vérité.
C'était là une belle et noble carrière ouverte à h\ science. Les gouvernements et les académies devaient s'unir pour obligera cette étude, et employer au besoin la 8^. voie, indiquée (142) sous le nom de perquisition forcée. Au moindre succès, on serait arrivé à la société 6^. dite Garantisme , déjà très-heureuse en comparaison de la Civilisation.
Les sophistes, n'ayant pas été contraints à s'occuper de ce travail, l'ont négligé comme ils négligent tout ce qui présente quelques difficultés à vaincre. Ils ont fait du commerce comme de toute autre branche d'études ,
une arène de controverse , une pépinière à systèmes : ils ont bassement fléchi le genou devant le veau d'or, et flatté tout cet attirail de fourberies mercantiles dont l'attaque devait être le premier pas de gens qui auraient sincèrement cherché la vérité. Ils ne pouvaient pas ignorer que le commerce, dans son état de pleine liberté, est un cloaque d'infamies : banqueroute, accaparement, agiotage, usure, monopole, fourberie, etc. Ces caractères offraient une collection de vices assez hideux pour stimuler des amis de la vérité : les fortunes scandaleuses des agioteurs décelaient assez que le commerce est le vautour de l'industrie; que sous prétexte delà servir, il la spolie audacieuscment.
Tant de dépravation n'a pu émouvoir les sophistes : eux qui veulent porter partout la réforme, ils n'ont pas osé l'essayer sur la branche de relations où il eût été aussi facile qu'honorable de l'introduire , et où ils auraient pu opérer sans causer ni trouble ni défiance ; car personne n'est partisan des fourberies commerciales , aussi onéreuses au gouvernement qu'aux propriétaires. La Philosophie se serait concilié tous les suffrages, en recherchant un procédé de commerce véridique , et en déclarant une guerre ouverte au système de mensonge, d'extorsion et de complication qui, sous le nom de libre concurrence, règne dans les relations commerciales.
Dans cet examen, j'accuse moins les sophistes que la Civilisation entière, qui a encouragé la dépravation. Si les maîtres tolèrent et excitent le vice chez leurs subalternes, ceux-ci ne manqueront pas de se pervertir. Mais pour analyser celte filière de corruption, commençons par les torts des sophistes en études commerciales ; de là nous passerons à ceux des nations.