CHAPITRE IX
Prélude à l'analyse du Commerce simple. Tableau de ses Caraclères.
Un critique longtemps fameux par ses malins feuilletons, Geoffroy, se hasarda un jour à parier commerce. Il était un peu intrus en pareille matière, et l'avouait luimême. Il prit pour thèse une vérité bien incontestable et reconnue de tous les marchands : il prétendit que le commerce était l'art de vendre six francs ce qui en coûte trois. Tout praticien commercial avouera que cet art compose à lui seul la moitié de la science mercantile : l'autre moitié consiste dans l'art d'acheter pour trois francs ce qui en vaut six, c'est-à-dire que le génie commercial est composé et non pas simple : il est formé de deux éléments, l'art de la vente et l'art de l'achat : celui qui réunit ces talents, est par excellence le magnus Apollo, habile garçon , bonne tête, en termes techniques.
Geoffroy , simpliste comme tous les beaux esprits civilisés, oublia de dualiser son principe, de l'énoncer en direct et inverse : il n'avait pas moins posé une thèse incontestable.
Sur ce, les antagonistes fulminèrent contre Geoffroy qui outrageait l'arche sainte , la tactique mercantile. Ce débat eut un résultat digne de la justice humaine : on condamna Geoffroy qui avait raison , et l'on exalta ses adversaires qui déraisonnaient. L'hypercritique se tint pour battu, et par forme de diversion finit par intenter une querelle aux vieilles femmes.
Je remarquai dans les journaux opposants une kyrielle d'erreurs dont je regrette de n'avoir pas gardé note. Il